L'horloge astronomique de la cathédrale de Strasbourg

Comput ecclésiastique

Année: 
cycle solaire nombre d'or
épacteindiction
lettre dominicale
date de Pâques

Equations solaires & lunaires

Jour julien:  

Équations solaires

Équation du centre

Réduction à l'équateur:

Équation du temps

 

Équations lunaires

Anomalie lunaire

Évection

Variation

Équation annuelle

Réduction

Mon étude sur le temps et les calendriers

éléments pour la compréhension de l'horloge astronomique en langage Javascript

Données astronomiques

L'année tropique

  • une année = fonction (mouvement de la terre autour du soleil)
  • l'année tropique est la période qui sépare le passage de la terre au même point de sa trajectoire autour du soleil.
  • la durée moyenne d'une année tropique est de : T = 365,242190 jours. Elle varie de 1 à 2 10-8.
  • La lunaison

  • un mois = fonction (mouvement de la lune autour de la terre)
  • une lunaison ou mois synodique est la durée entre une nouvelle lune et la suivante
  • La durée moyenne d'une lunaison est de L = 29,5305889 jours. Elle varie de 1 à 3 10-8..
  • Relation entre année tropique et lunaison: le cycle de Méton

    19 T/L=234.9970

    19 années tropiques = 234.9970 lunaisons = approx. 235 lunaisons
    19 années tropiques sont proches d'un nombre entier de lunaisons
    => toutes les 19 années, les phases de la lune tombent aux mêmes dates de l'année solaire.
    C'est le cycle de Méton, ou ennéadécaétéride proposé par les astronomes athéniens Méton et Euctémon vers l'an 433 avant J.-C.

    Calendriers:

  • le calendrier chrétien est basé sur le mouvement de la terre autour du soleil;

  • les mois n'ont pas de connexion avec le mouvement de la lune autour de la terre. On y trouve le concept de semaine qui est un ensemble de sept jours.
  • le calendrier islamique est basé sur le mouvement de la lune autour de la terre;

  • les années n'ont pas de connexion avec le mouvement de la terre autour du soleil
  • le calendrier hébraique est luni-solaire : les années sont liées au mouvement de la terre et les mois suivent à peu près les lunaisons et comptent 29 ou 30 jours. Comme les Juifs veulent aussi suivre le Soleil, une année de 12 mois lunaires est trop courte de 10 à 12 jours; pour y remédier, certaines années juives comptent 13 mois lunaires.


  • Les calendriers julien et grégorien

    diffèrent:
    1. dans la façon d'approximer en nombre de jours la longueur de l'année tropique
    2. dans la règle du calcul de la date de Pâques

    Dans le calendrier julien,


    Dans le calendrier grégorien (1582),


    Le cycle solaire

  • est une période de 28 ans au bout de laquelle les dates d'une année se retrouvent aux mêmes jours de la semaine. Rapporté en particulier au dimanche "dies solis", on a donné à ce cycle la dénomination de solaire.
  • le cycle solaire d'une année Y est:

  • cycle_solaire=[Y]28 + 1
    [x]y («x modulo y») = reste de la division entière de x par y

    function modulo(a, b)
    { return (a - b * Math.floor(a / b)); }

    L'équivalent du cycle solaire dans le calendrier grégorien est 400 ans, car
    400 x 365.2425 = 146097 jours, qui est un multiple de 7.

    function solar_cycle(Y)
    { return (modulo(Y+8,28)+1);}



    la date de Páques

  • La définition de la date de Pâques fut adoptée au concile de Nicée, en 325. On décida que Pâques serait «le dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune qui tombe le 21 mars ou immédiatement après». Pâques est donc le premier dimanche suivant la première pleine lune écclésiastique suivant ou coincidant avec le 21 mars. Suivant cette règle, Pâques ne peut être plus tôt que le 22 mars et plus tard que le 25 avril.
  • Pâques est le jour de la résurrection du Christ, soit deux jours après la Cène, dernier repas du Christ et des Apôtres à la fête juive de Pessah, la Pâque juive qui a lieu le 15 du mois (lunaire) de Nissan.
  • Toutefois, le début du mois de Nissan, marqué par la nouvelle lune, tombe au plus tôt le 8 mars. Le quatorzième jour de la Lune tombe donc au plus tôt le 21 mars, ce qui éclaire la définition adoptée au concile de Nicée. En outre, cette date a une valeur symbolique, puisque c'est celle de l'équinoxe de printemps.
  • la lune du comput ecclésiastique:

    Le calendrier chrétien a des années de 365 ou 366 jours. Il est divisé en douze mois qui n'ont rien à voir avec la lune. Il contient donc une une fictive, nommée lune du comput ecclésiastique, mais pas très éloignée de la lune réelle (un ou deux jours).
    Cette lune est définie par deux paramètres:
    - le nombre d'or
    - l'épacte

    Voici un algorithme pour connaître la date de Pâques P pour une année A dans le calendrier julien, en jours de mars (si P est supérieur à 31, alors Pâques est le P - 31 avril) ;
    avec la notation
    [x] = partie entière de x,
    [x]y («x modulo y») = reste de la division entière de x par y:

    P = 28 + [19[A]19 + 15]30 - [ [5A/4] + [19[A]19 + 15]30 ]7

    Dans le calendrier julien, les mêmes dates de Pâques reviennent tous les 532 ans.

    A simple way to calculate Easter, with an algorithm is based in part on the algorithm of Oudin (1940) as quoted in ``Explanatory Supplement to the Astronomical Almanac'', P. Kenneth Seidelmann, editor.

    G = year mod 19

    For the Julian calendar:
    I = (19*G + 15) mod 30
    J = (year + year/4 + I) mod 7

    For the Gregorian calendar:
    C = year/100
    H = (C - C/4 - (8*C+13)/25 + 19*G + 15) mod 30
    I = H - (H/28)*(1 - (H/28)*(29/(H + 1))*((21 - G)/11))
    J = (year + year/4 + I + 2 - C + C/4) mod 7

    Thereafter, for both calendars:
    L = I - J
    EasterMonth = 3 + (L + 40)/44
    EasterDay = L + 28 - 31*(EasterMonth/4)

    where
    G is the Golden Number-1
    H is 23-Epact (modulo 30)
    I is the number of days from 21 March to the Paschal full moon
    J is the weekday for the Paschal full moon (0=Sunday, 1=Monday, etc.)
    L is the number of days from 21 March to the Sunday on or before the Paschal full moon (a number between -6 and 28)

    function easter(Y) {
    if (Y < 325) {
    alert ("La date de Pâques n'est definie qu'a partir de 325 ap.JC");
    return "xxxxxx" }

    montharray=new Array(" "," ","mars","avril")
    G=modulo(Y,19); // golden number-1
    if (Y < 1582) {
    I=modulo(19*G+15,30);
    a=Math.floor(Y/4);
    J=modulo(Y+a+I,7);
    }
    else {
    C=Math.floor(Y/100);
    a=Math.floor(C/4);
    b=Math.floor((8*C+13)/25);
    H=modulo((C-a-b+19*G+15),30); // 23-Epact (modulo 30)
    a=Math.floor(H/28);
    b=Math.floor(29/(H+1));
    c=Math.floor((21-G)/11);
    I=H-a*(1-a*b*c);
    J=modulo(Y+Math.floor(Y/4)+I+2-C+Math.floor(C/4),7);
    }

    L=I-J;
    a=Math.floor((L+40)/44);
    month=3+a;
    a=Math.floor(month/4);
    day=L+28-31*a;
    return day+ " "+montharray[month-1]+ " "+Y;}


    le nombre d'or

  • la relation entre les phases de la lune et les jours de l'année se repètent tous les 19 ans.

