L'horloge astronomique de la cathédrale de
Strasbourg
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Comput ecclésiastique
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Equations solaires & lunaires
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Mon étude sur le temps
et les calendriers
éléments pour la compréhension de l'horloge
astronomique
en langage Javascript
Données astronomiques
L'année tropique
une année = fonction (mouvement de la terre autour du
soleil)
l'année tropique est la période qui
sépare
le passage de la terre au même point de sa trajectoire autour du
soleil.
la durée moyenne d'une année tropique est de : T
=
365,242190 jours. Elle varie de 1 à 2 10-8.
La lunaison
un mois = fonction (mouvement de la lune autour de la terre)
une lunaison ou mois synodique est la durée entre
une nouvelle lune et la suivante
La durée moyenne d'une lunaison est de L = 29,5305889
jours.
Elle varie de 1 à 3 10-8..
Relation entre année tropique et lunaison: le cycle de
Méton
19 T/L=234.9970
19 années tropiques = 234.9970 lunaisons = approx. 235
lunaisons
19 années tropiques sont proches d'un nombre entier de
lunaisons
=> toutes les 19 années, les phases de la lune tombent aux
mêmes
dates de l'année solaire.
C'est le cycle de Méton, ou ennéadécaétéride
proposé
par les astronomes athéniens Méton et Euctémon
vers
l'an 433 avant J.-C.
Calendriers:
le calendrier chrétien est basé sur le
mouvement
de
la terre autour du soleil;
les mois n'ont pas de connexion avec le mouvement de la lune autour
de la terre. On y trouve le concept de semaine qui est un
ensemble
de sept jours.
le calendrier islamique est basé sur le mouvement de
la lune
autour de la terre;
les années n'ont pas de connexion avec le mouvement de la terre
autour du soleil
le calendrier hébraique est luni-solaire : les
années
sont liées au mouvement de la terre et les mois
suivent
à peu près les lunaisons et comptent 29 ou 30 jours.
Comme
les Juifs veulent aussi suivre le Soleil, une année de 12 mois
lunaires
est trop courte de 10 à 12 jours; pour y remédier,
certaines
années juives comptent 13 mois lunaires.

Les calendriers julien et grégorien
diffèrent:
- dans la façon d'approximer en nombre de jours la longueur
de
l'année
tropique
- dans la règle du calcul de la date de Pâques
Dans le calendrier julien,
- la durée de l'année tropique est
définie
par
une année tropique = 365 1/4 jour = 365.25 jours
- réalisation: l'année bissextile
- problème: tous les 128 ans, le calendrier julien est en
avance
d'un
jour sur l'année tropique:
128 x 365.25 = 46752.0000
128 x 365.242190 = 46751.00032
- il y problème avec la
date de Pâques définie au concile de Nicée,
en 325 à compter du 21 mars (équinoxe vernal en
325)
Dans le calendrier grégorien (1582),
- l'approximation de la durée de l'année tropique
est
raffinée:
une année tropique = 365 397/400 jours = 365.2425
jours
- réalisation: en 400 ans, il n'y que 367 années
bissextiles:
ex. sont bissextiles 1600, 2000, 2400,.. tandis que 1700, 1800,
1900,
2100... ne sont pas bissextiles
- l'avance du calendrier julien sur l'année
tropique
est corrigée;
la date de Pâques avait été fixée au Concile
de Nicée en 325 de façon à ce que Pâques
corresponde à
l'équinoxe de printemps, le 21 mars
cet excès était en 1582 de
(1582-325) / 128 = 9.82 jours= approx. 10 jours
ainsi en 1582, le 4 octobre 1582 a été suivi directement
du 15 octobre 1582
(à Strasbourg, la correction n'aura lieu qu'en 1682; en
Lorraine,
en 1760)
- le calendrier est calibré pour faire du 21 mars la
date de
l'équinoxe
vernal
Le cycle solaire
est une
période de 28 ans au bout de laquelle les dates d'une
année
se retrouvent aux mêmes jours de la semaine. Rapporté en
particulier
au dimanche "dies solis", on a donné à ce cycle
la
dénomination de solaire.
le cycle solaire d'une année Y est:
cycle_solaire=[Y]28 + 1
[x]y («x modulo y») = reste de la division
entière
de x par y
function modulo(a, b)
{ return (a - b * Math.floor(a / b)); }
L'équivalent du cycle solaire dans le calendrier
grégorien
est 400 ans, car
400 x 365.2425 = 146097 jours, qui est un multiple de 7.
function solar_cycle(Y)
{ return (modulo(Y+8,28)+1);}
la date de Páques
La définition de la date de Pâques fut adoptée au
concile
de Nicée, en 325. On décida que Pâques serait «le
dimanche qui suit le quatorzième jour de la Lune qui tombe le 21
mars ou immédiatement après». Pâques est
donc le premier dimanche suivant la première pleine lune écclésiastique
suivant
ou coincidant avec le 21 mars. Suivant cette règle,
Pâques
ne peut être plus tôt que le 22 mars et plus tard que le 25
avril.
Pâques est le jour de la résurrection du Christ, soit deux
jours après la Cène, dernier repas du Christ et des
Apôtres
à la fête juive de Pessah, la Pâque juive qui a lieu
le 15 du mois (lunaire) de Nissan.
Toutefois, le début du mois de Nissan, marqué par la
nouvelle
lune, tombe au plus tôt le 8 mars. Le quatorzième jour de
la Lune tombe donc au plus tôt le 21 mars, ce qui éclaire
la définition adoptée au concile de Nicée. En
outre,
cette date a une valeur symbolique, puisque c'est celle de
l'équinoxe
de printemps.
la lune du comput ecclésiastique:
Le calendrier chrétien a des années de 365 ou 366 jours.
Il est divisé en douze mois qui n'ont rien à voir avec la
lune. Il contient donc une une fictive, nommée lune du
comput
ecclésiastique, mais pas très éloignée
de la lune réelle (un ou deux jours).
Cette lune est définie par deux paramètres:
- le nombre d'or
- l'épacte
Voici un algorithme pour connaître la date de Pâques P
pour
une année A dans le calendrier julien, en jours de mars (si P
est
supérieur à 31, alors Pâques est le P - 31 avril) ;
avec la notation
[x] = partie entière de x,
[x]y («x modulo y») = reste de la division
entière
de x par y:
P = 28 + [19[A]19 + 15]30 - [ [5A/4] + [19[A]19
+ 15]30 ]7
Dans le calendrier julien, les mêmes dates de Pâques
reviennent
tous les 532 ans.
A simple way to calculate Easter, with an algorithm is based in part
on the algorithm of Oudin (1940) as quoted in ``Explanatory Supplement
to the Astronomical Almanac'', P. Kenneth Seidelmann, editor.
G = year mod 19
For the Julian calendar:
I = (19*G + 15) mod 30
J = (year + year/4 + I) mod 7
For the Gregorian calendar:
C = year/100
H = (C - C/4 - (8*C+13)/25 + 19*G + 15) mod 30
I = H - (H/28)*(1 - (H/28)*(29/(H + 1))*((21 - G)/11))
J = (year + year/4 + I + 2 - C + C/4) mod 7
Thereafter, for both calendars:
L = I - J
EasterMonth = 3 + (L + 40)/44
EasterDay = L + 28 - 31*(EasterMonth/4)
where
G is the Golden Number-1
H is 23-Epact (modulo 30)
I is the number of days from 21 March to the Paschal full moon
J is the weekday for the Paschal full moon (0=Sunday, 1=Monday,
etc.)
