Contes et légendes autour de la
Cathédrale
de Strasbourg
Les contes et légendes rattachés à
un édifice, aussi prestigieux que la Cathédrale de
Strasbourg,
constituent à eux seuls, toute une épopée,
plongeant
leurs racines dans le monde des croyances païennes et religieuses,
celui des prodiges et superstitions. Parallèlement à
l'édification
d'une cathédrale de pierres, l'imagination populaire, au cours
des
siècles, a construit une cathédrale des miracles,
s'inscrivant
dans un riche légendaire alsacien.
Dans "Contes de la Vieille Alsace" (édit.
Kogan, Paris 1978), Pierre Schmitt dit: "La Cathédrale vit.
Son
peuple de pierres s'anime, chaque créature est signifiante et
joue
son rôle dans ce dialogue de la terre et du ciel où
prophètes
et saints s'unissent aux hommes dans une commune prière et une
familiarité,
qu'expriment les légendes populaires... Au soir de la
Saint-Jean,
tous ceux qui ont oeuvré pour Notre Dame et toute la
communauté
de pierres prennent vie. Le miracle s'accomplit... mais est-ce bien un
miracle? La Cathédrale porte en elle d'innombrables
présences..."
Le cycle légendaire de la Cathédrale de
Strasbourg est ainsi né, à la fois des
péripéties,
des difficultés et prouesses techniques liées à sa
construction et de la fascination qu'exerçaient sur les esprits,
les nombreuses représentations de la statuaire, la beauté
presque irréelle de l'édifice, son défi à
la
fragilité humaine et ses origines perdues dans la nuit des
temps...
Traditions de la fondation de Strasbourg
Trebeta et les Triboques
Le chroniqueur Jacob de Königshoven raconte ceci: Le roi Ninus
d'Assyrie, fils de Belus, fonda Ninive. Il répudia sa
première
femme pour épouser Sémiramis. Or, de sa première
femme,
un fils lui était né, qui s'appelait Trebeta; et la reine
Sémiramis conçut un coupable amour pour son beau-fils
Trebeta.
Il a été dit que cette reine farouche et
guerrière,
qui avait tant de fois mené les troupes au combat, pour asservir
maintes peuplades, fit assassiner son époux Ninus, dans l'espoir
d'épouser le jeune Trebeta. Mais ce prince, ne voulant pas
trahir
la mémoire de son père, s'enfuit du royaume d'Assyrie
avec
quelques compagnons.
Il s'embarqua sur une nef, avec ses amis; durant des mois et des mois,
il subit la fureur des vents et des mers; il vogua jusqu'aux
régions
glacées où un pâle soleil regarde le monde sans
jamais
disparaître; il erra, dans l'espoir de trouver un jour une terre
propice où il pourrait vivre avec ceux qui lui
étaient
restés fidèles. Et il arriva qu'il remonta le cours d'un
large fleuve qui était le Rhin. Et il parvint aux terres
qu'arrose
la Moselle, terres alors inhabitées. Là, il
s'arrêta
et fonda une ville qui fut Trèves (de son nom de Trebeta).
Cependant, Semiramis, désirant asservir Trebeta à ses
impérieuses volontés, s'embarqua elle aussi sur une nef,
qui était suivie de nombreux vaisseaux portant ses
armées.
Elle aussi, elle erra sur les mers, voulant assouvir son coupable
amour,
et elle parvint aux bouches du Rhin, qu'elle remonta. Elle fut devant
Trèves,
et à peine vit-elle Trebeta, qu'elle se répandit tour
à
tour en supplications ardentes et en invectives forcenées. Elle
le menaça de le faire passer au fil de l'épée.
Mais
ce furent les jours de Sémiramis qui prirent fin, et non ceux de
Trebeta, car le jeune homme, obéissant à une juste
colère,
transperça le coeur de celle qui avait fait tuer son père
Ninus.
Les hommes d'armes qui suivaient Sémiramis, loin de vouloir
venger leur reine, se soumirent humblement à Trebeta. Ils
cultivèrent
la terre avec beaucoup de succès et formèrent une
agglomération
robuste et saine sous le sceptre de Trebeta, dont l'esprit de justice
était
connu au loin et jusqu'au delà des mers. Et beaucoup d'hommes
arrivaient
pour se joindre à cette agglomération riche et
déjà
nombreuse.
Il y eut bientôt tant de monde, qu'il fallut songer à
bâtir d'autres villes. C'est ainsi que surgirent de terre les
villes
qui s'appelèrent, dans la suite, Bâle, Mayence, Cologne,
Worms,
et enfin Strasbourg.
D'après Auguste Stöber
Jean Variot, Contes populaires et traditions orales de l'Alsace,
(1936), Librairie de Paris Firmin - Didot et Cie
n° 42 p. 66
Cette tradition se trouve recueillie non seulement par
les vielles chroniques du moyen âge, telles que celles de
Königshoven,
la Chronique de Saint-Denys, la Chronique universelle rimée de
Rodolphe
d'Ems pour 1250, mais encore par des auteurs postérieurs comme
Aeneas
Sylvius, Munster et autres. Elle a été, pour la
première
fois, contestée par le prudent et savant Beatus Rhenanus; et
malgré
sa critique elle a été reprise par d'autres auteurs:
Daniel
Specklin, Schadäus et Bernhard Hertzog.
Les premiers habitants des pays rhénans sont toujours
désignés
par Königshoven sous ce nom général: Ceux de Triere.
Plus tard, on en a fait les Tribocher. Rappelons que Königshoven
et
d'autres font descendre les Francs des Troyens. «Les Francs sont
aussi nobles que les Romains, car ils tirent leur nom et leur origine
des
Troyens nobles qui furent appelés Francs par un empereur»
.(cf. Auguste Stöber.
La tradition, si facilement admise par les anciens chroniqueurs,
veut donc que les Triboques aient été d'origine
assyrienne.
Vouloir définir les formes prises par les immigrations
asiatiques
en Europe, immigrations qui auraient aidé à constituer
les
premiers éléments de la race dite indo-européenne,
est chose difficile.
Les découvertes, dans nos pays, de squelettes
préhistoriques
peuvent nous laisser perplexes à propos de la théorie de
l'immigration. C'est un troublant problème que celui de
l'apparition
de l'homme en Europe, à la suite des lentes évolutions
géologiques
qui l'ont rendue habitable.
Mais pour en revenir aux origines assyriennes des Triboques, nous
ne saurions trop conseiller le lecteur de se reporter au curieux livre
de M.G. Autran, intitulé Phéniciens. (Institut
français
du Caire, 1920)
Cet ouvrage remarquable définit scientifiquement les
conséquences
incalculables et non encore étudiées, au point de vue de
l'influence des moeurs et de la philologie, de la puissance d'expansion
des Phéniciens, maîtres des mers. C'est grâce
à
cette maîtrise des mers que les civilisations orientales purent
rayonner
par le monde dans des proportions sans doute inconnues jusqu'à
ce
jour et dont l'ouvrage de M.G. Autran nous laisse entrevoir une grande
part. Il y a dans cette vaste étude quelque chose d'analogue
à
une révolution scientifique, tout le problème des
influences
orientales sur l'Europe étant à étudier dans un
sens
nouveau. Et il ne laisse pas alors d'être assez troublant que les
recherches d'un savant moderne rejoignent en somme les dires de nos
vieux
chroniqueurs rhénans qui ne s'étonnèrent nullement
que, dans la nuit de l'histoire primitive des navires orientaux fussent
venus déposer des Assyriens sur les rives du Rhin. La reine
Sémiramis,
amoureuse de Trébéta, n'apparaît dans la tradition
que comme un ornement littéraire, une agréable
complication
d'un fait considéré comme réel durant le moyen
âge
et la Renaissance.
Récits Légendaires d'Alsace, Robert
Kuven, Raymond Matzen,
Editions Publitotal Strasbourg (1976)
Il était une fois trois hêtres et une source, dans
un bois sacré...
Des légendes et chroniques très anciennes attestent le
fait que la Cathédrale de Strasbourg est construite sur
l'emplacement
d'un lieu de culte dédié aux divinités
païennes,
existant il y a bien plus de deux mille ans, sur une sorte de terrain
surélevé,
encerclé par les bras de l'Ill et habité par des
pêcheurs.
À cet endroit s'étendait un petit bois sacré, dit
«Heiliger
Hain», touffu, plein de mystères bruissants et dont le
centre était marqué par trois magnifiques hêtres
majestueux.