  • Le cycle de Méton fut gravé en lettres d'or sur le temple de Minerve: c'est pour cette raison que chaque année possède un nombre d'or qui est le rang [entre 1 et 19] qu'elle occupe dans le cycle de Méton dont elle fait partie.
  • le nombre d'or défini par:

  • nombre_d'or=[Y]19 + 1
    [x]y («x modulo y») = reste de la division entière de x par y

    function golden_nb(Y)
    {t=Y%19;
    return t+1;}

    l'épacte

  • mesure l'âge de la lune (nombre de jours après la nouvelle lune) au premier janvier
  • dans le calendrier julien, l'âge de la lune est: épacte+8
  • dans le calendrier grégorien, l'âge de la lune est: épacte
  • si cette formule donne zéro, l'épacte=* et par convention épacte=30 (on n'aimait pas le zéro dans le temps)
  • comme le nombre d'or peut prendre 19 valeurs entre 1 et 19, il y a 19 valeurs de l'épacte entre 1 et 30
  • l' épacte est définie dans le calendrier julien par:

  • épacte = [11 x (nombre d'or-1)]30
    [x]y («x modulo y») = reste de la division entière de x par y
  • l' épacte est définie dans le calendrier grégorien de la façon suivante:
    1. on calcule l'épacte julienne

    2. Epact = (11 * (GoldenNumber-1)) mod 30
    3. on tient compte du fait que 3 des 4 siècles ont une année bissextile de moins que dans le siècle du calendrier julien:

    4. Epact = Epact - (3*century)/4
    5. on tient compte du fait que 19 ans n'est pas un nombre exact de mois synodiques

    6. Epact = Epact + (8*century + 5)/25
    7. on rajoute 8 pour en faire l'âge de la lune au premier janvier

    8. Epact = Epact + 8
    9. on rajoute ou retranche 30 pour que l'épacte ait une valeur entre 1 et 30
    function epacte(Y) {
    e=modulo(11*(golden_nb(Y)-1),30);
    e-=Math.floor(3*century(Y)/4);
    e+=Math.floor((8*century(Y)+5)/25);
    e+=8;
    if (e>30) { e=e-30};
    if (e<0) { e=e+30}; return e;}

    la lettre dominicale

    est la lettre de l'alphabet qui correspond au dimanche au sein d'une année si l'on attribue au premier jour de l'année la lettre A, au deuxième la lettre B, etc. La lettre dominicale est donc une lettre de A à G (on calcule le rang de cette lettre dans l'alphabet, noté l, qui varie de 1 à 7)

    Voici des algorithmes pour calculer l'épacte e et le chiffre dominical l pour une année grégorienne A = 100 c + u, où c est le siècle moins une unité, et u le rang de l'année dans le siècle :

    e = [ 11[A]19 + 8 - c + [c/4] + [(8c + 13)/25] ]30

    l = [ 2c - [c/4] - u - [u/4] ]7 + 1

    On trouve alors la date de Pâques grégorienne en jours de mars par la formule :

    P = 45 - e' + [e' + l + 1]7

    e' = e si e < 24, e' = 25 si e = 24, et e' = e - 30 si e > 24. Il y a hélas une exception liée à la présence de deux épactes 25 dans le calendrier lunaire perpétuel grégorien, notées par exemple 25 et XXV pour les distinguer. On utilise la seconde lorsque le nombre d'or est supérieur à 11. Lorsque l'épacte vaut XXV, il faut prendre e' = 26.

    Au vu de cette complication nouvelle, il n'est pas surprenant que dans le calendrier grégorien, les mêmes dates de Pâques reviennent... tous les 57 000 siècles, soit 5,7 millions d'années !

    By constructing a table of letters and days of the year, A always being set against I January, we can at once see the relation between the days of the week and the day of any month, if only we know the Dominical Letter. This may always be found by the following rule of De Morgan=92s, which gives the Dominical Letter for any year, or the second Dominical Letter if it be leap year:

    1.Add 1 to the given year.
    2.Take the quotient found by dividing the given year by 4 (neglecting the remainder).
    3.Take 16 from the centurial figures of the given year if that can be done.
    4.Take the quotient of III divided by 4 (neglecting the remainder).
    5.From the sum of I, II and IV, subtract III.
    6.Find the remainder of V divided by 7:
    this is the number of the Dominical Letter, supposing A, B, C, D, E, F, G to be equivalent respectively to 6, 5, 4, 3, 2, 1, 0.

    function letter(Y) {
    letter_array=new Array("G","F","E","D","C","B","A")
    a=Y+1;
    b=Math.floor(Y/4);
    c=0;
    if (Math.floor(Y/100)>16) { c=Math.floor(Y/100)-16 };
    d=Math.floor(c/4);
    e=a+b+d-c;
    l=modulo(e,7);
    return letter_array[l]}

    voici la formule que j'utilise ici et qui donne une double lettre pour les années bissextiles; la première donnant les dimanches jusqu'au 24 février et la seconde pour le reste de l'année

    function letter(Y) {
    letter_array=new Array("A","G","F","E","D","C","B")
    L3=Y+Math.floor(Y/4)-Math.floor(Y/100)+Math.floor(Y/400)
    l=modulo(L3,7)
    LD=letter_array[l]
    bis=false; // for ! leap year
    if (modulo(Y,4) == 0) {bis=true;} // normal leap years
    if (mod((Math.floor(Y/100)),4) != 0) {bis=false;} // for ! 1600, 2000
    if(bis) { // double letter for leap years
    l0=l-1
    if(l==0) { l0=6};
    LD=letter_array[l0]+letter_array[l] }
    return LD}


    le cycle d'indiction romaine

    est une période introduite à Rome par l'empereur Constantin en 316 et qui, au début, désignait un impot extraordinaire prélevé tous les 15 ans. Plus tard elle fut employée comme note chronologique, apposée au bas des chartes et diplômes.

    L'indiction n'a rien à voir avec l'astronomie.

    Elle est encore en usage dans les bulles de la papauté.

    l' indiction d'une année Y est:
    indiction=[Y+2]15 + 1
    [x]y («x modulo y») = reste de la division entière de x par y

    function indiction(Y)
    { return (modulo(Y+2,15)+1);}


    la période julienne

    Cette une invention fort astucieuse de Joseph Justus Scalinger, décrite par exemple par Louis Goguillon et Jean Paul Cornec. Son intérêt est de caractériser  une année  par un vecteur (x,y,z) unique dans un espace cubique tridimensionel de taille 28  ×19 ×15 où x représente le cycle solaire, y le nombre d'or et z l'indiction. J'ai utilisé le code  programmé par l'Institut de Mécanique céleste et de Calcul des Ephémérides.
    Contrairement à ces distingués collègues, je ne me suis pas préoccupé de la longitude ni de la question heure d'été vs heure d'hiver, car, après tout, que sont une heure ou deux devant 7980 années?