L is the number of days from 21 March to the Sunday on or before
the Paschal full moon (a number between -6 and 28)
function easter(Y) {
if (Y < 325) {
alert ("La date de Pâques n'est definie qu'a partir de
325 ap.JC");
return "xxxxxx" }
montharray=new Array(" "," ","mars","avril")
G=modulo(Y,19); // golden number-1
if (Y < 1582) {
I=modulo(19*G+15,30);
a=Math.floor(Y/4);
J=modulo(Y+a+I,7);
}
else {
C=Math.floor(Y/100);
a=Math.floor(C/4);
b=Math.floor((8*C+13)/25);
H=modulo((C-a-b+19*G+15),30); // 23-Epact (modulo 30)
a=Math.floor(H/28);
b=Math.floor(29/(H+1));
c=Math.floor((21-G)/11);
I=H-a*(1-a*b*c);
J=modulo(Y+Math.floor(Y/4)+I+2-C+Math.floor(C/4),7);
}
L=I-J;
a=Math.floor((L+40)/44);
month=3+a;
a=Math.floor(month/4);
day=L+28-31*a;
return day+ " "+montharray[month-1]+ " "+Y;}
le nombre d'or
la relation entre les phases de la lune et les jours de l'année
se repètent tous les 19 ans.
Le cycle de Méton fut gravé en lettres d'or sur le temple
de Minerve: c'est pour cette raison que chaque année
possède
un
nombre d'or qui est le rang [entre 1 et 19] qu'elle occupe dans le
cycle de Méton dont elle fait partie.
le nombre d'or défini par:
nombre_d'or=[Y]19 + 1
[x]y («x modulo y») = reste de la division
entière
de x par y
function golden_nb(Y)
{t=Y%19;
return t+1;}
l'épacte
mesure l'âge de la lune (nombre de jours après la nouvelle
lune) au premier janvier
dans le calendrier julien, l'âge de la lune est: épacte+8
dans le calendrier grégorien, l'âge de la lune est:
épacte
si cette formule donne zéro, l'épacte=* et par convention
épacte=30 (on n'aimait pas le zéro dans le temps)
comme le nombre d'or peut prendre 19 valeurs entre 1 et 19, il y a 19
valeurs
de l'épacte entre 1 et 30
l' épacte est définie dans le calendrier julien par:
épacte = [11 x (nombre d'or-1)]30
[x]y («x modulo y») = reste de la division
entière
de x par y
l' épacte est définie dans le calendrier
grégorien
de la façon suivante:
- on calcule l'épacte julienne
Epact = (11 * (GoldenNumber-1)) mod 30
- on tient compte du fait que 3 des 4 siècles ont une
année
bissextile de moins que dans le siècle du calendrier julien:
Epact = Epact - (3*century)/4
- on tient compte du fait que 19 ans n'est pas un nombre exact de
mois synodiques
Epact = Epact + (8*century + 5)/25
- on rajoute 8 pour en faire l'âge de la lune au premier
janvier
Epact = Epact + 8
- on rajoute ou retranche 30 pour que l'épacte ait une
valeur entre
1 et 30
function epacte(Y) {
e=modulo(11*(golden_nb(Y)-1),30);
e-=Math.floor(3*century(Y)/4);
e+=Math.floor((8*century(Y)+5)/25);
e+=8;
if (e>30) { e=e-30};
if (e<0) { e=e+30}; return e;}
la lettre dominicale
est la lettre de l'alphabet qui correspond au dimanche au sein d'une
année
si l'on attribue au premier jour de l'année la lettre A, au
deuxième
la lettre B, etc. La lettre dominicale est donc une lettre de A
à
G (on calcule le rang de cette lettre dans l'alphabet, noté l,
qui varie de 1 à 7)
Voici des algorithmes pour calculer l'épacte e et le
chiffre
dominical l pour une année grégorienne A = 100
c + u, où c est le siècle moins une
unité,
et u le rang de l'année dans le siècle :
e = [ 11[A]19 + 8 - c + [c/4] + [(8c
+ 13)/25] ]30
l = [ 2c - [c/4] - u - [u/4] ]7
+ 1
On trouve alors la date de Pâques grégorienne en jours
de mars par la formule :
P = 45 - e' + [e' + l + 1]7
où e' = e si e < 24, e' =
25 si
e
= 24, et e' = e - 30 si e > 24. Il y a
hélas
une exception liée à la présence de deux
épactes
25 dans le calendrier lunaire perpétuel grégorien,
notées
par exemple 25 et XXV pour les distinguer. On utilise la seconde
lorsque
le nombre d'or est supérieur à 11. Lorsque
l'épacte
vaut XXV, il faut prendre e' = 26.
Au vu de cette complication nouvelle, il n'est pas surprenant que
dans
le calendrier grégorien, les mêmes dates de Pâques
reviennent...
tous les 57 000 siècles, soit 5,7 millions d'années !
By constructing a table of letters and days of the year, A always
being
set against I January, we can at once see the relation between the days
of the week and the day of any month, if only we know the Dominical
Letter.
This may always be found by the
following rule of De Morgan=92s, which gives the Dominical Letter
for
any year, or the second Dominical Letter if it be leap year:
1.Add 1 to the given year.
2.Take the quotient found by dividing the given year by 4 (neglecting
the remainder).
3.Take 16 from the centurial figures of the given year if that can
be done.
4.Take the quotient of III divided by 4 (neglecting the remainder).
5.From the sum of I, II and IV, subtract III.
6.Find the remainder of V divided by 7:
this is the number of the Dominical Letter, supposing A, B, C, D, E,
F, G to be equivalent respectively to 6, 5, 4, 3, 2, 1, 0.
function letter(Y) {
letter_array=new Array("G","F","E","D","C","B","A")
a=Y+1;
b=Math.floor(Y/4);
c=0;
if (Math.floor(Y/100)>16) { c=Math.floor(Y/100)-16 };
d=Math.floor(c/4);
e=a+b+d-c;
l=modulo(e,7);
return letter_array[l]}
voici la formule que j'utilise ici et qui donne une double lettre
pour les années bissextiles;
la première donnant les dimanches jusqu'au 24
février et la seconde pour le reste de l'année
function letter(Y) {
letter_array=new Array("A","G","F","E","D","C","B")
L3=Y+Math.floor(Y/4)-Math.floor(Y/100)+Math.floor(Y/400)
l=modulo(L3,7)
LD=letter_array[l]
bis=false; // for ! leap year
if (modulo(Y,4) == 0) {bis=true;} // normal leap years
if (mod((Math.floor(Y/100)),4) != 0) {bis=false;} // for !
1600, 2000
if(bis) { // double letter for leap years
l0=l-1
if(l==0) { l0=6};
LD=letter_array[l0]+letter_array[l] }
return LD}
le cycle d'indiction romaine
est une période introduite à Rome par l'empereur
Constantin
en 316 et qui, au début, désignait un impot
extraordinaire
prélevé tous les 15 ans. Plus tard elle fut
employée
comme note chronologique, apposée au bas des chartes et
diplômes.
L'indiction n'a rien à voir avec l'astronomie.
Elle est encore en usage dans les bulles de la papauté.
l' indiction d'une année Y est:
indiction=[Y+2]15 + 1
[x]y («x modulo y») = reste de la division
entière
de x par y
function indiction(Y)
{ return (modulo(Y+2,15)+1);}
la période julienne
Cette une invention fort astucieuse de Joseph Justus Scalinger,
décrite par exemple par
Louis Goguillon et Jean
Paul Cornec.
Son intérêt est de
caractériser une année par un vecteur (x,y,z)
unique dans un espace cubique tridimensionel de taille 28
×19 ×15 où x représente le cycle
solaire, y
le nombre d'or et z l'indiction. J'ai utilisé le
code
programmé par
l'Institut
de Mécanique céleste et de Calcul des
Ephémérides.
Contrairement à ces distingués collègues,
je ne me suis pas préoccupé de la longitude ni de la
question heure d'été vs
heure d'hiver, car, après tout, que sont une heure ou
deux devant 7980 années?
Mes références:
le calendrier lunaire
Le calendrier lunaire est basé sur les
observations astronomiques exactes de la longitude du soleil et des
phases de la lune. Pour déterminer une année lunaire, au
moins deux calculs astronomiques doivent être effectués:
Premièrement, on doit déterminer à quelle
date la nouvelle lune apparaîtra. Une nouvelle lune signifie la
lune complètement «noire» ou «pleine».