À leurs pieds un autel primitif, sorte de table de pierre,
recevait
les sacrifices et offrandes, dédiés au dieu de la guerre
Krutzmanna
ou Crutzmanna ou Kriegsmann, des druides, en robe
blanche,
y officiaient, des rameaux de gui sacré à la main.
À
côté de l'autel coulait une source claire,
encerclée
par un puits, servant à laver les animaux ou humains offerts en
sacrifice au dieu sanguinaire.
Ce sont les Triboques, dont le nom rappelait celui des trois
hêtres
(Drei
Buchen), qui s'adonnèrent ainsi au culte du dieu de la
guerre,
se prosternant face contre terre, à chaque bruissement important
des trois hêtres tourmentés par les vents.
Plus tard, à l'époque romaine, les trois hêtres
furent abattus et les Romains y élevèrent un vaste temple
consacré à Mars, leur dieu de la guerre! Quelle
pérennité
du culte!
Ce lieu sacré fut à son tour modifié lors de la
christianisation de l'Alsace, par Saint-Materne, venu du sud au IX°
siècle, alors que la légende le fait vivre au premier
siècle
après Jésus-Christ. Saint Materne
évangélisait
les foules en leur présentant une croix de paille ou de lianes
de
houblon. Succombant à la maladie durant ses
pérégrinations,
saint Materne ressuscita au contact de la Crosse de Saint Pierre, que
ce
dernier lui dépêcha de Rome. (Voilà pourquoi les
papes,
successeurs de saint Pierre, n'ont pas de crosse!) Venu à
Strasbourg
pour la seconde fois, saint Mateme, après avoir fondé
l'église
Saint Pierre-le-Vieux, présenta sa fameuse croix à la
statue
du dieu Mars. On dit qu'à ce moment-là l'édifice
s'écroula.
D'autres chroniques légendaires affirment que la croix
remplaça
la statue de Mars, au nom de la Sainte Trinité et que le temple
romain continua à servir de lieu de culte aux chrétiens
de
l'époque.
Ce lieu de culte s'écroula peu à peu et fut
remplacé
par une première église chrétienne au moment de la
fondation de l'évêché de Strasbourg par
Saint-Amand;
à nouveau détruite par des hordes barbares en 406, elle
fut
reconstruite un siècle plus tard, toujours au même
emplacement
et consacrée à la Vierge, grâce aux rois Clovis,
Dagobert
et Rodolphe de Habsbourg.
Dans le langage populaire, elle devint l'église de Clovis
et
enfermait dans ses murs l'antique source sacrée ou puits de Krutzmanna,
devenu baptistère chrétien. Cette eau servit d'eau de
baptême
pour la conversion de Clovis, roi des Francs, par saint Rémy qui
la consacra, durant de longs siècles; l'eau du puits païen
fut utilisée par tous les prêtres d'Alsace pour le
baptême
de leurs ouailles, on la chercha de fort loin et de partout durant des
siècles. Elle servit aux sacrements jusqu'au XVI°
siècle,
au moment de l'introduction de la Réforme qui en condamna
l'usage.
L'entrée du puits "Taufbrunnen" se trouvait devant le
pilier
central dans le collatéral droit et avait une profondeur de
trente-quatre
pieds. En l'an 1694, un soldat français y tomba et s'y noya. En
1766 on en ferma l'ouverture par une dalle épaisse. Remarquons
que
l'eau de la source était également recueillie à
l'extérieur
de l'enceinte de l'église à la fontaine aux poissons (Fischbrunnen).
Elle s'écoulait vers l'Ill et servait également à
la loge des tailleurs de pierres de l'Oeuvre Notre-Dame.
Puits sacré, gnome passeur d'enfants et lac souterrain aux
multiples visages
Le puits construit autour de l'antique source sacrée des
Triboques
et dit Taufbrunnen , était également
appelé
puits des enfants ou Kindelesbrunnen, avant de devenir un
véritable
baptistère. Depuis toujours, les légendes rapportent que
les enfants proviennent de lacs, d'étangs, de cascades, de
puits,
s'ouvrant sur des nappes souterraines. Il en fut ainsi à la
Cathédrale
de Strasbourg. L'eau des profondeurs du puits débouche sur un
lac
calme où évoluent tour à tour des êtres
fabuleux
ou un gnome à longue barbe blanche, parfois habillé de
rouge,
qui vogue doucement à la surface des eaux, à bord d'une
barque
d'argent dite parfois de cuivre brillant. Il pêche avec un filet
à mailles d'or, les âmes des bébés
appelés
à voir le jour et qui ont déjà pu vivre plusieurs
existences successives. Les parents désireux d'avoir un enfant,
pouvaient jadis exprimer leur voeu par un tuyau du Fischbrunnen
ou fontaine aux poissons, qu'un canal profond reliait au lac
souterrain,
qu'il ne faut pas confondre avec le lac maléfique, dans lequel
plongent
les pilotis en chêne et les soubassements de la Cathédrale
de Strasbourg.
Parfois les deux plans d'eau sont confondus dans l'imagination
populaire.
Le vieux nain bénéfique livrait l'enfant dans sa barque
à
la cigogne, l'oiseau de la déesse Holda, qui se confondit plus
tard
avec la Freia germanique. Cette dernière prenait le
bébé
délicatement dans son bec et allait le déposer dans le
berceau
préparé par les parents. Cette légende
merveilleuse
est toute aux origines de l'homme, rappelant les eaux protectrices de
l'utérus
maternel.
Une autre légende veut que les fondations de la
Cathédrale,
commencées en l'an 1005 fussent établies sur des sables
mouvants
et dans l'eau de la nappe phréatique ou dans celle d'un vaste
lac
souterrain. Les difficultés semblèrent insurmontables,
mais
l'évêque Wernher tint à ce que le monument soit
élevé
là où les premiers chrétiens avaient prié.
Il fallut enfoncer des pilotis en chêne et accomplir un travail
gigantesque.
Ces fondations, uniques au monde, ne furent achevées qu'en 1028,
lorsque l'évêque Wernher rendit son âme à
Dieu.
Certaines personnes affirment que toute la Cathédrale repose
sur une grille voûtée surplombant un lac souterrain
peuplé
de monstres et parcouru inlassablement par un bateau sans passeur.
L'entrée
pour accéder à ce lac se trouvait dans une maison
contigüe
à l'ancienne pharmacie du Cerf, en face de l'entrée
principale de la cathédrale; y habitaient un barbier du nom de
Gessler
et plus tard un coiffeur s'appelant Moses. Le réduit
était
fermé par une porte; si on l'ouvrait, de grandes rafales de
vent,
de vapeurs ou de courants d'air éteignaient bougies et
lanternes.
Il y a plusieurs siècles, un certain nombre de gens,
étudiants
et bourgeois, avec cordes, pioches, piques, lanternes,
essayèrent
de sonder le lac en s'engageant dans le réduit, mais
reculèrent,
affolés, en entendant les rumeurs et clameurs parvenant
jusqu'à
eux; c'étaient des plaintes humaines et des cris horribles
d'animaux
inconnus. En se penchant au bord du gouffre, on pouvait apercevoir des
têtes effrayantes, soufflant et crachant du poison. Au moment de
la crue des eaux de l'Ill, les eaux du lac souterrain montèrent
également, libérant des hordes de serpents, d'orvets, de
crapauds, de salamandres, de monstres aux yeux flamboyants, sortant en
couinant et en soufflant du feu, du gouffre évoqué
ci-dessus.
Pour éviter ces horreurs, l'on fit murer l'orifice du
réduit
dans la cave et le recouvrir de pierres et de gravats.
Les gens du peuple assimilaient ce lac d'épouvante à
la représentation de l'enfer. Il paraît qu'en parcourant
à
minuit la place du Château et les environs directs de la
Cathédrale,
on peut toujours entendre des rumeurs inquiétantes, des bruits
de
vagues et de rames, venus des profondeurs.
Louis Schneegans cite dans "Sagen des Elsasses", à ce
sujet:
«Da unten aber ist's fürchterlich
Und der Mensch versuche die Götter nicht
Und begehre immer zu schauen
Was Sie gnädig bedecken mit Nacht und Grauen »
("Là, au fond, règne l'horreur / Que l'homme ne tente
pas les dieux / Et ne désire pas contempler / Ce que,
miséricordieux,
ils ont recouvert de nuit et d'épouvante".)
Notons que des légendes semblables auréolent les
cathédrales
de Bâle, de Chartres, de Metz.
Traditions sur la fondation et la construction de la
Cathédrale
de Strasbourg
Les Triboques adoraient le dieu de la guerre: Cruztmanna (Kriegsmann,
homme de guerre?).