    Mes références:

    le calendrier lunaire

    Le calendrier lunaire est basé sur les observations astronomiques exactes de la longitude du soleil et des phases de la lune. Pour déterminer une année lunaire, au moins deux calculs astronomiques doivent être effectués:
    Premièrement, on doit déterminer à quelle date la nouvelle lune apparaîtra. Une nouvelle lune signifie la lune complètement «noire» ou «pleine». La date d'une nouvelle lune est le premier jour d'un nouveau mois.
    Deuxièmement, on doit déterminer les dates où la longitude du soleil est un multiple de 30 degrés. La longitude du soleil est 0° à l'équinoxe de printemps, 90° au solstice d'été, 180° à l'équinoxe d'automne, et 270° au solstice d'hiver. Ces dates s'appellent les «Principal Terms» et sont employées pour déterminer le nombre de chaque mois:
    Chaque mois porte le nombre du Principal Term qui se produit durant cette période.Dans des cas rares, un mois peut contenir deux Principal Terms; dans ce cas-là les nombres de mois peuvent devoir être décalés. Principal Term 11 (solstice d'hiver) doit toujours tomber le 11ème mois. Tous les calculs astronomiques sont effectués pour le méridien 120 degrés à l'est de Greenwich. Ceci correspond à la côte est de la Chine.
    Pour le cycle lunaire le mois fait en moyenne 29.5306 jours, mais cette durée peut varier de plusieurs heures. Une année lunaire se compose normalement de 12 mois où un mois correspond à un cycle lunaire. Chaque mois commence le jour de la nouvelle lune. La nouvelle année chinoise commence à la deuxième nouvelle lune après le solstice d'hiver. Un mois dans le calendrier lunaire peut varier entre 29 et 30 jours et une année normale peut avoir 353, 354 ou 355 jours, environ, 11 jours de moins que le calendrier grégorien.
    Le calendrier lunaire insère un mois de plus (un mois lunaire supplémentaire) tous les deux à trois ans, pour l'adapter à l'année solaire. L'insertion et l'attribution des mois de plus sont la différence principale entre le calendrier lunaire et le calendrier grégorien. Dans un sens, le calendrier lunaire est plus précis que le calendrier grégorien. Pour atteindre cette précision, il y a 7 mois de plus par cycle de 19 ans. Pendant la prochaine année, le mois de plus sera inséré au 7ème mois. L'année aura donc 13 mois, avec 385 jours. Selon le calcul des experts, au cours de la période de 2300 ans qui va de 221 B.C. jusqu'a 2100 A.D., il y aura eu seulement 12 ans qui contiennent 385 jours.
    Les calendriers lunaires remontent à plusieurs milliers d'années. Selon la légende, c'était l'empereur Huangdi qui a inventé le calendrier lunaire dans 2637 B.C.. Ainsi, il pourrait dire que la prochaine année est la 4643ème année du calendrier lunaire.

    Shuibao Liu, ONUG, UN Special, le magazine des fonctionnaires internationaux à Genève (février 2006)


    L'horloge astronomique de la Cathédrale de Strasbourg

    Roger Lehni
    éditions la goélette
    (1997)

    La légende prétend qu'après avoir achevé son ouvrage, l'auteur de l'horloge astronomique eut les yeux crevés sur ordre du Magistrat de la ville, soucieux de l'empêcher de construire ailleurs semblable chef d'oeuvre. Si cette fable ne contient, bien entendu, nulle parcelle de vérité, elle n'en est pas moins révélatrice de l'orgueil légitime qu'éprouvèrent les Strasbourgeois à posséder une oeuvre qui comptait au nombre des sept merveilles de l'Allemagne.
    La renommée universelle dont elle a joui depuis des siècles ne semble guère avoir diminué si l'on en juge par les foules qui continuent à défiler devant elle. Curieusement, celles-ci semblent toujours attirées d'abord par le jeu des automates, alors que l'horloge est avant tout un monument de l'art et de la science d'une extrême richesse; elle est aussi un monument d'histoire particulièrement significatif. Ce sont ces aspects, parfois complexes, que ce guide s'efforce d'éclairer sommairement. Le schéma de l'oeuvre placé en tête du fascicule et dont les numéros sont repris dans le texte devrait en faciliter la compréhension.

    Historique

    I - L'horloge des Trois Rois

    Longtemps le moyen âge semble avoir été assez indifférent au temps. Les instruments dont il disposait, clepsydres, sabliers ou cadrans solaires, mesuraient des portions du temps sans pouvoir rendre compte de sa continuité. Vers la fin du XIII° siècle se produisit une révolution technique avec l'invention de l'horloge mécanique qui, au temps clérical, incertain, allait substituer un temps laïc, rationnalisé. Pour renforcer leur prestige, les villes dotèrent l'un de leurs édifices publics ou religieux d'une horloge monumentale pourvue de différents perfectionnements qui leur conféraient un aspect spectaculaire. Strasbourg fut parmi les premières à donner l'exemple d'une telle réalisation en faisant élever de 1352 à 1354 l'horloge des Trois Rois.
    Le buffet de l'instrument, d'une douzaine de mètres de haut, fut dressé contre le mur ouest du bras sud du transept où quelques consoles et scellements gardent la trace de son emplacement. L'édifice comportait de bas en haut : un calendrier, un astrolabe et une statue de la Vierge à l'enfant devant laquelle, toutes les heures, les rois mages venaient s'incliner, pendant qu'un carillon jouait différentes mélodies et qu'un coq chantait en battant des ailes. Cet automate, le plus ancien qui soit conservé, est aujourd'hui exposé au Musée des arts décoratifs de Strasbourg.

    Il - L'horloge du XVI° siècle

    Lorsque l'horloge des Trois Rois cessa de fonctionner vers le début du XVI° siècle, on songea peut-être d'abord à la restaurer. En tout cas on installa en 1533 sur la façade sud du transept un cadran qui devait montrer la marche du soleil et de la lune à travers le zodiaque, au moyen d'aiguilles actionnées depuis l'horloge. Encore fallait-il que celle-ci fût renouvelée.
    La ville avait en effet décidé de remplacer l'ancien instrument, trop délabré, et en 1547 une nouvelle horloge fut mise en chantier vis-à-vis de l'ancien emplacement. L'étude du projet fut confiée à Chrétien Herlin, astronome et professeur à la Haute Ecole, qui s'adjoignit le médecin Michel Herr et le théologien Nicolas Prugner, tous deux excellents mathématiciens. L'horloger commença son travail, tandis que l'architecte de l'Oeuvre Notre-Dame, Bernard Nonnenmacher, entreprenait la construction du buffet en pierre avec son escalier à vis. Mais, dès 1548 les travaux furent interrompus par l'Intérim d'Augsbourg qui rendit la cathédrale au culte catholique, amenant le Magistrat protestant à se désintéresser de tout ce qui concernait l'édifice.
    Après la restitution de l'église aux protestants en 1559, il fallut encore attendre de trouver les hommes capables de reprendre le projet. En 1531, ce fut chose faite. Conrad Dasypodius (1531 - 1601), disciple de Herlin et son successeur dans la chaire de mathématiques à l'Académie de Strasbourg, reprit l'ouvrage interrompu. Il s'adjoignit David Wolkenstein, de Breslau, et s'assura la collaboration d'Isaac Habrecht (1544 - 1620), horloger à Schaffhouse, et de son frère Josias qui se chargèrent de construire les mécanismes. Il fit encore appel au peintre Tobias Stimmer (1539 - 1584), également originaire de Schaffhouse, mais installé à Strasbourg depuis 1570, et qui se fit aider par son frère Josias. Stimmer fut en quelque sorte le directeur artistique de l'entreprise, et se chargea aussi bien de peindre certains indicateurs astronomiques, tel le globe céleste, que de décorer l'ensemble du buffet. Il alla jusqu'à dessiner les projets pour les figures mobiles (conservés au Musée des arts décoratifs) qui furent exécutées par un habile sculpteur dont le nom demeure malheureusement inconnu. Quant au buffet en pierre lui-même, son achèvement revint tout naturellement à Hans Thomann Uhlberger, architecte de l'Oeuvre Notre-Dame de 1565 à 1608.
    Les travaux qui s'étaient étendus de 1571 à 1574, avaient été conditionnés par l'entreprise de Herlin. Le buffet, largement avancé, empêcha Dasypodius d'élaborer un projet plus ambitieux, de même que l'astrolabe déjà esquissé l'incita peut-être à rester fidèle au système de Ptolémée qui plaçait la terre au centre de l'univers, quarante ans après la publication de la théorie héliocentrique de Copernic.
    Précisons seulement que si sa conception astronomique était dès l'origine dépassée, son calendrier - élaboré d'après le système julien, hérité des Romains - le fut aussi après la réforme grégorienne de 1582 qui fut introduite a Strasbourg un siècle plus tard. Quant aux tableaux des éclipses, peints pour trente-deux ans, ils ne furent plus renouvelés à partir de 1649. Enfin l'usure affecta les rouages en fer forgé qui refusèrent progressivement de fonctionner jusqu'à ce que l'horloge s'arrêtât complètement en 1788.