La date d'une nouvelle lune est le premier jour d'un nouveau mois.
Deuxièmement, on doit déterminer les dates où la
longitude du soleil est un multiple de 30 degrés. La longitude
du soleil est 0° à l'équinoxe de printemps, 90° au
solstice d'été, 180° à l'équinoxe
d'automne, et 270° au solstice d'hiver. Ces dates s'appellent les
«Principal Terms» et sont employées pour
déterminer le nombre de chaque mois:
- Principal Term 1 se produit quand la
longitude du soleil est de 330 degrés.
- Principal Term 2 se produit quand la
longitude du soleil est de 0 degré.
- Principal Term 3 se produit quand la
longitude du soleil est 30 degrés. etc.
- Principal Term 11 se produit quand la
longitude du soleil est de 270 degrés.
- Principal Term 12 se produit quand la
longitude du soleil est de 300 degrés.
Chaque mois porte le nombre du Principal Term qui se produit
durant cette période.Dans des cas rares, un mois peut
contenir deux Principal Terms; dans ce cas-là les nombres de
mois peuvent devoir être décalés. Principal
Term 11 (solstice d'hiver) doit toujours tomber le
11ème mois. Tous les calculs astronomiques sont effectués
pour le méridien 120 degrés à l'est de Greenwich.
Ceci correspond à la côte est de la Chine.
Pour le cycle lunaire le mois fait en moyenne 29.5306 jours, mais cette
durée peut varier de plusieurs heures. Une année lunaire
se compose normalement de 12 mois où un mois correspond à
un cycle lunaire. Chaque mois commence le jour de la nouvelle lune. La
nouvelle année chinoise commence à la deuxième
nouvelle lune après le solstice d'hiver. Un mois dans le
calendrier lunaire peut varier entre 29 et 30 jours et une année
normale peut avoir 353, 354 ou 355 jours, environ, 11 jours de moins
que le calendrier grégorien.
Le calendrier lunaire insère un mois de plus (un mois lunaire
supplémentaire) tous les deux à trois ans, pour l'adapter
à l'année solaire. L'insertion et l'attribution des mois
de plus sont la différence principale entre le calendrier
lunaire et le calendrier grégorien. Dans un sens, le calendrier
lunaire est plus précis que le calendrier grégorien. Pour
atteindre cette précision, il y a 7 mois de plus par cycle de 19
ans. Pendant la prochaine année, le mois de plus sera
inséré au 7ème mois. L'année aura donc 13
mois, avec 385 jours. Selon le calcul des experts, au cours de la
période de 2300 ans qui va de 221 B.C. jusqu'a 2100 A.D., il y
aura eu seulement 12 ans qui contiennent 385 jours.
Les calendriers lunaires remontent à plusieurs milliers
d'années. Selon la légende, c'était l'empereur
Huangdi qui a inventé le calendrier lunaire dans 2637 B.C..
Ainsi, il pourrait dire que la prochaine année est la
4643ème année du calendrier lunaire.
Shuibao Liu, ONUG, UN Special, le magazine des fonctionnaires
internationaux à Genève (février 2006)
Roger Lehni
éditions la goélette
(1997)
La légende
prétend qu'après avoir
achevé son ouvrage, l'auteur de l'horloge astronomique eut les
yeux
crevés sur ordre du Magistrat de la ville, soucieux de
l'empêcher
de construire ailleurs semblable chef d'oeuvre. Si cette fable ne
contient,
bien entendu, nulle parcelle de vérité, elle n'en est pas
moins révélatrice de l'orgueil légitime
qu'éprouvèrent
les Strasbourgeois à posséder une oeuvre qui comptait au
nombre des sept merveilles de l'Allemagne.
La renommée universelle dont elle a joui
depuis
des siècles ne semble guère avoir diminué si l'on
en juge par les foules qui continuent à défiler devant
elle.
Curieusement, celles-ci semblent toujours attirées d'abord par
le
jeu des automates, alors que l'horloge est avant tout un monument de
l'art
et de la science d'une extrême richesse; elle est aussi un
monument
d'histoire particulièrement significatif. Ce sont ces aspects,
parfois
complexes, que ce guide s'efforce d'éclairer sommairement. Le
schéma
de l'oeuvre placé en tête du fascicule et dont les
numéros
sont repris dans le texte devrait en faciliter la compréhension.
Longtemps le moyen âge semble avoir
été assez indifférent
au temps. Les instruments dont il disposait, clepsydres, sabliers ou
cadrans
solaires, mesuraient des portions du temps sans pouvoir rendre compte
de
sa continuité. Vers la fin du XIII° siècle se
produisit
une révolution technique avec l'invention de l'horloge
mécanique
qui, au temps clérical, incertain, allait substituer un temps
laïc,
rationnalisé. Pour renforcer leur prestige, les villes
dotèrent
l'un de leurs édifices publics ou religieux d'une horloge
monumentale
pourvue de différents perfectionnements qui leur
conféraient
un aspect spectaculaire. Strasbourg fut parmi les premières
à
donner l'exemple d'une telle réalisation en faisant
élever
de 1352 à 1354 l'horloge des Trois Rois.
Le buffet de l'instrument, d'une douzaine de mètres de haut,
fut dressé contre le mur ouest du bras sud du transept où
quelques consoles et scellements gardent la trace de son emplacement.
L'édifice
comportait de bas en haut : un calendrier, un astrolabe et une statue
de
la Vierge à l'enfant devant laquelle, toutes les heures, les
rois
mages venaient s'incliner, pendant qu'un carillon jouait
différentes
mélodies et qu'un coq chantait en battant des ailes. Cet
automate,
le plus ancien qui soit conservé, est aujourd'hui exposé
au Musée des arts décoratifs de Strasbourg.
Lorsque l'horloge des Trois Rois cessa de
fonctionner vers le début
du XVI° siècle, on songea peut-être d'abord à
la
restaurer. En tout cas on installa en 1533 sur la façade sud du
transept un cadran qui devait montrer la marche du soleil et de la lune
à travers le zodiaque, au moyen d'aiguilles actionnées
depuis
l'horloge. Encore fallait-il que celle-ci fût renouvelée.
La ville avait en effet décidé de remplacer l'ancien
instrument, trop délabré, et en 1547 une nouvelle horloge
fut mise en chantier vis-à-vis de l'ancien emplacement.
L'étude
du projet fut confiée à Chrétien Herlin, astronome
et professeur à la Haute Ecole, qui s'adjoignit le
médecin
Michel Herr et le théologien Nicolas Prugner, tous deux
excellents
mathématiciens. L'horloger commença son travail, tandis
que
l'architecte de l'Oeuvre Notre-Dame, Bernard Nonnenmacher, entreprenait
la construction du buffet en pierre avec son escalier à vis.
Mais,
dès 1548 les travaux furent interrompus par l'Intérim
d'Augsbourg
qui rendit la cathédrale au culte catholique, amenant le
Magistrat
protestant à se désintéresser de tout ce qui
concernait
l'édifice.
Après la restitution de l'église aux protestants en 1559,
il fallut encore attendre de trouver les hommes capables de reprendre
le
projet. En 1531, ce fut chose faite. Conrad Dasypodius (1531 - 1601),
disciple
de Herlin et son successeur dans la chaire de mathématiques
à
l'Académie de Strasbourg, reprit l'ouvrage interrompu. Il
s'adjoignit
David Wolkenstein, de Breslau, et s'assura la collaboration d'Isaac
Habrecht
(1544 - 1620), horloger à Schaffhouse, et de son frère
Josias
qui se chargèrent de construire les mécanismes. Il fit
encore
appel au peintre Tobias Stimmer (1539 - 1584), également
originaire
de Schaffhouse, mais installé à Strasbourg depuis 1570,
et
qui se fit aider par son frère Josias. Stimmer fut en quelque
sorte
le directeur artistique de l'entreprise, et se chargea aussi bien de
peindre
certains indicateurs astronomiques, tel le globe céleste, que de
décorer l'ensemble du buffet. Il alla jusqu'à dessiner
les
projets pour les figures mobiles (conservés au Musée des
arts décoratifs) qui furent exécutées par un
habile
sculpteur dont le nom demeure malheureusement inconnu. Quant au buffet
en pierre lui-même, son achèvement revint tout
naturellement
à Hans Thomann Uhlberger, architecte de l'Oeuvre Notre-Dame de
1565
à 1608.