L'autel de Cruztmanna se trouvait au pied de trois hêtres
magnifiques
qui s'élevaient au milieu d'une clairière, centre d'un
bois
touffu, dans un amas de terre d'alluvions entouré par les deux
bras
de la rivière l'Ill.
C'est à cette rivière que l'Alsace doit son nom. Les
peuplades primitives l'appelaient l'Ell. Les gens qui vivaient sur les
rives de l'Ell (le pagus Elisacense) furent appelé Elsaciones.
Quand les Romains eurent conquis ou pacifié les territoires
des Triboques, les trois hêtres furent abattus et un temple
s'éleva,
consacré à Mars, dieu de la guerre. Mars fut donc
adoré
là-même où Cruztmanna l'avait été.
Or, quand saint Materne évangélisa la contrée
alsacienne, l'idole des Romains fut remplacée par la croix. Le
peuple
converti adora le Dieu de vérité, dans le lieu même
où avait adoré les divinités de l'erreur.
Jusqu'au IV° siècle, le temple de Mars servit au culte de
la foi chrétienne. Alors, vivait saint Amand. Mais le temple
menaçait
ruine et force fut de démolir ses murailles qui avaient retenti
des premiers chants de la foi.
L'année même où saint Amand fonda
l'évêché
de Strasbourg, la nouvelle et première église fut
bâtie
et consacrée. Elle rappelait, par les lignes de son
architecture,
le temple de Mars, et contenait peu de gens, ce qui forçait la
majeure
partie de la foule à se tenir dehors durant le sacrifice de la
messe.
Les Barbares qui pillèrent la ville en 406 détruisirent
ce premier édifice chrétien de Strasbourg.
Ce n'est guère qu'un siècle plus tard, qu'une nouvelle
église s'éleva sur les décombres. La construction
dura de 504 à 510, et le chroniqueur Daniel Specklin a
donné
une description détaillée de ce monument, dans ses
célèbres
Collectanées.
Déjà consacrée à la Vierge, cette
église
eut pour bienfaiteur Clovis, Dagobert, Rodolphe de Habsbourg. Le
populaire
l'a appelée l'église de Clovis.
Clotilde, épouse de Clovis, se lamentait de ce que son
époux
s'obstinât à sacrifier aux faux dieux. Or, durant la
bataille
de Tolbiac, Clovis implora en vain ses dieux, voyant que ses troupes
fléchissaient.
Et soudain, il lui vint en idée d'implorer le Dieu que sa femme
adorait. Et, sur-le-champ, ses troupes se ressaisirent et
écrasèrent
l'ennemi.Cela est dit dans l'Histoire de France.
En reconnaissance, le roi voulut élever une église, et
choisit l'emplacement de celle détruite par les barbares
à
Strasbourg.
Saint Rémy l'y baptisa, prononçant la phrase
célèbre:
«Brûle, fier Sicambre, ce que tu as adoré, et adore
ce que tu as brûlé». Cela aussi est dit dans
l'Histoire
de France.
Cette église était, d'après Specklin, une haute
bâtisse de bois, avec un très grand toit, à la
vieille
mode franque. Elle fut incendiée en 870, mais on parvint
à
sauver la plus grande partie de l'édifice, qui fut
réparé
et consolidé. Or, en 1002, Hermann, duc de Souabe et d'Alsace,
en
lutte contre le Prince-Évêque de Strasbourg Wernher, qui
était
partisan de l'empereur des Allemagnes, Henri II le Boiteux, s'empara de
la ville, la pilla et n'épargna pas la maison de Dieu et de la
Vierge.
Et le 24 juin 1007, la nature acheva l'oeuvre néfaste de la
méchanceté
des hommes. La foudre consuma l'église du roi Clovis.
Les habitants de Strasbourg ne savaient plus où prier Dieu.
C'est alors que germa dans le cerveau de l'évêque Wernher
l'idée grandiose de bâtir une vaste église qui
résistât
au temps et aux éléments.
Ayant fait déblayer les cendres du monument consumé,
il envoya partout des quêteurs, accordant de nombreuses
indulgences
à quiconque donnerait son obole pour la reconstruction de
l'église
de Dieu.
D'après Louis Schneegans
Récits Légendaires d'Alsace, Robert Kuven, Raymond
Matzen,
Editions Publitotal Strasbourg (1976)
Le baptême de Clovis
Tous les écoliers ont appris que le roi Clovis, demeuré
longtemps sourd aux exhortations de son épouse, Clotilde, fille
du roi burgonde Chilpéric II, aurait pris soudain la
décision de se convertir, lors de la bataille de Tolbiac
(Zülpich, près de Cologne ?), livrée en 496.
Assailli par les Alamans et voyant le succès lui
échapper, le roi des Francs se serait alors écrié:
« Dieu de Clotilde,donne-moi la victoire et je croirai en toi!
» Bientôt l'ennemi recula, les Francs triomphèrent,
et, fidèle à sa promesse, Clovis se fit baptiser, des
mains de saint Remi, évêque de Reims, avec 3 000 de ses
soldats.
Généralement, à cette époque, le
baptême n'était administré que le samedi saint. Or,
celui des Francs eut bien lieu le jour de Noël. Nous en avons la
preuve par ce passage d'une lettre adressée au roi par saint
Avit, évêque de Vienne, où il écrit: «
Les eaux réparatrices vous ont fait naître au salut le
jour même où le monde a vu naître pour le racheter
le Seigneur du ciel. »
C'est tout ce que nous savons de solide. Grégoire de Tours,
historien des Francs, parle de ce baptême sans en indiquer
l'année ni le lieu. Son continuateur, le
pseudo-Frédégaire, l'a placé à Reims,
«métropole de la deuxième Belgique, siège de
l'évêque baptiseur, Remi, et apparemment sorte de capitale
provisoire du royaume en formation. » (Georges Tessier; Le
baptême de Clovis).
D'autres historiens, dont l'érudit Léon Levillain,
placent le baptême à Tours, auprès du tombeau de
saint Martin, en 498 ou 499. Pour eux, avant de remporter, à
Vouillé, en 507, une victoire décisive sur les Wisigoths,
Clovis avait déjà dû se rendre maître de
Tours, en attendant de conquérir toute l'Aquitaine.
Or, que penser, sur le plan historique, de la légende alsacienne
qui nous montre Clovis se faisant baptiser à Strasbourg avec ses
soldats, par saint Remi ? La même légende ajoute que le
roi fit ensuite abattre le temple de Krutzmann (dieu germanique), et le
remplaça par une église « belle et grande, mais en
simple pierre et bois, à la mode des vieux Francs, avec un
immense toit. » Elle fut « consacrée à la
gloire de la Sainte Trinité et de la Vierge Marie»
(Specklin).
Ainsi, souligne Koenigshoven, prit naissance la première
cathédrale de Strasbourg, commencée en 504 et
achevée en 510. Or, l'église en question fut l'oeuvre de
saint Arbogast, vers 550, soit 40 ans après la mort de Clovis.
Alors, on ne voit pas très bien pourquoi le roi serait venu
recevoir le baptême à Strasbourg, où sans doute
nulle église n'existait encore, tandis que Reims, capitale du
royaume franc, ou bien Tours, lieu du tombeau du grand saint Martin,
convenaient mieux, l'une et l'autre, pour une cérémonie
sans doute des plus brillantes.
Gabriel Gravier,
Légendes d'Alsace,
Collection du Mouton Bleu (1988)
Le lac souterrain
Les fondations furent commencées en 1015.
Il fallut creuser beaucoup, pour établir les assises du vaste
édifice projeté: on rencontra d'abord des sables
mouvants,
et enfin l'eau d'un lac souterrain. On voulut renoncer à cet
emplacement,
mais l'évêque Wernher tint à ce que le monument
nouveau
s'élevât sur le lieu même où avaient
prié
les premiers Chrétiens. Il fallut enfoncer des pilotis et
parfaire
un travail gigantesque qui honore l'ingéniosité et la
patience
des hommes. Ces fondations, uniques au monde, ne furent achevées
que l'année où l'évêque Wernher rendit son
âme
à Dieu, c'est-à-dire en 1028.
Par la suite, nombre de gens prétendirent avoir entendu le
clapotement
du lac souterrain. Tard dans la soirée, quand la ville est
déserte,
ces gens disaient percevoir parfois un bruit de rames battant l'eau.
L'entrée
du souterrain qui conduisait au lac se trouvait dans la cave de la
maison
voisine de l'ancienne pharmacie du Cerf, vis-à-vis la façade de
la
Cathédrale.