    III - La rénovation de Schwilgué

    Un jour que le suisse de la cathédrale, après avoir présenté à des visiteurs l'horloge immobile et muette, concluait que personne ne pourrait plus jamais la remettre en marche, un garçon lui lança: "Eh bien ! moi, je la ferai marcher!" Il s'agissait du jeune Jean- Baptiste Schwilgué (1776-1856) qui allait consacrer son existence à acquérir en autodidacte toutes les connaissances nécessaires à une telle entreprise. Devenu ingénieur mécanicien, il fut enfin chargé, à l'âge de 61 ans, de la rénovation de l'horloge qu'il mena à bien de 1838 à 1842. C'est qu'il était prêt depuis longtemps! Il avait formé quelques ouvriers capables de l'assister et s'était mis à construire les machines qui devaient lui faciliter la confection des pièces de l'horloge avec la plus extrême précision. Parmi elles figurait même une machine à sculpter le bois qui permettait d'ébaucher les automates d'après des maquettes en plâtre. Personnellement il aurait volontiers renoncé à ces figures mobiles dont il pensait "qu'elles ne sont plus du goût actuel, qu'elles n'intéressent que le vulgaire le moins instruit". Son rêve eût été de construire une horloge entièrement neuve, dans un buffet largement vitré qui aurait permis d'admirer les mécanismes. Devant le coût d'un tel projet, la ville préféra lui demander de ne renouveler que les différentes fonctions de l'ancien instrument. C'est à cette sage décision que nous devons d'avoir conservé le buffet qui est un chef d'oeuvre de la Renaissance et qui abrite une réalisation exemplaire de la science et de la technique du XIX° siècle. Ainsi l'horloge actuelle est une oeuvre double dont nous allons analyser successivement les deux composantes.

    Le buffet et son décor

    I - Le buffet

    Par sa composition, le buffet est d'une grande originalité. À la base, il comporte un soubassement large de 7,30 m et de plus de 4 m de haut, d'où émergent trois édicules. À gauche, une tourelle sert à la descente des cinq poids qui constituent le moteur des mécanismes et dont le remontage se fait toutes les semaines. À droite, un escalier à vis permet d'accéder aux parties supérieures et au cadran extérieur. Le corps central, haut de 18 m, affiche les données scientifiques, présente les automates et renferme les mécanismes. L'escalier et le corps central, élevés en pierre, datent dans leur plus grande partie de 1547. Ils constituent la première création architecturale de la Renaissance à Strasbourg. Curieusement, Uhlberger qui les termina, réintroduisit au dernier étage et dans le couronnement du corps central le style gothique auquel les tendances maniéristes de la fin du siècle revenaient volontiers. Cet édicule central se dresse au-dessus d'un rez-de-chaussée voûté qui est dissimulé par le soubassement. Celui-ci, ainsi que la tourelle, construits en bois, ont été ajoutés après 1571. Le buffet ne fut modifié par Schwilgué qu'en un seul endroit : il ajouta au dernier étage un avant-corps incurvé pour mieux dissimuler les automates avant leur apparition.
    Le décor du buffet, tout naturellement consacré au temps, conserve aussi la mémoire de la création ou de la rénovation de l'oeuvre. La date d'achèvement et les noms des auteurs figuraient sur le calendrier de 1574. La date de la rénovation de 1669 par Isaac III Habrecht se lit sur l'entablement du corps central, tandis qu'au- dessus du planétaire sont inscrites les dates de l'intervention de Schwilgué. D'autres contributions sont rappelées par les peintures et les sculptures.

    Les sculptures

    1-3. Des sculptures héraldiques proclament la part qu'eurent à la réalisation de l'horloge, en tant que promoteurs, la ville et l'Oeuvre Notre-Dame. Les armoiries de Strasbourg sont présentées par deux lions, l'un tenant le heaume, l'autre l'écu
    (1) Au dernier niveau du corps central, un lion supporte les armes de l'Oeuvre(2) et un griffon(3), celles de son architecte, Uhlberger.
    4-7. Parmi les sculptures du couronnement, ce dernier est représenté tout au sommet, sous la forme d'une statuette qui le montre tenant un compas et un écu avec sa marque de maître(4). Dans ce couronnement qui abritait à l'origine un carillon, les figures d'une harpiste et d'une luthiste incarnaient la musique. Elles ont été remplacées vers 1842 par quatre musiciennes(7) portant en bandoulière des écus aux armes des administrateurs et du receveur de l'Oeuvre Notre-Dame qui, en 1571 avaient signé le contrat avec Habrecht. C'est également en 1842 que les trois évangélistes qui se dressaient au-dessus de l'entablement ont été complétés par un quatrième(5). Leur disposition fut modifiée pour faire place, au centre, à la statue du prophète Isaïe(6), annonciateur du royaume de Dieu, exécutée d'après un modèle de Philippe Grass, sculpteur de l'Oeuvre Notre- Dame.
    8. Le linteau de porte de l'escalier montre un enfant endormi près d'un sablier, la main posée sur une tête de mort. Ce relief de 1547 illustre déjà le thème de la brièveté de la vie et de la fuite du temps qui sera développé un quart de siècle plus tard par les peintures.