Les travaux qui s'étaient étendus de 1571 à 1574,
avaient été conditionnés par l'entreprise de
Herlin.
Le buffet, largement avancé, empêcha Dasypodius
d'élaborer
un projet plus ambitieux, de même que l'astrolabe
déjà
esquissé l'incita peut-être à rester fidèle
au système de Ptolémée qui plaçait la terre
au centre de l'univers, quarante ans après la publication de la
théorie héliocentrique de Copernic.
Précisons seulement que si sa conception astronomique
était
dès l'origine dépassée, son calendrier -
élaboré
d'après le système julien, hérité des
Romains
- le fut aussi après la réforme grégorienne de
1582
qui fut introduite a Strasbourg un siècle plus tard. Quant aux
tableaux
des éclipses, peints pour trente-deux ans, ils ne furent plus
renouvelés
à partir de 1649. Enfin l'usure affecta les rouages en fer
forgé
qui refusèrent progressivement de fonctionner jusqu'à ce
que l'horloge s'arrêtât complètement en 1788.
Un jour que le suisse de la cathédrale,
après avoir présenté
à des visiteurs l'horloge immobile et muette, concluait que
personne
ne pourrait plus jamais la remettre en marche, un garçon lui
lança:
"Eh bien ! moi, je la ferai marcher!" Il s'agissait du jeune Jean-
Baptiste
Schwilgué (1776-1856) qui allait consacrer son existence
à
acquérir en autodidacte toutes les connaissances
nécessaires
à une telle entreprise. Devenu ingénieur
mécanicien,
il fut enfin chargé, à l'âge de 61 ans, de la
rénovation
de l'horloge qu'il mena à bien de 1838 à 1842. C'est
qu'il
était prêt depuis longtemps! Il avait formé
quelques
ouvriers capables de l'assister et s'était mis à
construire
les machines qui devaient lui faciliter la confection des pièces
de l'horloge avec la plus extrême précision. Parmi elles
figurait
même une machine à sculpter le bois qui permettait
d'ébaucher
les automates d'après des maquettes en plâtre.
Personnellement
il aurait volontiers renoncé à ces figures mobiles dont
il
pensait "qu'elles ne sont plus du goût actuel, qu'elles
n'intéressent
que le vulgaire le moins instruit". Son rêve eût
été
de construire une horloge entièrement neuve, dans un buffet
largement
vitré qui aurait permis d'admirer les mécanismes. Devant
le coût d'un tel projet, la ville préféra lui
demander
de ne renouveler que les différentes fonctions de l'ancien
instrument.
C'est à cette sage décision que nous devons d'avoir
conservé
le buffet qui est un chef d'oeuvre de la Renaissance et qui abrite une
réalisation exemplaire de la science et de la technique du
XIX°
siècle. Ainsi l'horloge actuelle est une oeuvre double dont nous
allons analyser successivement les deux composantes.
Par sa composition, le buffet est d'une grande
originalité.
À la base, il comporte un soubassement large de 7,30 m et de
plus
de 4 m de haut, d'où émergent trois édicules.
À
gauche, une tourelle sert à la descente des cinq poids qui
constituent
le moteur des mécanismes et dont le remontage se fait toutes les
semaines. À droite, un escalier à vis permet
d'accéder
aux parties supérieures et au cadran extérieur. Le corps
central, haut de 18 m, affiche les données scientifiques,
présente
les automates et renferme les mécanismes. L'escalier et le corps
central, élevés en pierre, datent dans leur plus grande
partie
de 1547. Ils constituent la première création
architecturale
de la Renaissance à Strasbourg. Curieusement, Uhlberger qui les
termina, réintroduisit au dernier étage et dans le
couronnement
du corps central le style gothique auquel les tendances
maniéristes
de la fin du siècle revenaient volontiers. Cet édicule
central
se dresse au-dessus d'un rez-de-chaussée voûté qui
est dissimulé par le soubassement. Celui-ci, ainsi que la
tourelle,
construits en bois, ont été ajoutés après
1571.
Le buffet ne fut modifié par Schwilgué qu'en un seul
endroit
: il ajouta au dernier étage un avant-corps incurvé pour
mieux dissimuler les automates avant leur apparition.
Le décor du buffet, tout naturellement consacré au temps,
conserve aussi la mémoire de la création ou de la
rénovation
de l'oeuvre. La date d'achèvement et les noms des auteurs
figuraient
sur le calendrier de 1574. La date de la rénovation de 1669 par
Isaac III Habrecht se lit sur l'entablement du corps central, tandis
qu'au-
dessus du planétaire sont inscrites les dates de l'intervention
de Schwilgué. D'autres contributions sont rappelées par
les
peintures et les sculptures.
1-3. Des sculptures héraldiques
proclament la part qu'eurent
à la réalisation de l'horloge, en tant que promoteurs, la
ville et l'Oeuvre Notre-Dame. Les armoiries de Strasbourg sont
présentées
par deux lions, l'un tenant le heaume, l'autre l'écu
(1) Au dernier niveau du corps central, un lion
supporte
les armes de l'Oeuvre(2) et un griffon(3),
celles de son architecte, Uhlberger.
4-7. Parmi les sculptures du couronnement,
ce dernier est représenté tout au sommet, sous la forme
d'une
statuette qui le montre tenant un compas et un écu avec sa
marque
de maître(4). Dans ce couronnement qui abritait
à l'origine un carillon, les figures d'une harpiste et d'une
luthiste
incarnaient la musique. Elles ont été remplacées
vers
1842 par quatre musiciennes(7) portant en
bandoulière
des écus aux armes des administrateurs et du receveur de
l'Oeuvre
Notre-Dame qui, en 1571 avaient signé le contrat avec Habrecht.
C'est également en 1842 que les trois évangélistes
qui se dressaient au-dessus de l'entablement ont été
complétés
par un quatrième(5). Leur disposition fut
modifiée pour faire place, au centre, à la statue du
prophète
Isaïe(6), annonciateur du royaume de Dieu,
exécutée d'après un modèle de Philippe
Grass,
sculpteur de l'Oeuvre Notre- Dame.
8. Le linteau de porte de
l'escalier montre un enfant endormi près d'un sablier, la main
posée
sur une tête de mort. Ce relief de 1547 illustre
déjà
le thème de la brièveté de la vie et de la fuite
du
temps qui sera développé un quart de siècle plus
tard
par les peintures.
III - Les peintures
En complément à toutes les indications
chronométriques,
un vaste et complexe programme de peintures était destiné
à évoquer le temps sous ses autres aspects, cosmologique,
historique ou théologique, en insistant sur la fin
inéluctable
vers laquelle s'acheminent et l'homme et l'humanité.
L'exécution de cet ensemble revint à Tobias Stimmer.
Celui-ci était alors la personnalité la plus forte de la
peinture germanique, sachant dans son art allier avec maîtrise
l'héritage
de la première Renaissance, l'influence vénitienne, les
tendances
maniéristes de l'époque et certains traits
déjà
baroques. Le décor de l'horloge astronomique demeure aujourd'hui
son oeuvre peinte la plus importante.
9 -12.