Il y a plusieurs siècles, un certain nombre de gens,
étudiants
et bourgeois, avec cordes, pioches, piques, lanternes,
s'engagèrent
un jour dans ce réduit, mais reculèrent
épouvantés
en entendant les rumeurs qui parvenaient jusqu'à eux:
c'étaient
des plaintes humaines ou des cris de larves et d'animaux inconnus.
Certains
ont affirmé qu'en se penchant sur les bords du gouffre, on
apercevait
des têtes effrayantes, soufflant du poison. On combla l'orifice
de
ce gouffre avec de grosses pierres et des gravats.
A propos du puits de la loge des tailleurs de pierres, où
se trouvait une source vénérée au temps des
Triboques,
on sait par les chroniques que l'Église le fit consacrer et que
l'eau servit pour le baptême des premiers Chrétiens.
Ce qu'Émile Gebhart appelle la «bonhomie»
de la vieille Église (cf. La Vieille Église, Bloud et
Gay,
1910) fut, en somme, une habileté suprême empreinte de
douceur
et qui amena insensiblement à la foi chrétienne des
populations
qui se livraient à des superstitions fort anciennes. Gebhart
voyait
dans cette attitude de l'Église primitive la cause de la
conservation
de nombreuses et splendides traditions antiques, qui revivent
aujourd'hui,
nous étant parvenues sous des formes chrétiennes.
Un soldat français, en 1696, tomba dans ce puits et s'y noya.
En 1766, l'ouverture fut couverte par une pierre.
Quant au lac souterrain, c'est une tradition orale, notée
par Specklin dans ses «Collectanées» et reprise encore par
Schadäus.
Il est probable que les constructeurs qui jetèrent les
premières
fondations, rencontrèrent des difficultés énormes
à cause des terrains glaiseux et mouvants. L'imagination
populaire
aura fait un lac de ces terrains mous, décrits avec
détails
horrifiques par des ouvriers, car il y a eu sans doute mort d'hommes.
De
là à dire qu'il fallut «poser dans l'eau et battre
des pilotis de bois d'aulne», il n'y a qu'un pas, et Dieu
sait si ce pas est vite franchi quand il s'agit de propos populaires.
Jean Variot, Contes populaires et traditions orales de l'Alsace,
(1936), Librairie de Paris Firmin - Didot et Cie
n° 44 p. 69
Histoire vraie de l'homme au puits
Si le puits aux enfants, à l'intérieur de la
cathédrale
de Strasbourg est tout auréolé de poésie, dans le
cas de l'évocation du gnome pêcheur d'âmes, il en va
tout autrement dans l'histoire narrant la chute tragique d'un
soldat français au fond de ce gouffre.
Citons M.-Cl. Groshens et M.-N. Denis, dans "Récits et
Contes
populaires d'Alsace":
«Ce soldat se serait fait fort devant la population
terrifiée
de son projet téméraire, d'y descendre et de rejoindre le
souterrain. La légende relate d'abord ses éclats de rire,
son enthousiasme: "Je me promène en barque .. je vois des choses
que personne n'a jamais vues..."»
Puis vinrent des plaintes et des appels à l'aide, audibles
presqu'en
même temps, aux différents coins de la cour du
Château
(Fronhof ou coin des corvées), comme si le soldat
était
pris dans des remous extrêmement rapides. Tous les secours furent
vains.
Le soir du deuxième jour, les clercs et gardiens de la
cathédrale
entendirent ces mots: «Bouchez le puits, au nom du ciel,
pour
qu'aucun homme ne fasse ce que j'ai fait». Un prêtre
récita les prières devant l'ouverture du puits que l'on
décida
de boucher le plus vite possible. C'est la voix de ce jeune imprudent
qu'on
entend venir du souterrain, quand on passe la nuit près de la
cathédrale.
En réalité, le puits ne fut bouché qu'en 1766,
car il gênait les processions.
Le puits de la loge des tailleurs de pierre
Le puits de la loge des tailleurs de pierre, où l'on apercevait
une eau bouillonnante, ne rejoignait pas, à ce qu'on
prétendait,
ce lac souterrain. Il recueillait une source profonde,
déjà
connue au temps des trois hêtres du bois sacré des
Triboques.
Cette source était si vénérée aux
époques
du paganisme que l'Église la fit consacrer. Ce puits servait aux
baptêmes des premiers chrétiens. Saint Rémy,
disait-on,
y avait baptisé Clovis. On l'appelait le «puits des
enfants»,
parce que beaucoup de prêtres d'Alsace venaient y chercher l'eau
nécessaire aux baptêmes.
Les fondations une fois achevées, le monument s'éleva
peu à peu, jusqu'en 1050. L'argent se faisait rare. Mais le pape
Léon IX, qui était un Alsacien, de la famille des
Eguisheim,
permit de nouvelles quêtes et accorda un nombre infini
d'indulgences.
On ne sait pas quelle pouvait être cette première
forme de la cathédrale, mais on sait qu'en 1145, saint Bernard y
célébra la messe, et aux yeux d'une assistance saisie de
crainte et d'admiration, rendit l'usage de ses membres à une
jeune
fille paralytique.
Jean Variot, Contes populaires et traditions orales de l'Alsace,
(1936), Librairie de Paris Firmin - Didot et Cie
n° 45 p. 69
Le baptême chrétien du roi Clovis et les premiers
mécennats
en faveur d'une cathédrale dédiée à
Notre-Dame
Le roi païen des Francs Clovis, marié à la reine
Clothilde, chrétienne, fit voeu, à la bataille de
Tolbiac,
qu'en cas de victoire, il se convertirait au christianisme.
Après
ses succès guerriers, il vint à Strasbourg, s'installa au
Königshof,
le siège royal des Alamans, et se fit prêter serment par
la
population. Il décida, sur adjuration de son épouse, de
se
laisser baptiser, et fit venir saint Rémy et Vestalus.
Au moment du baptême au temple de Mars, où la croix de
saint Materne avait détrôné la statue, saint
Rémy
dit à Clovis habillé de blanc: "Fier Sicambre, en
promettant
de n'adorer que Dieu et le Christ, tu feras voeu de détruire ce
temple et tous les temples où on sacrifie au diable et tu
promettras
de favoriser partout la propagation de la foi chrétienne!"
En 504, Clovis fit abattre le temple de Mars fort branlant
déjà
et fit édifier à la place le premier temple
chrétien
en bois et pierres, dans le style "franc". Couvert d'un toit immense et
dédié à la Trinité et à Notre-Dame.
La construction fut probablement achevée en l'an 510 et
dotée
de richesses par Clovis.
En l'an 769, le roi Pépin, venu avec femme et enfants à
Strasbourg, ordonna de construire un choeur en pierre au-dessus de
l'oratoire
des prêtres. Cette oeuvre fut achevée par son fils
Charlemagne
qui dota l'église de nombreuses reliques saintes, de
pièces
d'orfèvrerie en or et en argent, ornées de pierres
précieuses.
Le Temple de Louis-le-Pieux, ébauche de la Cathédrale de
Strasbourg dominait de loin les autres édifices religieux de
vallée
rhénane. On dit que les anges du ciel, les saints et la Vierge
Marie
visitèrent très souvent cette église où
eurent
lieu quotidiennement de nombreux miracles.
L'église de Clovis fut incendiée en 870, plusieurs fois
reconstruite, en l'an 1007, la foudre la brûla
définitivement.
Le prince-évêque de Strasbourg, Wernher, décida de
construire une vaste église qui résistât aux
éléments
et au temps.
De nombreux donateurs impériaux et royaux aidèrent
à
la construction de l'édifice. Ainsi Henri II, roi de
Bavière,
dit "saint Henri" se montra fort généreux. Ce sont les
"Frères
de Marie" à la grande piété, qui collectaient les
donations. Dans la légende de la prébende du roi de
Choeur
(Chorkönigspründe),
Henri II aurait été tenté de renoncer à sa
couronne impériale pour devenir chanoine de la Cathédrale
de Strasbourg, car il avait été fort impressionné
par la ferveur des "Frères de Marie". Mais l'évêque
Wernher lui adjoignit de garder son empire. Henri II paya alors une
forte
somme pour un prêtre devant le remplacer à vie lors des
offices
et dans le choeur et dota l'église de nombreux trésors.
Les trois rois
Il y avait trois rois puissants et riches, si riches qu'il était
impossible de compter l'or, l'argent et les pierres précieuses
contenus
dans leurs coffres.