    III - Les peintures

    En complément à toutes les indications chronométriques, un vaste et complexe programme de peintures était destiné à évoquer le temps sous ses autres aspects, cosmologique, historique ou théologique, en insistant sur la fin inéluctable vers laquelle s'acheminent et l'homme et l'humanité.
    L'exécution de cet ensemble revint à Tobias Stimmer. Celui-ci était alors la personnalité la plus forte de la peinture germanique, sachant dans son art allier avec maîtrise l'héritage de la première Renaissance, l'influence vénitienne, les tendances maniéristes de l'époque et certains traits déjà baroques. Le décor de l'horloge astronomique demeure aujourd'hui son oeuvre peinte la plus importante.
    9 -12. Les Quatre empires - l'Assyrie, la Perse, la Grèce et Rome - étaient, dans la vision du prophète Daniel, symbolisées par les quatre bêtes surgies de la mer qui figurent sur les boucliers des quatre monarques. La succession de ces empires constituait le temps historique. Car selon l'historiographie protestante du XVI° siècle, le Saint Empire romain germanique prolongeait la domination de Rome qui devait être suivie par le royaume de Dieu. La même idée était exprimée par une autre vision de Daniel, celle du colosse aux pieds de fer et d'argile. Cette figure, peinte sur la tourelle des poids, a été déposée au musée pour faire place au portrait de Schwilgué.
    13. La Création inaugure une série de six peintures qui retracent de manière fort originale le temps biblique. Elle est évoquée à travers la création d'Eve tirée de la côte d'Adam par Dieu qui, selon une tradition protestante, n'est pas figuré, mais nommé au centre d'un halo de lumière.
    14-16. Le Jugement dernier est illustré par trois scènes. Il y a d'abord l'avènement triomphal du Christ juge(14), essentiellement inspiré par l'Apocalypse. Au pied de son trône, on voit quatre animaux ailés et l'agneau mystique, puis, de part et d'autre, le diable et la mort enchaînés. Tout autour, les vingt-quatre vieillards tiennent des harpes et des coupes d'encens. La Résurrection des morts (15) qui lui fait suite est certainement l'une des compositions les plus habiles et les plus italianisantes de Stimmer. Le Jugement(16) enfin n'est pas montré sous sa forme apocalyptique afin de rappeler qu'il est aussi une réalité individuelle. La scène oppose la fin de deux hommes attendus par la mort. A gauche, le croyant est assisté par trois femmes: la Foi, la Charité et l'Espérance. A droite, l'impie, ligoté par un démon, est dominé par "Dame Monde", figure allégorique qui incarne toutes les séductions terrestres.
    17 - 18. La Chute et le Salut, incarnés par deux figures allégoriques, résument l'histoire du salut qui se déroule entre l'origine et la fin des temps. Cette représentation, inspirée par la théologie luthérienne de la justification par la grâce, oppose la loi, le péché et la mort(17) à la foi dans la rédemption, qui accueille la parole de l'Évangile et se trouve régénérée par l'Esprit saint(18).
    19 -20. L'Eglise et l'Antéchrist sont représentés par la femme de l'Apocalypse, revêtue de soleil, dont le nouveau-né est enlevé au ciel et par le dragon à sept têtes qui voulait dévorer l'enfant. Faisant allusion aux persécutions et aux troubles dont l'Eglise était victime, ces peintures cherchaient peut-être à suggérer que la fin des temps était proche.
    21 -24. Les quatre Saisons qui décrivent le temps cyclique de l'année, personnifient en même temps, à travers les Quatre Ages, le temps irréversible de l'existence humaine, puisqu'on distingue derrière l'Hiver-Vieillesse, la Mort avec son sablier. Mais ces figures ont encore d'autres significations. Elles représentent aussi le temps quotidien à travers les heures du jour (aube, midi, soir, nuit), ainsi que les éléments (air, terre, eau, feu) et les quatre tempéraments (sanguin, colérique, flegmatique, mélancolique). La correspondance entre diverses tétrades remonte à des spéculations cosmologiques de l'Antiquité. Ces peintures illustrent l'harmonie du microcosme terrestre et, par leur disposition autour de l'astrolabe, image du macrocosme, affirment l'unité de l'univers.
    25-27. Les Parques, divinités mythologiques, décident de la destinée individuelle. De haut en bas, Lachésis dévide la quenouille, Clotho guide le fil de l'existence que la vieille Atropos s'apprête à couper.
    28 - 31. Des hommages sont rendus par plusieurs peintures aux hommes, aux arts et aux sciences qui ont concourru à la création de l'horloge. Et tout d'abord à l'astronomie, représentée par sa muse, Uranie(28), Sont les deux ailes - l'arithmétique et la géométrie - permettent l'envoi. Nicolas Copernic(29), mort en 1543, n'a eu aucune part à l'oeuvre. C'est au novateur que s'adressait l'hommage de Dasypodius. Comme la plupart de ses contemporains, celui-ci ne voyait sans doute dans la théorie héliocentrique qu'une brillante hypothèse, puisqu'il conçut l'horloge en fonction du système ptoléméen, plus conforme aux apparences. De Dantzig il avait fait venir un autoportrait de Copernic que Stimmer put copier pour représenter le savant debout, avec dans sa main, un brin de muguet rappelant qu'il avait aussi été médecin. Après l'événement de la rénovation de 1838, on voulut en honorer l'auteur en plaçant sous le portrait de Copernic, celui de Schwilgué(30) peint par Gabriel Guérin en 1843. Un dernier panneau(31) rassemble les emblèmes des savants, artistes et artisans qui ont participé à la réalisation de l'ouvrage.

    La mesure du temps et les indications astronomiques

    C'est en toute logique que, dès l'origine, les grandes horloges publiques furent astronomiques, car ce sont les mouvements célestes qui permettent de mesurer le temps. C'est par référence à la rotation de la terre, aux révolutions de la lune et du soleil qu'ont été définies les unités fonamentales du jour, du mois et de l'année. Tous ces mouvements sont reproduits par l'horloge avec la plus extrême précision, jusque dans les irrégularités qui les affectent.

    I - L'heure


    32 - 35. L'indication de l'heure est donnée par un cadran(32) sur lequel des aiguilles blanches marquent l'heure officielle. Les aiguilles dorées qui retardent d'une trentaine de minutes sur les premières, indiquent l'heure moyenne locale d'après laquelle sont réglés les sonneries et les automates. Le premier coup des quarts est frappé par un angelot(33), le second par l'un des quatre Ages: l'enfant, le jeune homme, l'homme mûr et le vieillard (34).
    Il passent à tour de rôle devant la Mort à chaque quart d'heure, symbolisant ainsi le cycle de la vie. La Mort sonne les heures sans jamais s'arrêter, même la nuit, alors que les Ages, à l'instar des hommes, respectent le repos nocturne. Après la sonnerie de l'heure, le second angelot(35) retourne son sablier.
    36 - 37. La sonnerie de midi est suivie par le défilé des apôtres devant le Christ qu'ils saluent(36) et qui bénit la foule après le passage du dernier d'entre eux. Ce jeu d'automates à été rajouté par Schwilgué pour répondre à une tradition selon laquelle il aurait existé dans l'ancienne horloge. Pendant le défilé, par trois fois, le coq(37) se met à chanter. Dans cet animal emblématique de la mesure du temps, Dasypodius voyait aussi un rappel du reniement de saint Pierre, symbole de la fragilité humaine.

    Il - Le calendrier

    38 - 40. Les jours sont signalés par leurs divinités tutélaires, installées sur des chars que traînent les animaux qu'elles ont pour attribut(38). Se succèdent du dimanche au samedi : Apollon, Diane, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus et Saturne. Ce dernier, représenté en train de dévorer l'un de ses enfants, est aussi un symbole du temps qui détruit ce qu'il produit. Presque intégralement renouvelées en 1842, ces sculptures ne s'inspirent malheureusement que très peu des superbes projets de Stimmer. La division du jour astronomique est rappelée par le face à face d'Apollon et de Diane(40) qui incarnent respectivement la journée et la nuit. Le premier a encore une autre fonction: de sa flèche il désigne sur le calendrier le jour courant.
    41. L'année est en effet décrite par un calendrier perpétuel, en forme d'anneau. Il indique les mois, les jours, leurs saints, les fêtes fixes et mobiles, ainsi que les lettres dominicales qui définissent les dimanches.
    42. Le comput ecclésiastique effectue dans la nuit du 31 décembre les calculs qui permettent de fixer le calendrier de la nouvelle année. Il indique son millésime, sa place dans le cycle solaire (période de 28 ans au terme de laquelle les jours retombent sur les mêmes dates) son rang dans le cycle lunaire ou nombre d'or (période de 19 ans au bout de laquelle les phases de la lune se produisent aux mêmes jours), ainsi que celui dans l'indiction romaine (cycle de 15 ans utilisé dans des documents pontificaux), les lettres dominicales, les épactes (nombre de jours qui séparent la dernière nouvelle lune du ler janvier) et la date de Pâques.