Les Quatre empires - l'Assyrie, la Perse, la Grèce et Rome -
étaient, dans la vision du prophète Daniel,
symbolisées
par les quatre bêtes surgies de la mer qui figurent sur les
boucliers
des quatre monarques. La succession de ces empires constituait le temps
historique. Car selon l'historiographie protestante du XVI°
siècle,
le Saint Empire romain germanique prolongeait la domination de Rome qui
devait être suivie par le royaume de Dieu. La même
idée
était exprimée par une autre vision de Daniel, celle du
colosse
aux pieds de fer et d'argile. Cette figure, peinte sur la tourelle des
poids, a été déposée au musée pour
faire
place au portrait de Schwilgué.
13. La Création inaugure une
série
de six peintures qui retracent de manière fort originale le
temps
biblique. Elle est évoquée à travers la
création
d'Eve tirée de la côte d'Adam par Dieu qui, selon une
tradition
protestante, n'est pas figuré, mais nommé au centre d'un
halo de lumière.
14-16. Le Jugement dernier est illustré par trois
scènes.
Il y a d'abord l'avènement triomphal du Christ juge(14),
essentiellement inspiré par l'Apocalypse. Au pied de son
trône,
on voit quatre animaux ailés et l'agneau mystique, puis, de part
et d'autre, le diable et la mort enchaînés. Tout autour,
les
vingt-quatre vieillards tiennent des harpes et des coupes d'encens. La
Résurrection des morts (15) qui lui fait suite
est certainement l'une des compositions les plus habiles et les plus
italianisantes
de Stimmer. Le Jugement(16) enfin n'est pas
montré
sous sa forme apocalyptique afin de rappeler qu'il est aussi une
réalité
individuelle. La scène oppose la fin de deux hommes attendus par
la mort. A gauche, le croyant est assisté par trois femmes: la
Foi,
la Charité et l'Espérance. A droite, l'impie,
ligoté
par un démon, est dominé par "Dame Monde", figure
allégorique
qui incarne toutes les séductions terrestres.
17 - 18. La Chute et le Salut, incarnés par deux figures
allégoriques, résument l'histoire du salut qui se
déroule
entre l'origine et la fin des temps. Cette représentation,
inspirée
par la théologie luthérienne de la justification par la
grâce,
oppose la loi, le péché et la mort(17)
à la foi dans la rédemption, qui accueille la parole de
l'Évangile
et se trouve régénérée par l'Esprit saint(18).
19 -20. L'Eglise et
l'Antéchrist
sont représentés par la femme de l'Apocalypse,
revêtue
de soleil, dont le nouveau-né est enlevé au ciel et par
le
dragon à sept têtes qui voulait dévorer l'enfant.
Faisant
allusion aux persécutions et aux troubles dont l'Eglise
était
victime, ces peintures cherchaient peut-être à
suggérer
que la fin des temps était proche.
21 -24.
Les quatre Saisons qui décrivent le temps cyclique de
l'année,
personnifient en même temps, à travers les Quatre Ages, le
temps irréversible de l'existence humaine, puisqu'on distingue
derrière
l'Hiver-Vieillesse, la Mort avec son sablier. Mais ces figures ont
encore
d'autres significations. Elles représentent aussi le temps
quotidien
à travers les heures du jour (aube, midi, soir, nuit), ainsi que
les éléments (air, terre, eau, feu) et les quatre
tempéraments
(sanguin, colérique, flegmatique, mélancolique). La
correspondance
entre diverses tétrades remonte à des spéculations
cosmologiques de l'Antiquité. Ces peintures illustrent
l'harmonie
du microcosme terrestre et, par leur disposition autour de l'astrolabe,
image du macrocosme, affirment l'unité de l'univers.
25-27.
Les Parques, divinités mythologiques, décident de la
destinée individuelle. De haut en bas, Lachésis
dévide
la quenouille, Clotho guide le fil de l'existence que la vieille
Atropos
s'apprête à couper.
28 - 31. Des hommages sont rendus par plusieurs peintures aux
hommes, aux arts et aux sciences qui ont concourru à la
création
de l'horloge. Et tout d'abord à l'astronomie,
représentée
par sa muse, Uranie(28), Sont les deux ailes -
l'arithmétique et la géométrie - permettent
l'envoi.
Nicolas Copernic(29), mort en 1543, n'a eu aucune
part à l'oeuvre. C'est au novateur que s'adressait l'hommage de
Dasypodius. Comme la plupart de ses contemporains, celui-ci ne voyait
sans
doute dans la théorie héliocentrique qu'une brillante
hypothèse,
puisqu'il conçut l'horloge en fonction du système
ptoléméen,
plus conforme aux apparences. De Dantzig il avait fait venir un
autoportrait
de Copernic que Stimmer put copier pour représenter le savant
debout,
avec dans sa main, un brin de muguet rappelant qu'il avait aussi
été
médecin. Après l'événement de la
rénovation
de 1838, on voulut en honorer l'auteur en plaçant sous le
portrait
de Copernic, celui de Schwilgué(30) peint
par Gabriel Guérin en 1843. Un dernier panneau(31)
rassemble les emblèmes des savants, artistes et artisans qui ont
participé à la réalisation de l'ouvrage.
La mesure du temps et les indications astronomiques
C'est en toute logique que, dès l'origine, les grandes horloges
publiques furent astronomiques, car ce sont les mouvements
célestes
qui permettent de mesurer le temps. C'est par référence
à
la rotation de la terre, aux révolutions de la lune et du soleil
qu'ont été définies les unités fonamentales
du jour, du mois et de l'année. Tous ces mouvements sont
reproduits
par l'horloge avec la plus extrême précision, jusque dans
les irrégularités qui les affectent.
I - L'heure
32 - 35. L'indication de l'heure est donnée par un cadran(32)
sur lequel des aiguilles blanches marquent l'heure officielle. Les
aiguilles
dorées qui retardent d'une trentaine de minutes sur les
premières,
indiquent l'heure moyenne locale d'après laquelle sont
réglés
les sonneries et les automates. Le premier coup des quarts est
frappé
par un angelot(33), le second par l'un des quatre
Ages: l'enfant,
le jeune homme, l'homme mûr et le vieillard
(34).
Il passent à tour de rôle
devant la Mort à chaque quart d'heure,
symbolisant ainsi le cycle de la vie.
La Mort sonne les heures sans jamais s'arrêter,
même la nuit,
alors que les Ages, à l'instar des hommes, respectent le repos
nocturne.
Après la sonnerie de l'heure, le second angelot(35)
retourne son sablier.
36 - 37. La sonnerie de midi est suivie par le
défilé
des apôtres devant le Christ qu'ils saluent(36)
et qui bénit la foule après le passage du dernier d'entre
eux. Ce jeu d'automates à été rajouté par
Schwilgué
pour répondre à une tradition selon laquelle il aurait
existé
dans l'ancienne horloge. Pendant le défilé, par trois
fois,
le coq(37) se met à chanter. Dans cet animal
emblématique de la mesure du temps, Dasypodius voyait aussi un
rappel
du reniement de saint Pierre, symbole de la fragilité humaine.
Il - Le calendrier
38 - 40. Les jours sont signalés par
leurs divinités tutélaires, installées sur des
chars
que traînent les animaux qu'elles ont pour attribut(38).
Se succèdent du dimanche au samedi : Apollon, Diane, Mars,
Mercure,
Jupiter, Vénus et Saturne. Ce dernier, représenté
en train de dévorer l'un de ses enfants, est aussi un symbole du
temps qui détruit ce qu'il produit. Presque intégralement
renouvelées en 1842, ces sculptures ne s'inspirent
malheureusement
que très peu des superbes projets de Stimmer. La division du
jour
astronomique est rappelée par le face à face d'Apollon et
de Diane(40) qui incarnent respectivement la
journée
et la nuit. Le premier a encore une autre fonction: de sa flèche
il désigne sur le calendrier le jour courant.
41. L'année est en effet
décrite
par un calendrier perpétuel, en forme d'anneau. Il indique les
mois,
les jours, leurs saints, les fêtes fixes et mobiles, ainsi que
les
lettres dominicales qui définissent les dimanches.