Or, quand ils apprirent qu'on avait besoin d'argent, à
Strasbourg,
pour construire une cathédrale dédiée à la
Vierge, ils vinrent dans la ville, montés sur leurs chevaux de
guerre
et suivis de leurs armées, à cette fin de porter leurs
richesses
à l'évêque et au chapitre.
Une fois tous leurs trésors dépensés pour la
construction
en cours, et l'argent venant à leur manquer, voilà les
trois
rois qui partirent sur les routes, mais non montés sur leurs
chevaux
qu'ils avaient dû vendre à des rouliers, et non suivis de
leurs armées ni de leurs serviteurs, qu'ils avaient dû
congédier
faute de pouvoir les payer.
Et alors, ils ont mendié. Ils ont tendu la main aux voyageurs,
aux marchands dont les équipages avaient peine à
s'avancer,
tant ils étaient opulents. A la nuit tombée, ils
demandaient
qu'on les laissât reposer dans les granges des fermes.
Et ils disaient: «Donnez votre obole aux trois rois sans le sou,
qui ont donné tout leur bien pour la cathédrale de
Strasbourg».
Ils recueillirent ainsi des sommes considérables, qu'ils
entassèrent
dans des sacs de toile et qu'ils chargèrent sur un chariot. Et
ne
voulant pas louer des chevaux pour ne pas entamer les sommes d'argent
destinées
au chapitre, ils s'attelèrent eux-mêmes, par grande
humilité,
et parvinrent jusqu'à la «Cour des Corvées»,
où s'assemblaient les travailleurs de la Cathédrale.
Cette
cour est aujourd'hui la place du Château.
En souvenir de ces trois rois, le Chapitre ordonna aux
imagiers de fixer sur la façade trois statues équestres
de
ces grands de la terre qui ne craignirent pas de se faire mendiants
pour
aider à la construction de la demeure de Dieu.
Jean Variot, Contes populaires et traditions orales de l'Alsace,
(1936), Librairie de Paris Firmin - Didot et Cie
n° 46 p. 70
La légende des trois rois de pierre
À l'époque de la construction de la Cathédrale
de Strasbourg, existaient trois rois immensément riches et
puissants.
Leur richesse ne pouvait rivaliser qu'avec leur bonté et leur
piété.
Très généreux, ils donnaient aux pauvres et aux
malades.
Lorsqu'ils entendirent parler des besoins des constructeurs de la
cathédrale,
ils sacrifièrent joyeusement leur or et leurs trésors
pour
l'Oeuvre Notre-Dame. Ils congédièrent leurs soldats et
leurs
valets. Chaque jour leur zèle augmenta et leurs richesses
fondirent
au soleil.
Les trois rois, tout en devenant plus pauvres que les pauvres, virent
proportionnellement s'élever l'église de Marie ce qui
réjouit
leurs coeurs humbles. Ils s'adonnèrent alors à la
piété
et à la charité, mendiant pour l'Oeuvre Notre-Dame, de
leur
vivant.
En remerciement de leur dévouement exemplaire on leur
érigea
en 1291, trois statues équestres, au-dessus du portail de la
cathédrale.
Certains disent que ces statues représentent les rois Clovis,
Dagobert
et Rodolphe de Habsbourg. Détruites, ces statues furent
reconstituées
et en 1824, on leur adjoignit la statue équestre
représentant
Louis XIV.
D'autres versions de cette légende, disent que les trois rois
chargèrent, enfermés dans des sacs de toile, les
trésors
ainsi amassés et qu'ils s'attelèrent eux-mêmes aux
chariots. Ces trois personnages sont parfois confondus avec les Mages.
Ces derniers quittent d'ailleurs chaque année leur crypte de
Cologne
pour se rendre au Champ du Feu afin d'y purifier l'air; pour cela, ils
traversaient Strasbourg.
L'empereur et le moine pervers
Il était une fois un empereur, traversant les Alpes, voulant
se faire couronner par le pape, afin de pouvoir faire régner
l'ordre
parmi les peuples d'Italie et les soumettre à nouveau au Saint
Empire
Germanique. Communiant à la messe à Bologne, l'empereur
avala
une hostie empoisonnée et en mourut dans d'effroyables
souffrances.
Ce fut un moine pervers qui perpétra ce forfait et sa
mémoire
fut bannie partout. En souvenir de ce crime horrible, on plaça
sur
la tour de la Cathédrale de Strasbourg, la statue de l'empereur
et celle du moine.
De nos jours, la grande statue de l'empereur, tenant dans ses mains
le globe terrestre, est visible du côté ouest de la tour,
il regarde au loin, la mine sombre, à côté de lui,
l'effigie du moine criminel est représentée avec un
visage
affreux, tourmenté par les remords.
Le roi du choeur
En 1010, l'empereur Henri II, dit le Boiteux, arrière-petit-fils
d'Henri l'Oiseleur, et qui fut couronné à Rome en 1014,
vint
à passer par Strasbourg.
Les efforts des «frères de Marie» (c'est ainsi qu'on
appelait les prêtres et les clercs de l'église), pour
trouver
l'argent nécessaire à la construction tant
souhaitée
par eux, touchèrent son coeur. Ayant vécu quelque temps
parmi
ces âmes simples et ardentes, il souhaita de laisser à
d'autres
les charges du pouvoir. Il préférait la pauvreté
des
serviteurs de Dieu, aux splendeurs de la couronne.
Un jour, il demanda à l'évêque Wernher de le
recevoir
comme simple clerc. L'évêque lui demanda s'il acceptait la
condition première des prêtres qui est
l'obéissance,
et l'empereur fit serment d'obéissance. «S'il en est
ainsi,
s'écria l'évêque, je t'ordonne, berger, de
retourner
à ton troupeau. N'abandonne pas les hommes!» Ainsi parla
l'évêque
et l'empereur en fut marri, mais dut obéir.
L'empereur combla de riches présents les frères de
Marie, et il voulut qu'un prêtre occupât toujours
durant
les offices la place qu'il aurait voulu occuper. Il fonda pour cela une
prébende à perpétuité. Durant des
siècles,
on vit assis à la première place parmi les clercs, celui
qui chantait la gloire de Dieu au nom de l'empereur Henri le Boiteux,
qu'on
appela aussi Henri le Saint. Ce prêtre était appelé
le «Roi du Choeur».
Jean Variot, Contes populaires et traditions orales de l'Alsace,
(1936), Librairie de Paris Firmin - Didot et Cie
n° 43 p. 68
Saint Bernard et la jeune fille paralysée.
En l'an 1145, lorsque saint Bernard, le réputé prieur
de Clairvaux se rendit à Spire pour y prêcher l'esprit de
croisade, il s'arrêta à Strasbourg; le quatrième
dimanche
de l'Avent un 23 décembre, saint Bernard célébra
la
messe à la Cathédrale de Strasbourg.
Après la célébration, on lui amena devant l'autel,
une jeune fille paralysée. Lui imposant les mains, saint Bernard
la délivra de son mal et devant la foule étonnée,
le mauvais esprit ayant possédé son corps, sortit d'elle.
La jeune fille put rentrer en marchant à la maison,
accompagnée
par la ferveur des assistants au miracle.
Légende du meunier à cheval
La nef de la Cathédrale étant achevée, le grand
architecte rhénan, Erwin von Steinbach, entreprit la
construction
de la façade, réalisant, à partir de 1226, une des
merveilles du monde.
Dans toute l'Alsace et les pays limitrophes, les ecclésiastiques
distribuaient ou promettaient de nombreuses lettres d'indulgence
à
tous ceux qui donneraient leur obole ou leur temps de travail pour
permettre
d'avancer le gigantesque ouvrage.
Les pierres de grès venaient de la carrière de
Notre-Dame,
sise dans le Kronthal près de Wasselonne. Même les
malfaiteurs
(les meurtriers exceptés) essayaient de gagner leur salut
éternel!
La course contre la montre était commencée. Ce fut un
meunier
à cheval, qui le premier, rapporta des carrières un
immense
bloc de grès et le déposa dans la loge des tailleurs de
pierres.
Un tailleur décida alors de sculpter dans cette masse le
portrait
du meunier à cheval, fier de son exploit. Cette statue fut
intégrée
à l'édifice, au chapiteau de l'un des piliers en face de
la loge du garde (selon Grandidier).
Les deux ouvriers
Commencée en 1176, la reconstruction de la Cathédrale
avança si lentement, que la nef fut achevée seulement en
1275. Alors on songea à bâtir le portail et les deux
tours. On entreprit de creuser leurs fondations au début de
1276. L'inauguration des travaux eut lieu pour la fête de la
Chandeleur.