    III - Les indications astronomiques

    43 - 44. Le globe céleste reproduit le mouvement de la sphère étoilée autour de la terre supposée immobile en son centre. Il comporte plus de 5000 étoiles et tourne en un jour sidéral. Celui-ci correspond à l'intervalle entre deux passages d'une même étoile au méridien, qui est d'environ 4 minutes plus court que le jour solaire moyen. Le temps sidéral se lit sur un cadran annulaire(44) fixé sur la sphère. En dessous de celle-ci, un rouage reproduit la giration pratiquement imperceptible de l'axe de la terre qui s'accomplit en 25806 ans.
    45 - 50. Le temps apparent ou temps solaire vrai est défini par la durée entre deux passages du soleil au méridien. Sur le cadran(45), deux aiguilles indiquent la marche apparente du soleil(46) et de la lune(47) autour de l'hémisphère nord placé au centre. Elles reproduisent également les éclipses. La longueur de l'aiguille lunaire varie automatiquement en fonction de la position de la lune; celle-ci est représentée par une petite boule qui, en tournant sur elle-même, décrit les phases lunaires. Sur le même cadran deux auguilles marquent l'heure du lever(48) et du coucher(49) du soleil. Le mécanisme des équations solaires et lunaires(50) détermine l'irrégularité de la marche des deux aiguilles du système apparent conformément à la progression réelle des deux astres.
    51. Le planétaire montre la gravitation des six planètes visibles à l'oeil nu (Mercure, Vénus, la terre accompagnée de la lune, Mars, Jupiter, Saturne) autour du soleil central. Les signes du zodiaque, tracés sur le pourtour, permettent de savoir dans quelles constellations se trouvent les planètes. Les dimensions de celles-ci, ainsi que leurs distances et leurs mouvements sont restitués proportionnellement à la réalité avec une précision de l'ordre du centmillionième.
    52. Le globe lunaire, à moitié noirci et à moitié doré, montre les phases réelles de la lune en effectuant sa rotation en un mois lunaire de 29 jours et 55 minutes.

    En créant l'horloge astronomique, l'équipe de 1571 se proposait de décrire le temps par tous les moyens, dans une oeuvre qui devait être utile, tout en servant à l'embellissement de la cathédrale et au prestige de la ville. La rénovation de 1838 en fit, d'un point de vue technique, une pièce unique au monde, grâce au génie de Schwilgué que l'astronome Camille Flammarion n'hésitait pas à comparer à celui de Copernic ou de Galilée.
    À l'heure de l'horloge atomique et du télescope spatial, l'horloge de Strasbourg pourrait avoir perdu de son intérêt. Elle continue pourtant d'attirer les foules, et à juste titre. Car elle propose une méditation sur le temps, tout en séduisant par ses jeux d'automates, et surtout elle constitue une oeuvre d'art totale, un monument unique élevé par nos ancêtres à l'énigme du temps. Bien que celle-ci ait trouvé nombre de réponses, l'homme d'aujourd'hui demeure plus que jamais fasciné par l'infini du cosmos et hanté par le temps.


    Frédéric Piton

    Strasbourg Illustré


    ou

    Panorama Pittoresque, historique et statistique de Strasbourg et de ses environs
    Tome 1 : Promenades dans la ville