42. Le comput ecclésiastique effectue
dans la nuit du 31 décembre les calculs qui permettent de fixer
le calendrier de la nouvelle année. Il indique son
millésime,
sa place dans
le cycle solaire (période
de 28 ans au terme de laquelle les jours retombent sur les mêmes
dates) son rang dans le cycle lunaire ou
nombre
d'or (période de 19 ans au bout de laquelle les phases de la
lune se produisent aux mêmes jours), ainsi que celui dans l'indiction
romaine (cycle de 15 ans utilisé dans des documents
pontificaux),
les
lettres dominicales, les épactes
(nombre
de jours qui séparent la dernière nouvelle lune du
ler janvier) et la date de Pâques.
III - Les indications astronomiques
43 - 44. Le globe céleste reproduit
le mouvement de la sphère étoilée autour de la
terre
supposée immobile en son centre. Il comporte plus de 5000
étoiles
et tourne en un jour sidéral. Celui-ci correspond à
l'intervalle
entre deux passages d'une même étoile au méridien,
qui est d'environ 4 minutes plus court que le jour solaire moyen. Le
temps
sidéral se lit sur un cadran annulaire(44)
fixé sur la sphère. En dessous de celle-ci, un rouage
reproduit
la giration pratiquement imperceptible de l'axe de la terre qui
s'accomplit
en 25806 ans.
45 - 50. Le temps apparent ou temps solaire vrai est
défini
par la durée entre deux passages du soleil au méridien.
Sur
le cadran(45), deux aiguilles indiquent la marche
apparente du soleil(46) et de la lune(47)
autour de l'hémisphère nord placé au centre. Elles
reproduisent également les éclipses. La longueur de
l'aiguille
lunaire varie automatiquement en fonction de la position de la lune;
celle-ci
est représentée par une petite boule qui, en tournant sur
elle-même, décrit les phases lunaires. Sur le même
cadran
deux auguilles marquent l'heure du lever(48) et
du coucher(49) du soleil. Le mécanisme des
équations solaires et lunaires(50)
détermine
l'irrégularité de la marche des deux aiguilles du
système
apparent conformément à la progression réelle des
deux astres.
51. Le planétaire montre la
gravitation
des six planètes visibles à l'oeil nu (Mercure,
Vénus,
la terre accompagnée de la lune, Mars, Jupiter, Saturne) autour
du soleil central. Les signes du zodiaque, tracés sur le
pourtour,
permettent de savoir dans quelles constellations se trouvent les
planètes.
Les dimensions de celles-ci, ainsi que leurs distances et leurs
mouvements
sont restitués proportionnellement à la
réalité
avec une précision de l'ordre du centmillionième.
52. Le globe lunaire, à moitié
noirci et à moitié doré, montre les phases
réelles
de la lune en effectuant sa rotation en un mois lunaire de 29 jours et
55 minutes.
En créant l'horloge astronomique, l'équipe de 1571
se proposait de décrire le temps par tous les moyens, dans une
oeuvre
qui devait être utile, tout en servant à l'embellissement
de la cathédrale et au prestige de la ville. La
rénovation
de 1838 en fit, d'un point de vue technique, une pièce unique au
monde, grâce au génie de Schwilgué que l'astronome
Camille Flammarion n'hésitait pas à comparer à
celui
de Copernic ou de Galilée.
À l'heure de l'horloge atomique et du télescope
spatial,
l'horloge de Strasbourg pourrait avoir perdu de son
intérêt.
Elle continue pourtant d'attirer les foules, et à juste titre.
Car
elle propose une méditation sur le temps, tout en
séduisant
par ses jeux d'automates, et surtout elle constitue une oeuvre d'art
totale,
un monument unique élevé par nos ancêtres à
l'énigme du temps. Bien que celle-ci ait trouvé nombre de
réponses, l'homme d'aujourd'hui demeure plus que jamais
fasciné
par l'infini du cosmos et hanté par le temps.
Frédéric Piton
Strasbourg Illustré
ou
Panorama Pittoresque, historique et statistique de Strasbourg et
de ses environs
Tome 1 : Promenades dans la ville
Librairie Neukirch, Bâle 1855
p. 336-341
Ce n'est pas une restauration comme celle des vitraux, c'est une
oeuvre
nouvelle qui a pris place dans la cage de l'ancienne horloge. Si les
mille
rouages, ressorts et moteurs qui fonctionnent dans l'intérieur
de
cet admirable mécanisme règlent les secondes, les
minutes,
les heures, les jours, jusque dans un avenir de milliers
d'années,
en tant que la matière peut faire résistance à
l'action
destructive du temps; si la lente aiguille, avançant toujours,
marque
à chacune de ses vibrations son progrès et rejette chaque
jour dans l'abîme du passé, cet instrument sans
égal
dans les plus ingénieuses conceptions de l'horlogerie, nous
marque
de même le progrès de la science et l'immense trajet
qu'elle
a exécuté depuis que Tobias Stimmer peignit cette
carcasse
en pierre, vivifiée par le mouvement régulier du pendule.
Alors il fallut le concours de quelques mathématiciens
astronomes
et les mains habiles de quelques horlogers pour créer cette
oeuvre,
et celle que nous avons sous nos yeux est le fruit de profondes
méditations
du mathématicien, le produit de la pensée d'un seul
homme,
dont les mains créatrices imprimèrent à ces mille
parcelles du mécanisme le mouvement et la
régularité.
Ce travail porte en lui-même la finesse de celui du bijoutier,
tandis
que l'autre n'est comparativement que celui du serrurier
1),
et cependant déjà alors il passait pour un chef-d'oeuvre
qui fut rangé, comme la flèche de notre
cathédrale,
au nombre des sept merveilles de l'Allemagne 2).
Quand des milliers de mains travaillaient encore à
l'édification
de cette flèche, quand le sculpteur et le verrier lui
imprimaient
l'ornementation symbolique et instructive, quelque moine savant, vivant
peut-être obscur dans sa cellule, voulut ajouter à ces
merveilles
de l'art celle du mécanisme en créant une horloge, pour
rappeler
par ce symbole vivant l'emploi utile du temps, ce don précieux
de
l'existence humaine dont la perte est irréparable et dont la
rémunération
tiendra toujours un compte sévère dans la vie de l'homme.
Dasipodius nous laissa une description succincte de cette horloge,
construite en 1352, en donnant la description de la sienne; elle
marquait
les heures, les jours du calendrier; un astrolabe indiquait le cours du
soleil et de la lune; le coq chantait, les trois mages circulaient
devant
la sainte Vierge et s'inclinaient devant elle, et un carillon faisait
entendre
un air choral de psaume. On distingue encore en face de l'horloge
actuelle
les consoles de pierre qui la portaient.
Cet instrument avait fonctionné près de deux
siècles,
quand, par suite du défaut d'entretien, la rouille finit par en
paralyser le mouvement, ce qui donna l'idée à
l'administration
de l'Oeuvre Notre Dame de le remplacer en 1547. Elle chargea alors les
mathématiciens Michel Herus, Nicolas Bruckner et Chrétien
Herlin de l'exécution d'une nouvelle horloge; mais la mort, les
événements politiques et religieux de cette époque
interrompirent ces travaux jusqu'à ce que Dasipodius, professeur
de mathématiques, les reprît en 1571. Les deux
frères
Isaac et Josué Habrecht, jeunes et habiles horlogers de
Schafhouse,
ayant entendu parler de la reprise de cette oeuvre, arrivèrent
à
Strasbourg et firent leurs offres de service pour son exécution
matérielle. Dasipodius, les ayant trouvés, après
examen,
aptes à mettre en exécution le résultat de ses
nombreux
calculs, se rendit garant pour eux auprès du Magistrat; ils
furent
agréés et se mirent à l'oeuvre, après que
le
professeur de mathématiques eût fait venir à
Strasbourg
un ami et collaborateur distingué, pour l'aider dans ses
nombreuses
et savantes combinaisons: c'était David Wolkenstein, de Breslau,
qui vivait alors à Augsbourg. L'architecte Uhlberger et Tobias
Stimmer
firent les dessins de la cage et des figures et automates qui devaient
l'orner et fonctionner; ce dernier l'embellit de son pinceau. Cette
horloge
marcha pour la première fois le jour de saint Jean-Baptiste
1574.