Ce jour-là, après la messe, l'évêque Conrad
de Lichtenberg, suivi du clergé, du Conseil de la Ville, de la
noblesse, des bourgeois et autres habitants de Strasbourg, fit
processionnellement le tour du chantier, et le bénit. Puis,
selon la coutume, on lui présenta une bêche, avec
laquelle, par trois fois, il creusa le sol. Ensuite, chanoines et
autres clercs l'imitèrent.
Dès la fin de la cérémonie, les terrassiers se
précipitèrent, chacun voulant être le premier
à remuer la terre à l'endroit même où
l'évêque l'avait à peine entamée.
C'est alors que deux ouvriers en vinrent à se disputer
âprement cet honneur. L'un d'eux, fou de rage, et avant que
personne n'eût le temps de s'interposer, brandit son outil et
l'abattit sur son compagnon. La foule poussa des cris d'horreur, et
l'évêque, épouvanté d'un tel crime, «
défendit pendant neuf jours de travailler sur le sol
souillé par ce meurtre ». L'interdit fut levé
après une nouvelle bénédiction du chantier.
S'agit-il là d'un fait vraiment historique, ou d'une
légende ? Nous penchons en faveur de la deuxième
hypothèse, car les auteurs anciens ont signalé plusieurs
fois de telles querelles: à Jérusalem, lors de la
construction du Temple; à l'abbaye de Roslyn, en Ecosse,
à propos d'un pilier; à l'église abbatiale de
Saint-Ouen, à Rouen, au sujet des deux roses.
Gabriel Gravier,
Légendes d'Alsace,
Collection du Mouton Bleu (1988)
La corne de l'auroch
Du vivant du grand Erwin von Steinbach, il vint de Hongrie un voiturier
proposant ses services pour transporter les grosses pierres utiles
à
la construction de la cathédrale, depuis le Kronthal
jusqu'à
la place du Château à Strasbourg.
Son chariot était attelé d'un puissant auroch, gros comme
trois boeufs, aux deux cornes immenses, recourbées et pointues.
Durant des années, cet attelage transporta les plus grosses
pierres
qu'on eût jamais amenées, avec semble-t-il, peu d'efforts.
Tout le monde dans la région connaissait l'auroch et son
maître.
Or, un jour de grande chaleur, l'auroch s'écroula et mourut
face à la Cathédrale. Le chapitre ordonna qu'une des
cornes
de l'animal fût suspendue à une chaîne au pilier qui
faisait face à l'ancienne chaire en pierres et de la pierre
baptismale,
ce qui fut fait.
La légende de cette corne d'auroch ne doit pas être
confondue
avec celle de la corne de griffon ou de la licorne, faisant partie
jusqu'à
la Révolution française du trésor de la
cathédrale.
La corne de l'aurochs
Au temps où l'on construisait la façade,
c'est-à-dire
du vivant du grand Erwin, il vint de Hongrie un voiturier qui proposa
ses services pour transporter les pierres, des carrières du
Cronthal
à Strasbourg. Et il se vantait de pouvoir charrier à lui
seul plus de blocs que dix autres voituriers. Pour voir l'attelage de
ce
Hongrois, le Chapitre se transporta sur la cour des Corvées. Le
chariot était monté sur des roues solides mais ne
présentait
rien d'extraordinaire. Par contre, la bête qui s'y trouvait
attelée
arracha des cris de stupeur à la foule assemblée.
C'était un aurochs, gros comme trois gros boeufs, dont le front
était surmonté de deux cornes immenses (elles mesuraient
bien sept pieds) très contournées sur toute leur longueur
et très effilées à l'extrémité.
On accepta les offres du Hongrois, qui partit vers le Cronthal, et
revint avec une énorme charge de pierres. Durant des
années,
avec un zèle digne de la plus grande admiration, cet homme
transporta
les plus grosses pierres qu'on eût jamais amenées dans la
cour des Corvées.
L'aurochs était très connu des Strasbourgeois qui
aimaient
à le caresser, car c'était une très brave
bête,
aux yeux très doux, aussi bonne que forte.
Or, un jour qu'il faisait une grande chaleur, comme l'équipage
du Hongrois débouchait sur la place, l'aurochs tomba soudain,
à
la grande pitié de tous les assistants. Chacun avança la
main sur son front, pour le flatter une dernière fois, car on
comprenait
qu'il allait mourir. Et l'aurochs tourna la tête et, avant de
fermer
ses yeux pour toujours, contempla la façade à laquelle il
avait apporté tant de pierres.
Il faut honorer, comme il convient les animaux, puisque ce furent un
âne et un boeuf qui de leur haleine, chauffèrent
Jésus-Christ,
quand il vint sur notre monde par une nuit glaciale. C'est pourquoi le
Chapitre ordonna qu'une des cornes de cet aurochs fût suspendue
au
pilier qui faisait face à la chaire à prêcher. Ce
qui
fut fait.
A propos de la corne de l'aurochs suspendue au pilier, il
convient
de ne pas confondre avec «le cor dont on sonnait pour les
Juifs»,
deux fois par nuit sur la plate-forme de la Cathédrale. Une
tradition
prétendait que les Juifs avaient un jour sonné du cor
pour
avertir des assiégeants du moment propice pour l'assaut. On les
accusait aussi d'avoir empoisonné les puits et d'avoir
provoqué
la grande «mort noire» de 1349. Cette sonnerie de cor par les
«Todten
Pfiffer» (sonneur des mort rappelait la soi-disant félonie
des juifs. Un grand nombre de ces malheureux, le samedi, jour
de Saint-Valentin de 1349, furent brûlés, sur
l'emplacement
de la rue Brûlée, dont l'appellation trouverait ainsi son
origine.
La corne de l'aurochs du Hongrois, qui fut, ce qu'on a dit, suspendue
durant de longues années au pilier à la chaire, est sans
doute la même dont il est question dans certains récits
à
base historique.
En 1380, un des chanoines du Chapitre, le sire
Rodolphe
de Schauenbourg, qui avait pour cette corne une
vénération
spéciale et se croyait persécuté par des ennemis
imaginaires,
voulut se mettre à l'abri des entreprises qui l'effrayaient, en
cassant l'extrémité de la corne, et en la portant sur lui
comme une infaillible protection. Mais il avait été
châtié
cruellement de son larcin par le haut-mal qui l'affligea durant nombre
d'années.
De plus, il fut exclu du Chapitre, qui décida en outre de ne
jamais
recevoir aucun membre de la famille des barons de Schauenbourg. Le fait
est raconté par Grandidier et par Schilter, l'éditeur de
Königshoven.
Dans certaines traditions orales rapportées par Specklin
et Schadäus, cette corne aurait été offerte à
la Cathédrale par Dagobert.
Grandidier, qui l'a vue, ne fait à ce sujet qu'une brève
allusion: «Les uns en font une corne de griffon. Les autres
disent
que c'est la corne d'un buffle de Hongrie qui amena des pierres pour la
construction de la Cathédrale. Ce dernier fait n'est pas
constaté».
Cette corne était un peu plus épaisse qu'un bras d'homme
à sa base, et quoiqu'elle fût très solide, on
pouvait
la ployer comme un jonc.
Enfin, certains prétendaient qu'elle avait été
apportée à la Cathédrale par des bateliers du Rhin
et qu'elle était la corne d'un monstre matin. C'était
l'opinion
de Grandidier, qui la prétend «corne de narval».
Elle joua, paraît-il, un grand rôle durant les querelles
religieuses. Elle disparut mystérieusement en 1584, et cette
disparition
consterna l'évêque et le Chapitre, comme s'il se fût
agi du sort de la Cathédrale. En 1638, non moins
mystérieusement,
elle fut replacée dans le Trésor. Elle semble avoir
été
définitivement perdue pendant la Révolution.
Récits Légendaires d'Alsace, Robert
Kuven,
Raymond Matzen, Editions Publitotal Strasbourg (1976)
La légende de la corne de la licorne
En 1380, on mentionne pour la première fois (Grandidier) une
corne de licorne déposée dans le trésor de la
cathédrale,
célèbre car d'une grande rareté. On prétend
qu'elle est un don du roi Dagobert; en conséquence, la ville de
Saverne, chef-lieu de l'Evêché, prit pour armes une
licorne.
On raconte qu'un chanoine, Rodolphe de Schauenburg, en enleva la
pointe,
la considérant comme une amulette contre la peste et le poison.