    Librairie Neukirch, Bâle 1855
    p. 336-341

    Ce n'est pas une restauration comme celle des vitraux, c'est une oeuvre nouvelle qui a pris place dans la cage de l'ancienne horloge. Si les mille rouages, ressorts et moteurs qui fonctionnent dans l'intérieur de cet admirable mécanisme règlent les secondes, les minutes, les heures, les jours, jusque dans un avenir de milliers d'années, en tant que la matière peut faire résistance à l'action destructive du temps; si la lente aiguille, avançant toujours, marque à chacune de ses vibrations son progrès et rejette chaque jour dans l'abîme du passé, cet instrument sans égal dans les plus ingénieuses conceptions de l'horlogerie, nous marque de même le progrès de la science et l'immense trajet qu'elle a exécuté depuis que Tobias Stimmer peignit cette carcasse en pierre, vivifiée par le mouvement régulier du pendule. Alors il fallut le concours de quelques mathématiciens astronomes et les mains habiles de quelques horlogers pour créer cette oeuvre, et celle que nous avons sous nos yeux est le fruit de profondes méditations du mathématicien, le produit de la pensée d'un seul homme, dont les mains créatrices imprimèrent à ces mille parcelles du mécanisme le mouvement et la régularité. Ce travail porte en lui-même la finesse de celui du bijoutier, tandis que l'autre n'est comparativement que celui du serrurier 1), et cependant déjà alors il passait pour un chef-d'oeuvre qui fut rangé, comme la flèche de notre cathédrale, au nombre des sept merveilles de l'Allemagne 2).
    Quand des milliers de mains travaillaient encore à l'édification de cette flèche, quand le sculpteur et le verrier lui imprimaient l'ornementation symbolique et instructive, quelque moine savant, vivant peut-être obscur dans sa cellule, voulut ajouter à ces merveilles de l'art celle du mécanisme en créant une horloge, pour rappeler par ce symbole vivant l'emploi utile du temps, ce don précieux de l'existence humaine dont la perte est irréparable et dont la rémunération tiendra toujours un compte sévère dans la vie de l'homme.
    Dasipodius nous laissa une description succincte de cette horloge, construite en 1352, en donnant la description de la sienne; elle marquait les heures, les jours du calendrier; un astrolabe indiquait le cours du soleil et de la lune; le coq chantait, les trois mages circulaient devant la sainte Vierge et s'inclinaient devant elle, et un carillon faisait entendre un air choral de psaume. On distingue encore en face de l'horloge actuelle les consoles de pierre qui la portaient.
    Cet instrument avait fonctionné près de deux siècles, quand, par suite du défaut d'entretien, la rouille finit par en paralyser le mouvement, ce qui donna l'idée à l'administration de l'Oeuvre Notre Dame de le remplacer en 1547. Elle chargea alors les mathématiciens Michel Herus, Nicolas Bruckner et Chrétien Herlin de l'exécution d'une nouvelle horloge; mais la mort, les événements politiques et religieux de cette époque interrompirent ces travaux jusqu'à ce que Dasipodius, professeur de mathématiques, les reprît en 1571. Les deux frères Isaac et Josué Habrecht, jeunes et habiles horlogers de Schafhouse, ayant entendu parler de la reprise de cette oeuvre, arrivèrent à Strasbourg et firent leurs offres de service pour son exécution matérielle. Dasipodius, les ayant trouvés, après examen, aptes à mettre en exécution le résultat de ses nombreux calculs, se rendit garant pour eux auprès du Magistrat; ils furent agréés et se mirent à l'oeuvre, après que le professeur de mathématiques eût fait venir à Strasbourg un ami et collaborateur distingué, pour l'aider dans ses nombreuses et savantes combinaisons: c'était David Wolkenstein, de Breslau, qui vivait alors à Augsbourg. L'architecte Uhlberger et Tobias Stimmer firent les dessins de la cage et des figures et automates qui devaient l'orner et fonctionner; ce dernier l'embellit de son pinceau. Cette horloge marcha pour la première fois le jour de saint Jean-Baptiste 1574. Elle s'arrêta en 1789.
    Nous nous bornerons à donner ici une description architectonique de la cage, en nous réservant d'entrer dans plus de détails en parlant de l'horloge actuelle. Cette cage, la même qui sert encore aujourd'hui, est formée d'un soubassement ou chambre de 11 mètres de longueur sur près de 3 mètres 25 centimètres de hauteur, couronnée de deux corniches superposées, en tout, à peu près 5 mètres de haut. Elle est divisée dans sa largeur en trois compartiments dont les deux latéraux, fermés d'une vitre, laissent voir dans l'intérieur le mécanisme; celui du milieu est occupé par le grand calendrier. Les corniches des parties latérales sont décorées des peintures de T. Stimmer, celles du milieu présentent une ouverture de laquelle sortent les jours de la semaine symbolisés en figurines automatiques. Au-dessus se trouve le cadran indiquant l'heure du temps moyen. Une galerie tourne sur ce soubassement et, à droite et à gauche, deux lions tiennent l'écusson et le cimier aux armes de Strasbourg. Sur le compartiment central de la base s'élève une tour de 4 mètres de largeur et de 15 mètres de hauteur, ce qui constitue à peu près à l'ensemble les proportions d'une maison de quatre étages. Cette tour est encadrée de colonnes superposées et divisée dans sa hauteur en trois compartiments distincts par des cordons ou plinthes horizontales et couronnée par une coupole transparente gothique.
    Une autre tour, de moindre hauteur et largeur, divisée aussi en trois parties, s'élève à gauche; sur elle est perché le coq automate, et un escalier en spirale et à jour conduisant au cadran extérieur, lui fait pendant à droite.
    Nous avons dit que l'instrument de Dasipodius et des Habrecht s'arrêta dans sa marche à l'entrée de la révolution française. Alors vivait en face de la maison, où il a aujourd'hui ses beaux ateliers d'horlogerie, occupée de son temps par un comte, chanoine de la cathédrale, un enfant, auquel Cagliostro avait prédit qu'il serait un jour un mécanicien distingué. Celle prédiction se réalisa, elle devint une vérité, car il était inscrit dans le livre de son avenir, qu'éloigné pendant longtemps de sa ville natale, il y rentrerait un jour attiré par son talent, et qu'il nous doterait de ce second et unique chef-d'oeuvre en horlogerie. Nous voyons en cet enfant, après que soixante-cinq années d'études et de travaux ont illustré sa vie. un digne et respectable vieillard, plein de cette modestie qui honore le véritable artiste, M. J. B. Schwilgué, auquel ses éminents travaux ont valu la distinction d'officier de la Légion d'Honneur.
    Après que la reconstruction de l'horloge paralysée de la cathédrale eut été le rêve de toute sa vie, il commença son oeuvre le 24 juin 1838, et elle marcha pour la première fois en présence d'un illustre corps de savants, attiré dans nos murs par le congrès scientifique, le 2 octobre 1842 3).
    Nous n'entreprendrons pas d'analyser ce chef-d'oeuvre, que nous ne pouvons qu'admirer en profane, et nous nous bornerons à décrire ce que les yeux peuvent saisir et à insérer dans notre livre les principales indications.
    Au bas de l'horloge se trouve une sphère céleste, disposée d'après la latitude de Strasbourg; elle indique sur un cadran le temps sidéral, le lever et le coucher des étoiles et leur passage au méridien, en avant égard à la précession des équinoxes.
    Derrière cette sphère nous voyons, dans le compartiment central du soubassement, le calendrier, dont les indications sont perpétuelles; il reproduit les mois, les lettres dominicales, les fêtes fixes et mobiles, y compris l'Avent et les Quatre-Temps; il reproduit en outre les années bissextiles ordinaires, ainsi que celles qui sont séculaires. Apollon, placé à la gauche de ce calendrier, marque le nom du saint correspondant au jour. Diane, la déesse de la nuit, lui fait pendant à droite.
    Autour de ce calendrier, nous remarquons, peintes dans les quatre angles, la Perse, l'Assyrie, la Grèce et Rome, les quatre monarchies du monde ancien d'après la prophétie de Daniel; elles appartiennent de même au pinceau de T. Stimmer. Au centre du calendrier se trouve un cadran qui indique la marche apparente du soleil et celle de la lune, et ces astres, dans leur course autour de la terre, figurée par l'hémisphère septentrional et occupant le centre du cadran, représentent exactement les éclipses du soleil et de la lune au même moment où ces phénomènes se passent dans le ciel. Dans le compartiment à gauche, en vue du spectateur, se trouve le comput ecclésiastique, dont le mécanisme est de la plus ingénieuse composition; il sert à régler: 1° le millésime; 2°le cycle solaire, dont la révolution est de vingt-huit ans, après laquelle les jours des mois reviennent aux mêmes places que les jours des semaines; 3° le cycle lunaire qui opère une révolution en dix-neuf années, pendant laquelle, suivant l'assertion des anciens astronomes, les nouvelles et les pleines lunes devraient se reproduire dans le même ordre et aux mêmes jours que dix-neuf années auparavant ; 4° l'indiction romaine qui est une révolution de quinze ans et qui, avec le cycle solaire et lunaire, sert à la détermination de la grande période julienne; 5° les lettres dominicales qui marquent le dimanche dans les calendriers perpétuels; 6° les épactes qui font connaître le nombre de jours qu'il faut ajouter à l'année lunaire, qui n'est que de 354 jours environ, pour l'égaler à l'année civile, composée de 365 ou de 366 jours, selon que l'année Est commune ou bissextile; 7° enfin, la fête de Pâques, de la date de laquelle dépend la majeure partie des fêtes mobiles de l'année.
    Le compartiment de gauche est destiné aux équations solaire et lunaire. Le mécanisme de ces équations est d'une combinaison très remarquable; aussi forme-t-il une des principales parties de l'horloge; il sert à ramener: 1° le temps moyen au temps vrai ou apparent pour le soleil, à l'aide de deux systèmes d'équation; 2° la longitude moyenne de la lune à sa longitude vraie, à l'aide de six équations d'espèces différentes; 3° enfin, il sert encore à ramener le mouvement des noeuds de la lune, pour obtenir la longitude vraie de cet astre.
    Au-dessus du calendrier, on voit sortir des nuages d'une voûte céleste chacune des divinités païennes, assises sur leurs chars, qui ont donné le nom aux sept jours de la semaine. À cette hauteur, les peintures sur les corniches représentent les scènes de la Création, de la Résurrection, du Jugement dernier et du Triomphe de la Foi et de la Vérité. Enfin, nous arrivons au cadran, qui marque le temps moyen en heures et en minutes. De chaque côté est assis un génie, le premier tenant d'une main un timbre et de l'autre un sceptre, avec lequel il frappe le premier coup de chaque quart d'heure; le second génie porte entre ses mains une clepsydre qu'il retourne à chaque heure, chaque fois au dernier coup des quatre quarts.
    Le premier compartiment de la tour du milieu est occupé par le planétaire, construit sur le système de Copernic. Toutes les planètes visibles à l'oeil nu fonctionnent ici et se meuvent dans l'ordre de leurs positions autour du soleil, qui reste immobile à sa place. La terre se trouve accompagnée de la lune, son satellite.
    Au-dessus du planétaire se détache, sur un ciel étoilé, un globe, moitié noir et moitié doré, qui est destiné à nous montrer les phases réelles de la lune. Aux angles du planétaire, on aperçoit en peinture les quatre saisons, représentées par les quatre âges de l'homme.
    On arrive ensuite aux deux compartiments, occupés par les figurines automatiques. Dans le compartiment inférieur nous voyons les quatre âges s'avancer successivement pour frapper le deuxième coup des quarts, le premier étant sonné par le génie armé du sceptre que nous avons déjà remarqué. Un enfant ouvre la marche, et de son thyrse, qu'il tient en main, annonce le premier quart sur un timbre placé près de lui; il est suivi de l'adolescent qui, sous les traits d'un chasseur, armé d'une flèche, fait entendre la demie; vient ensuite un guerrier, qui laisse tomber son glaive pour frapper les trois quarts, et enfin paraît un vieillard marchant avec une béquille avec laquelle il frappe les quatre quarts.
    Au milieu de ces automates, figurant les mortels, se tient la mort, armée d'une faux; elle fait sonner les heures, en frappant gravement sur un timbre, avec l'os qu'elle tient en main. Les quatre âges ne fonctionnent que le jour, tandis que la mort infatigable et inexorable sonne toutes les heures.
    Le compartiment supérieur, plus richement décoré, est occupé au centre par la figure de Jésus-Christ, tenant d'une main la bannière de la Rédemption en étendant l'autre pour bénir. Chaque jour, à midi, l'on voit les douze apôtres s'avancer respectueusement et s'incliner devant le Sauveur; ce n'est qu'après qu'ils ont passé que le Christ donne sa bénédiction en forme de croix. Pendant cette procession des apôtres, le coq, perché au sommet de la tourelle à côté, servant aux poids, chante à trois reprises; mais avant de se faire entendre il bat des ailes, sa tête et sa queue s'agitent et son cou se gonfle pour laisser passer le chant commémoratif de la trahison de saint Pierre.
    Enfin, dans la coupole gothique transparente, nous remarquons au milieu la statuette du prophète Isaïe, due au ciseau de M. Grass; autour, sont groupés les quatre évangélistes avec leurs attributs. Plus haut, quatre séraphins célèbrent, sur divers instruments, la gloire de Dieu, et au sommet, le hérault de la corporation des tailleurs de pierre de la cathédrale tient les armoiries de l'Oeuvre Notre Dame, une croix posée sur une équerre. Les peintures qui décorent la tourelle aux poids sont: en haut, Uranie, la muse de l'astronomie; Copernic, le célèbre astronome, et le portrait de M. Schwilgué d'une ressemblance parfaite, peint en 1843 par Gabriel Guérin.
    Tel est en résumé cet admirable mécanisme; il attire à juste titre les regards du public, et nous voyons tous les jours, à l'approche du milieu de la journée, le transept méridional de la cathédrale rempli de curieux, qui, avec une anxiété remarquable et silencieuse, suivent la marche lente de l'aiguille du cadran jusqu'à ce qu'elle ait atteint l'heure de midi; alors tous les regards se portent vers les génies sonnant le quart, retournant la clepsydre; vers la mort, frappant l'heure de son os; vers le chant et le mouvement répété du coq et vers la procession et la bénédiction des apôtres. Les chuchottements commencent et les acclamations d'étonnement finissent la pantomime souvent très naïve de la plupart des spectateurs, surtout des miliers d'Allemands que nous voyons depuis quelques années quitter leur patrie, et traverser notre ville pour aller vers un avenir inconnu, espérant trouver un meilleur sort dans le Nouveau Monde. Un peintre observateur, à l'abri de la cage de l'horloge, en vue de ce public, trouverait riche matière d'études de physionomies.
    Mais un moment plus solennel pour le penseur est celui où finit l'année. Ces halles grandioses, éclairées par les lampes scintillantes, qui brûlent dans les chapelles, ou par la lumière argentée de la lune, qui rejette les pâles reflets des vitraux sur les piliers; le morne silence, interrompu par le mouvement cadencé du pendule; le lieu, le moment solennel du passage d'une année à l'autre font jeter un regard profond sur ce cercle, sur lequel chaque jour a imprimé, pour chacun, la douleur ou la joie de la vie. On entre dans la chambre de l'horloge et l'on n'entend que les coups saccadés du mécanisme. Quand l'heure de minuit sonne, ces mille rouages, ressorts, leviers, communications, qui vous entourent, fonctionnent, chantent, volent, tournent sur leurs axes à assourdir l'oreille! C'est l'affaire d'un moment, puis on n'entend plus rien que la cadence du pendule, et quand on rejette un regard étonné sur le calendrier, le millésime a subi sa variation, les fêtes de Pâques, de l'Ascension, de Pentecôte ont pris leur place respective dans ce cercle parlant qui continue gravement sa rotation annuelle; l'année a fui et l'autre commence avec tout ce que l'avenir nous y réserve. C'est dans ce moment surtout qu'on admire le génie du créateur de cet instrument et qu'on se sent heureux de l'avoir connu.