Elle s'arrêta en 1789.
Nous nous bornerons à donner ici une description architectonique
de la cage, en nous réservant d'entrer dans plus de
détails
en parlant de l'horloge actuelle. Cette cage, la même qui sert
encore
aujourd'hui, est formée d'un soubassement ou chambre de 11
mètres
de longueur sur près de 3 mètres 25 centimètres de
hauteur, couronnée de deux corniches superposées, en
tout,
à peu près 5 mètres de haut. Elle est
divisée
dans sa largeur en trois compartiments dont les deux latéraux,
fermés
d'une vitre, laissent voir dans l'intérieur le mécanisme;
celui du milieu est occupé par le grand calendrier. Les
corniches
des parties latérales sont décorées des peintures
de T. Stimmer, celles du milieu présentent une ouverture de
laquelle
sortent les jours de la semaine symbolisés en figurines
automatiques.
Au-dessus se trouve le cadran indiquant l'heure du temps moyen. Une
galerie
tourne sur ce soubassement et, à droite et à gauche, deux
lions tiennent l'écusson et le cimier aux armes de Strasbourg.
Sur
le compartiment central de la base s'élève une tour de 4
mètres de largeur et de 15 mètres de hauteur, ce qui
constitue
à peu près à l'ensemble les proportions d'une
maison
de quatre étages. Cette tour est encadrée de colonnes
superposées
et divisée dans sa hauteur en trois compartiments distincts par
des cordons ou plinthes horizontales et couronnée par une
coupole
transparente gothique.
Une autre tour, de moindre hauteur et largeur, divisée aussi
en trois parties, s'élève à gauche; sur elle est
perché
le coq automate, et un escalier en spirale et à jour conduisant
au cadran extérieur, lui fait pendant à droite.
Nous avons dit que l'instrument de Dasipodius et des Habrecht
s'arrêta
dans sa marche à l'entrée de la révolution
française.
Alors vivait en face de la maison, où il a aujourd'hui ses beaux
ateliers d'horlogerie, occupée de son temps par un comte,
chanoine
de la cathédrale, un enfant, auquel Cagliostro avait
prédit
qu'il serait un jour un mécanicien distingué. Celle
prédiction
se réalisa, elle devint une vérité, car il
était
inscrit dans le livre de son avenir, qu'éloigné pendant
longtemps
de sa ville natale, il y rentrerait un jour attiré par son
talent,
et qu'il nous doterait de ce second et unique chef-d'oeuvre en
horlogerie.
Nous voyons en cet enfant, après que soixante-cinq années
d'études et de travaux ont illustré sa vie. un digne et
respectable
vieillard, plein de cette modestie qui honore le véritable
artiste,
M. J. B. Schwilgué, auquel ses éminents travaux ont valu
la distinction d'officier de la Légion d'Honneur.
Après que la reconstruction de l'horloge paralysée de
la cathédrale eut été le rêve de toute sa
vie,
il commença son oeuvre le 24 juin 1838, et elle marcha pour la
première
fois en présence d'un illustre corps de savants, attiré
dans
nos murs par le congrès scientifique, le 2 octobre 1842
3).
Nous n'entreprendrons pas d'analyser ce chef-d'oeuvre, que nous ne
pouvons qu'admirer en profane, et nous nous bornerons à
décrire
ce que les yeux peuvent saisir et à insérer dans notre
livre
les principales indications.
Au bas de l'horloge se trouve une sphère céleste,
disposée
d'après la latitude de Strasbourg; elle indique sur un cadran le
temps sidéral, le lever et le coucher des étoiles et leur
passage au méridien, en avant égard à la
précession
des équinoxes.
Derrière cette sphère nous voyons, dans le compartiment
central du soubassement, le calendrier, dont les indications sont
perpétuelles;
il reproduit les mois, les lettres dominicales, les fêtes fixes
et
mobiles, y compris l'Avent et les Quatre-Temps; il reproduit en outre
les
années bissextiles ordinaires, ainsi que celles qui sont
séculaires.
Apollon, placé à la gauche de ce calendrier, marque le
nom
du saint correspondant au jour. Diane, la déesse de la nuit, lui
fait pendant à droite.
Autour de ce calendrier, nous remarquons, peintes dans les quatre
angles,
la Perse, l'Assyrie, la Grèce et Rome, les quatre monarchies du
monde ancien d'après la prophétie de Daniel; elles
appartiennent
de même au pinceau de T. Stimmer. Au centre du calendrier se
trouve
un cadran qui indique la marche apparente du soleil et celle de la
lune,
et ces astres, dans leur course autour de la terre, figurée par
l'hémisphère septentrional et occupant le centre du
cadran,
représentent exactement les éclipses du soleil et de la
lune
au même moment où ces phénomènes se passent
dans le ciel. Dans le compartiment à gauche, en vue du
spectateur,
se trouve le comput ecclésiastique, dont le mécanisme est
de la plus ingénieuse composition; il sert à
régler:
1° le millésime; 2°le cycle
solaire,
dont la révolution est de vingt-huit ans, après laquelle
les jours des mois reviennent aux mêmes places que les jours des
semaines; 3° le cycle lunaire qui
opère
une révolution en dix-neuf années, pendant laquelle,
suivant
l'assertion des anciens astronomes, les nouvelles et les pleines lunes
devraient se reproduire dans le même ordre et aux mêmes
jours
que dix-neuf années auparavant ; 4° l'indiction
romaine qui est une révolution de quinze ans et qui, avec le
cycle
solaire et lunaire, sert à la détermination de la grande
période julienne; 5° les
lettres
dominicales qui marquent le dimanche dans les calendriers
perpétuels;
6° les épactes qui font
connaître
le nombre de jours qu'il faut ajouter à l'année lunaire,
qui n'est que de 354 jours environ, pour l'égaler à
l'année
civile, composée de 365 ou de 366 jours, selon que
l'année
Est commune ou bissextile; 7° enfin, la
fête
de Pâques, de la date de laquelle dépend la majeure
partie
des fêtes mobiles de l'année.
Le compartiment de gauche est destiné aux équations
solaire
et lunaire. Le mécanisme de ces équations est d'une
combinaison
très remarquable; aussi forme-t-il une des principales parties
de
l'horloge; il sert à ramener: 1° le temps moyen au temps
vrai
ou apparent pour le soleil, à l'aide de deux systèmes
d'équation;
2° la longitude moyenne de la lune à sa longitude vraie,
à
l'aide de six équations d'espèces différentes;
3°
enfin, il sert encore à ramener le mouvement des noeuds de la
lune,
pour obtenir la longitude vraie de cet astre.
Au-dessus du calendrier, on voit sortir des nuages d'une voûte
céleste chacune des divinités païennes, assises sur
leurs chars, qui ont donné le nom aux sept jours de la semaine.
À cette hauteur, les peintures sur les corniches
représentent
les scènes de la Création, de la Résurrection, du
Jugement dernier et du Triomphe de la Foi et de la
Vérité.
Enfin, nous arrivons au cadran, qui marque le temps moyen en heures et
en minutes. De chaque côté est assis un génie, le
premier
tenant d'une main un timbre et de l'autre un sceptre, avec lequel il
frappe
le premier coup de chaque quart d'heure; le second génie porte
entre
ses mains une clepsydre qu'il retourne à chaque heure, chaque
fois
au dernier coup des quatre quarts.
Le premier compartiment de la tour du milieu est occupé par
le planétaire, construit sur le système de Copernic.
Toutes
les planètes visibles à l'oeil nu fonctionnent ici et se
meuvent dans l'ordre de leurs positions autour du soleil, qui reste
immobile
à sa place. La terre se trouve accompagnée de la lune,
son
satellite.