Ce chanoine fut exclu du chapitre ses collègues jurèrent
de ne plus recevoir parmi eux aucun descendant de cette famille. Cette
corne disparut en 1584, car elle fut mise en sécurité au
Luxembourg, au moment des troubles de religion, elle fut
renvoyée
en 1638 dans une boite de sapin fermée par trois serrures.
L'évêque
y tenait comme porte-bonheur de la Cathédrale. Elle disparut
définitivement
à la Révolution et les malheurs commencèrent.
Sabina
Dès 1227, le maître Erwin von Steinbach, appelé
par l'évêque Conrad de Lichtenberg, posa les
premières
pierres de la façade de la Cathédrale. D'après la
légende, le maître aurait été bien soutenu
dans
son travail par son fils, maître Johannes et sa fille Sabina,
sculpteurs
émérites. Partout on loua l'art de Sabina, vierge pure,
qui
réalisa de merveilleuses statues ornant les portails et porches
en face du palais épiscopal.
Ainsi, on impute à Sabina, les deux statues de femmes
représentant
le christianisme triomphant et le judaïsme aveugle, face aux
tables
de la Loi, les sculptures du trône de Salomon et des quatre
scènes
de la mort, de l'enterrement, de l'ascension et du couronnement de la
Vierge
Marie et bien d'autres personnages.
Avant de se mettre au travail, elles invoquait chaque jour le nom du
Seigneur; elle affirmait que les pierres dures du Kronthal,
s'amollissaient
comme de la terre glaise, sitôt qu'elle implorait la mère
du Christ.
La légende a toujours associé les génies
créateurs
d'Erwin de Steinbach et de Sabina. Cette dernière aurait
même
hésité à fermer les yeux de son père au
moment
de sa mort, car il les avait fixés sur la rosace de la
façade
principale de la Cathédrale, dont il voulait emporter l'image
dans
sa tombe.
Les sources historiques (selon Specklin) néanmoins
détruisent
cette légende, car Sabina est morte en réalité
quelques
années avant la naissance de son père et aurait
été
plus âgée que lui, d'un siècle (au début du
12° siècle). Son frère, Johannes est également
une sorte de figure légendaire. L'effigie de Sabina serait celle
de la femme sculptée d'un côté du portail Sud de la
Cathédrale. L'imagination populaire, au fil des siècles,
lui a fait également sculpter la porte en bronze de
l'entrée
principale de l'édifice. Mais les Allemands, voulant fondre
cette
porte pour en faire des canons, découvrirent qu'elle
était
en bois recouvert de métal. Les statues de Sabina sont parmi les
plus célèbres de la Cathédrale de Strasbourg.
Maître Erwin von Steinbach
Après l'intervention de nombreux maîtres d'oeuvre comme
Hermann Auriger (1200 à 1230), Rodolphus (1230 à 1250),
Welinius
de Nordelahe qui entreprit le renouvellement de la nef et fit venir des
sculpteurs français, la Cathédrale était à
peu près terminée, sauf les tours et le portail de la
façade.
À ce moment apparut Erwin von Steinbach, sous
l'évêque
Conrad de Lichtenberg, qui commença ses travaux le jour de la
purification
de la Vierge, à la Chandeleur de 1276. On raconte que durant la
cérémonie, deux ouvriers en "compétition" de
piété,
se querellèrent pour savoir lequel des deux poserait la
première
pierre des fondations, en présence de l'évêque et
d'Erwin
von Steinbach. Cette fête amusa d'abord l'assistance; mais l'un
des
ouvriers, dans sa jalousie, tua son compagnon à coups de pelle.
Conrad de Lichtenberg, l'évêque, interdit de travailler
durant
neuf jours et bénit l'édifice pour le purifier de ce
crime.
Architecte génial, Erwin von Steinbach fut souvent
critiqué,
abandonné moralement. C'est sa ténacité patiente
qui
nous comble aujourd'hui. Sous sa direction, les travaux
avancèrent
vite et bien. Il laissa beaucoup de dessins destinés à
guider
le travail de ceux qui termineraient son oeuvre. Il mourut en 1318,
léguant
à l'Oeuvre Notre Dame son cheval, sa règle et ses compas,
plus une rente de quatre onces deniers. Sa femme mourut peu
après
lui et légua à la même oeuvre la robe et le manteau
de l'architecte.
Au moment de la mort d'Erwin (cf. Gevin-Cassal), les corbeaux noirs
volant autour de la Cathédrale furent remplacés par des
colombes
blanches et les cloches de l'église se mirent à sonner le
glas d'elles-mêmes. Sur le lac souterrain, si mystérieux,
les gnomes dans leurs barques chargées d'âmes,
pleurèrent
amèrement le grand disparu et firent le voeu de toujours bien
garder
sa tombe! Erwin von Steinbach fut enterré dans un enclos tout
contre
la Cathédrale et durant des siècles, personne ne savait
où
se trouvait sa tombe.
En 1816, elle fut découverte par Sulpice Boisserée et
Maurice Engelhard, sous un tas de charbon, dans la petite cour de la
chapelle
Saint-Jean Baptiste!
Sulpice Boisserée est connu comme historien du dôme de Cologne
et promoteur de la reprise des constructions de cette célèbre
cathédrale.
Pour le peuple, Erwin von Steinbach est resté le seul et unique
architecte de la Cathédrale.
Sulpice Boisserée qui, avec le Strasbourgeois Michel Engelhard,
découvrit
en 1816 la pierre tombale du grand architecte, était un ami de
Goethe. Il fut l'historien du dôme de Cologne
et le promoteur de la reprise des constructions de cette célèbrecathédrale.
«
Goethe, au XVIII° siècle, plein de ferveur pour l'oeuvre
d'Erwin, dit éloquemment sa
peine d'avoir en
vain cherché la pierre tombale du maître et dédia
à des mânes peut-être sans
gîte l'hommage de son religieux enthousiasme.»
Voici le texte de l'épitaphe d'Erwin (qui comprend
également celle de la
femme de l'artiste): «Anno Domini M.CCC.XVI. XII kalendas
augusti obiit
domina Husa uxor magistri Erwini, -Anno Domini M.CCC.XVIII. XVI
kalendas
februarii obiit magister Erwinus gubernator fabricae ecclesiae
argentinensis».
Cette épitaphe, en caractères gothiques du XIV°
siècle, existe encore « sur
la partie inférieure d'un des contreforts de la chapelle
Saint-Jean, où elle
demeura longtemps cachée ». La tombe du grand
Erwin devait
se trouver sous cette épitaphe.
Un article de A. Teusch dans la Revue d'Alsace (1836) et un autre de
Louis
Schneegans dans la même revue (1862) donnent les détails
de la découverte
du tombeau d'Erwin, découverte due moins au hasard qu'à
la patience et au
flair de Boisserée et d'Engelhard (Communications de Georges
Delahache, du
28 décembre 1923).
Les successeurs de Maître Erwin de Steinbach furent: Johannes
Erwin (que l'on dit son fils ou son neveu), Gerlach, Kunz, Michel de
Fribourg.
Le souabe Ulrich d'Ensingen entreprit en 1399 d'élever la tour.
Il mourut en 1419 et son successeur Jean Hültz de Cologne acheva
la tour, dont la construction coûta tant de vies humaines, que le
Chapître décida qu'il ne serait pas bâtie une
seconde. C'est donc maître Jean Hültz qui donna à la
cathédrale l'aspect qu'elle a aujourd'hui.
Légende du petit bonhomme de pierre, regardant le pilier des
anges
La légende impute à Erwin von Steinbach, la sculpture
du buste d'un homme, s'appuyant à deux mains à la
balustrade
de la galerie au-dessus de la sacristie du Séminaire, en face du
célèbre pilier des anges, de 10 à 12 pieds de
hauteur,
soutenant toute la voûte. (Historiquement, le grand Erwin a
vécu
au XIII° siècle et le buste date de la fin du XV°
siècle).
Ainsi, dans la tradition orale, Erwin von Steinbach, visitant un jour
son chantier, aperçut un bonhomme, un paysan, observant le
pilier
des anges avec un certain dédain en disant: "tout cela est
hélas
bien éphémère, ce pilier ne supportera pas
longtemps
le poids de la voûte. Il s'écroulera et on comptera un
malheur
de plus dans la cathédrale!" Ainsi parlait le petit homme avec
une
moue dédaigneuse et la voix désagréable de ceux
qui
ne font rien et critiquent les autres. Maître Erwin lui demanda
alors
de poser pour lui et fixa les traits et son buste dans un bloc de
grès
qu'il mit dans la balustrade de la chapelle Saint-André, en face
du pilier des anges. Il dit alors au petit bonhomme de paysan qui
doutait
de lui: "Restez là et ne bougez plus; attendez la chute du
pilier
jusqu'à la fin du monde!" Le petit bonhomme de pierre,
coiffé
d'une casquette, s'appuie encore à la balustrade de pierre et de
la même place, attend de voir tomber le pilier des anges...