    1 Cette horloge est conservée comme monument d'art dans le musée de l'Oeuvre Notre Dame.
    2 La tour de Strasbourg, le choeur de Cologne, l'horloge de Strasbourg, l'orgue d'Ulm, les foires de Francfort, l'industrie de Nuremberg et l'architecture d'Augsbourg.
    3 L'inauguration religieuse de cette horloge fut célébrée, le soir du dernier jour de la même année, par Mgr l'évêque, accompagné d'un nombreux clergé, et en présence du conseil municipal et de beaucoup d'invités. Les beaux-arts et les métiers voulurent témoigner à l'illustre auteur de ce chef d'oeuvre leur admiration pour son talent, en lui préparant une ovation qui était sortie spontanément de leurs coeurs. Rangés sous leurs bannières respectives, les corps des divers artisans, l'école industrielle en tête, stationnaient au dehors, sur la place du Château, où brillèrent des centaines de torches allumées. Musique et cantades reçurent le vieillard, quand il sortit de l'intérieur de la cathédrale, où M. Michel Schwartz, au nom de l'industrie strasbourgeoise, lui adressa des paroles bien senties. Des transparents allégoriques, dûs aux pinceaux de MM. Guérin et Flaxland, embellirent cette ovation, et le cortège se mit en mouvement en accompagnant l'artiste à l' Hôtel de Ville, où M. Schützenberger, maire, exprima au nom de ses concitoyens sa reconnaissance pour le beau monument d'art mécanique dont il venait de doter le monument d'architecture. Il disait avec raison: «Dans la mémoire de notre génération, comme dans le souvenir de celles qui succéderont, votre nom à jamais illustre se placera à côté de ceux des Erwin et des Hültz. Honneur à Schwilgué!»

    Jean Baptiste Schwilgué s'éteignit le 5 décembre 1856 à l'âge de 80 ans. Selon sa volonté, il fut inhumé un dimanche, afin de ne pas priver ses ouvriers du salaire d'une journée de travail.
    Jules Albert Ungerer (1813-1879) et son frère Auguste Théodore (1822-1885) étaient tous deux contremaîtres dans l'entreprise Rollé et Schwilgué et ont participé à la construction de l'horloge astronomique.
    Peu après la mort de ce dernier, ils ont racheté cette entreprise au fils de Schwilgué, lequel était malade. Elle fonctionnera sous le nom Ungerer frères, successeurs de Schwilgué de 1858 jusqu'au début des années 1970, entre les mains de la famille Ungerer.

    juillot@in2p3.fr Pierre JUILLOT
    I.P.H.C Strasbourg