Au-dessus du planétaire se détache, sur un ciel
étoilé,
un globe, moitié noir et moitié doré, qui est
destiné
à nous montrer les phases réelles de la lune. Aux angles
du planétaire, on aperçoit en peinture les quatre
saisons,
représentées par les quatre âges de l'homme.
On arrive ensuite aux deux compartiments, occupés par les
figurines
automatiques. Dans le compartiment inférieur nous voyons les
quatre
âges s'avancer successivement pour frapper le deuxième
coup
des quarts, le premier étant sonné par le génie
armé
du sceptre que nous avons déjà remarqué. Un enfant
ouvre la marche, et de son thyrse, qu'il tient en main, annonce le
premier
quart sur un timbre placé près de lui; il est suivi de
l'adolescent
qui, sous les traits d'un chasseur, armé d'une flèche,
fait
entendre la demie; vient ensuite un guerrier, qui laisse tomber son
glaive
pour frapper les trois quarts, et enfin paraît un vieillard
marchant
avec une béquille avec laquelle il frappe les quatre quarts.
Au milieu de ces automates, figurant les mortels, se tient la mort,
armée d'une faux; elle fait sonner les heures, en frappant
gravement
sur un timbre, avec l'os qu'elle tient en main. Les quatre âges
ne
fonctionnent que le jour, tandis que la mort infatigable et inexorable
sonne toutes les heures.
Le compartiment supérieur, plus richement décoré,
est occupé au centre par la figure de Jésus-Christ,
tenant
d'une main la bannière de la Rédemption en
étendant
l'autre pour bénir. Chaque jour, à midi, l'on voit les
douze
apôtres s'avancer respectueusement et s'incliner devant le
Sauveur;
ce n'est qu'après qu'ils ont passé que le Christ donne sa
bénédiction en forme de croix. Pendant cette procession
des
apôtres, le coq, perché au sommet de la tourelle à
côté, servant aux poids, chante à trois reprises;
mais
avant de se faire entendre il bat des ailes, sa tête et sa queue
s'agitent et son cou se gonfle pour laisser passer le chant
commémoratif
de la trahison de saint Pierre.
Enfin, dans la coupole gothique transparente, nous remarquons au milieu
la statuette du prophète Isaïe, due au ciseau de M. Grass;
autour, sont groupés les quatre évangélistes avec
leurs attributs. Plus haut, quatre séraphins
célèbrent,
sur divers instruments, la gloire de Dieu, et au sommet, le
hérault
de la corporation des tailleurs de pierre de la cathédrale tient
les armoiries de l'Oeuvre Notre Dame, une croix posée sur une
équerre.
Les peintures qui décorent la tourelle aux poids sont: en haut,
Uranie, la muse de l'astronomie; Copernic, le célèbre
astronome,
et le portrait de M. Schwilgué d'une ressemblance parfaite,
peint
en 1843 par Gabriel Guérin.
Tel est en résumé cet admirable mécanisme; il
attire à juste titre les regards du public, et nous voyons tous
les jours, à l'approche du milieu de la journée, le
transept
méridional de la cathédrale rempli de curieux, qui, avec
une anxiété remarquable et silencieuse, suivent la marche
lente de l'aiguille du cadran jusqu'à ce qu'elle ait atteint
l'heure
de midi; alors tous les regards se portent vers les génies
sonnant
le quart, retournant la clepsydre; vers la mort, frappant l'heure de
son
os; vers le chant et le mouvement répété du coq et
vers la procession et la bénédiction des apôtres.
Les
chuchottements commencent et les acclamations d'étonnement
finissent
la pantomime souvent très naïve de la plupart des
spectateurs,
surtout des miliers d'Allemands que nous voyons depuis quelques
années
quitter leur patrie, et traverser notre ville pour aller vers un avenir
inconnu, espérant trouver un meilleur sort dans le Nouveau
Monde.
Un peintre observateur, à l'abri de la cage de l'horloge, en vue
de ce public, trouverait riche matière d'études de
physionomies.
Mais un moment plus solennel pour le penseur est celui où finit
l'année. Ces halles grandioses, éclairées par les
lampes scintillantes, qui brûlent dans les chapelles, ou par la
lumière
argentée de la lune, qui rejette les pâles reflets des
vitraux
sur les piliers; le morne silence, interrompu par le mouvement
cadencé
du pendule; le lieu, le moment solennel du passage d'une année
à
l'autre font jeter un regard profond sur ce cercle, sur lequel chaque
jour
a imprimé, pour chacun, la douleur ou la joie de la vie. On
entre
dans la chambre de l'horloge et l'on n'entend que les coups
saccadés
du mécanisme. Quand l'heure de minuit sonne, ces mille rouages,
ressorts, leviers, communications, qui vous entourent, fonctionnent,
chantent,
volent, tournent sur leurs axes à assourdir l'oreille! C'est
l'affaire
d'un moment, puis on n'entend plus rien que la cadence du pendule, et
quand
on rejette un regard étonné sur le calendrier, le
millésime
a subi sa variation, les fêtes de Pâques, de l'Ascension,
de
Pentecôte ont pris leur place respective dans ce cercle parlant
qui
continue gravement sa rotation annuelle; l'année a fui et
l'autre
commence avec tout ce que l'avenir nous y réserve. C'est dans ce
moment surtout qu'on admire le génie du créateur de cet
instrument
et qu'on se sent heureux de l'avoir connu.
1 Cette horloge est
conservée
comme monument d'art dans le musée de l'Oeuvre Notre Dame.
2 La tour de Strasbourg, le choeur
de
Cologne, l'horloge de Strasbourg, l'orgue d'Ulm, les foires de
Francfort,
l'industrie de Nuremberg et l'architecture d'Augsbourg.
3 L'inauguration religieuse de
cette horloge fut célébrée, le soir du dernier
jour
de la même année, par Mgr l'évêque,
accompagné
d'un nombreux clergé, et en présence du conseil municipal
et de beaucoup d'invités. Les beaux-arts et les métiers
voulurent
témoigner à l'illustre auteur de ce chef d'oeuvre leur
admiration
pour son talent, en lui préparant une ovation qui était
sortie
spontanément de leurs coeurs. Rangés sous leurs
bannières
respectives, les corps des divers artisans, l'école industrielle
en tête, stationnaient au dehors, sur la place du Château,
où brillèrent des centaines de torches allumées.
Musique
et cantades reçurent le vieillard, quand il sortit de
l'intérieur
de la cathédrale, où M. Michel Schwartz, au nom de
l'industrie
strasbourgeoise, lui adressa des paroles bien senties. Des transparents
allégoriques, dûs aux pinceaux de MM. Guérin et
Flaxland,
embellirent cette ovation, et le cortège se mit en mouvement en
accompagnant l'artiste à l' Hôtel de Ville, où M.
Schützenberger,
maire, exprima au nom de ses concitoyens sa reconnaissance pour le beau
monument d'art mécanique dont il venait de doter le monument
d'architecture.
Il disait avec raison: «Dans la mémoire de notre
génération,
comme dans le souvenir de celles qui succéderont, votre nom
à
jamais illustre se placera à côté de ceux des Erwin
et des Hültz. Honneur à Schwilgué!»
Jean Baptiste Schwilgué s'éteignit le 5 décembre 1856
à l'âge de 80 ans. Selon sa volonté, il fut inhumé un dimanche, afin de ne pas
priver ses ouvriers du salaire d'une journée de travail.
Jules Albert Ungerer (1813-1879) et son frère Auguste
Théodore
(1822-1885) étaient tous deux contremaîtres dans
l'entreprise Rollé et Schwilgué et ont
participé à la construction de l'horloge astronomique.
Peu après la mort de ce dernier, ils ont racheté cette
entreprise au fils de Schwilgué, lequel était malade.
Elle fonctionnera sous le nom Ungerer frères, successeurs de
Schwilgué de 1858 jusqu'au début des années
1970, entre les mains de la famille Ungerer.