Le petit bonhomme appuyé, qui regarde le pilier des anges
Un jour, Erwin de Steinbach faisait sa visite parmi les travaux, quand
il aperçut un petit bonhomme qui observait le pilier des anges
en
hochant la tête et en haussant une épaule avec
dédain.
Maître Erwin lui demanda si le pilier ne lui plaisait pas,
à
quoi répondit l'autre: «Au contraire, il me plaît
beaucoup;
les anges sont du ciseau d'un sublime artiste; leurs physionomies sont
radieuses et les ailes forment de magnifiques arabesques qui charment
l'oeil
et la pensée. Mais tout cela, hélas! est bien
éphémère!
Je ne sais quel est l'architecte qui peut croire que ce pilier tiendra
longtemps. Ce pilier ne supportera jamais le poids de la voûte.
Il
s'écroulera, et on comptera un malheur de plus dans cette belle
cathédrale qui a déjà tant de fois souffert de la
foudre du ciel et de la barbarie des humains».
Ainsi parlait le petit bonhomme, avec cette voix pointue des gens qui
ne font rien et qui critiquent ceux-là qui font quelque chose.
Maître Erwin de Steinbach, durant un long moment, embrassa du
regard le haut splendide pilier, puis s'adressant au petit bonhomme:
«Suivez-moi!»
dit-il. L'autre ne se pas prier, songeant avec orgueil que le
maître
allait lui demander ses conseils durant un entretien grave et
particulier.
Mais Erwin de Steinbach l'emmena vers la loge des tailleurs de pierre,
où il choisit un bloc; dit au petit bonhomme de ne pas bouger;
attaqua
le bloc à grands coups de ciseau et force coups de marteau; et
il
fixa les traits de celui qui avait la langue si bien pendue. On le
voyait,
frappant de ressemblance, et regardant en l'air.
Le travail fini, maître Erwin invita le petit bonhomme à
le suivre encore. Ils gagnèreire la porte de la chapelle
Saint-André.
Là, le maître de l'oeuvre monta sur une échelle et
fixa la petite image de pierre sur la balustrade.
«Restez-là,
et ne bougez pas, monsieur le critiqueur! Vous allez attendre que le
pilier
tombe. Jusque là, défense de remuer! Je souhaite du
plaisir
jusqu'à la fin du monde!»
Il est toujours à la même place, ce petit
bonhomme, appuyé à la balustrade de la chapelle
Saint-André.
Il a d'ailleurs un bon torticolis... Pensez-donc!... Depuis le temps
qu'il
est là! Et il se dit aussi qu'on ferait mieux de se taire que de
discuter un homme comme Erwin de Steinbach.
Récits Légendaires d'Alsace, Robert
Kuven, Raymond Matzen,
Editions Publitotal Strasbourg (1976)
On a prétendu que la statuette de pierre, représentant
un homme accoudé coiffé d'un béret, et regardant
le pilier des anges avec
beaucoup d'attention, est un buste de maître Erwin de Steinbach.
Mais beaucoup d'autres
statues passaient également pour représenter le grand
Erwin.
Ainsi, dans la
chapelle Saint-Jean-
Baptiste, se trouve le tombeau de l'évêque Conrad de
Lichtenberg (mort en
1290). Ce tombeau pourrait bien être une des oeuvres
d'Erwin. Or, au pied du
tombeau, « difficile à voir... une statuette, assise et
comme repliée sur
elle-même, la tête pensive appuyée sur le coude,
semble représenter Erwin et « signer son oeuvre »
(Strasbourg, Delahache, p. 30).
La légende du Christ des Douleurs
En 1410, on cite à Strasbourg, un imagier sculpteur
réputé
du nom de maître Michel Bohem, à qui l'on signala, dans
les
marais du Hirtz, un tronc flottant intriguant les passants. Ce tronc
flottait
près du rivage, mais dès qu'on voulait le saisir, il
filait
au loin, entraînant parfois dans l'eau des hommes qui essayaient
de s'en emparer.
Maître Bohem, à son tour, tenta sa chance et fut
rejeté
par le grand bois flottant contre un rocher. Se relevant
péniblement,
il jura que s'il pouvait sortir le bois de l'eau, il y sculpterait un
Christ
des Douleurs. Alors, à la stupéfaction de tout le monde,
le tronc d'arbre s'approcha du rivage, se laissa empoigner et amener
sur
la rive. Durant toutes ces manoeuvres, maître Michel Bohem
s'était
blessé au ventre et souffrait cruellement pendant qu'il
sculptait
le bois transporté dans son atelier.
Il avait réalisé un admirable Christ portant sa croix.
Alors il supplia le Christ de le guérir; le visage de ce dernier
regarda l'artiste avec bonté et il fut guéri
immédiatement.
On plaça le Christ et sa croix dans une chapelle de la
Cathédrale,
près de l'entrée et la foule lui consacra un culte
fervent.
Quelques années plus tard, un maître tonnelier, riche
bienfaiteur de l'église, appelé Hans Vetter, voulut faire
transporter le Christ des Douleurs dans sa paroisse Saint Marbre, ce
qu'on
lui accorda. Mais lorsque les ouvriers voulurent dégager la
statue
de son socle, il leur fut impossible d'attaquer le sol d'où
jaillissaient
des étincelles, comme d'un rocher dur. Ils essayèrent
d'ébranler
l'effigie avec des cordes enroulées. En vain. Le Christ des
Douleurs
ne voulait pas quitter son emplacement, indiqué par Michel
Bohem.
Hans Vetter, après sa mort, fut enterré au pied du
Christ,
après avoir consacré sa fortune aux indigents venant
implorer
l'image sainte.
Le Christ de Douleurs
En 1410, vivait à Strasbourg un imagier fort
réputé,
qui s'appelait maître Michel Bohem.
On vint lui dire que, dans le marais de Hirtz, un énorme morceau
de bois, grand comme le tronc d'un chêne, apparaissait parfois
à
la surface des eaux et semblait poussé par un courant vers le
rivage.
Comme il paraissait d'un bon usage, beaucoup avaient tenté de
s'en saisir, mais comme une bête marine armée de
nageoires,
il s'était échappé, entraînant souvent les
hommes
dans les flots. Une grande crainte à son sujet régnait
alentour.
Maître Michel Bohem s'en vint sur le bord du marais de Hirtz
et aperçut le mystérieux morceau de bois qui s'approchait
du rivage comme s'il voulait se laisser prendre, mais qui brusquement
recula,
jetant le sculpteur contre un roc. Maître Michel Bohem, se
relevant
péniblement, jura devant Dieu et la nature que, s'il pouvait
retirer
de l'eau ce tronc d'arbre, il s'en servirait pour fixer l'image du
Christ
de Douleurs. Alors, au grand ébahissement de tous, le morceau de
bois reparut à la surface des eaux, s'approcha doucement du
rivage
comme une nef conduite par un pilote habile, et se laissa prendre et
amener
sur la rive.
Et transporté dans l'atelier de Michel Bohem, après peu
de temps, il était devenu une admirable image du Christ portant
sa croix.
Au bord du marais, quand il avait été jeté contre
un roc, le sculpteur s'était cruellement blessé au
ventre,
et il ne pouvait maintenant travailler qu'à grand'peine.
Il implora le Christ qu'il avait sculpté. Et un prodige
glaça
d'étonnement ceux-là qui étaient présents.
Le visage du Sauveur se tourna et avec bonté regarda l'artiste,
qui à cette minute même fut guéri.
Quand on plaça le Christ de Douleurs dans une chapelle de la
Cathédrale, près de l'entrée, le peuple vint
admirer
la statue miraculeuse et lui consacra un culte ardent.
Or, quelques années plus tard, Hans Vetter, honorable
maître
dans la Corporation des Tonneliers, demanda au Chapitre l'autorisation
de faire transporter le Christ de Douleurs dans sa paroisse
Saint-Martin.
Cette autorisation lui fut gracieusement accordée, car le sire
Hans
Vetter était un assidu bienfaiteur de l'Église. Mais, une
fois les dalles soulevées, quand les ouvriers voulurent creuser
autour du socle de la statue pour la dégager, il fut impossible
à leurs pioches d'attaquer le sol, d'où jaillissaient des
étincelles, comme s'il se fût agi de roc. On tenta
d'ébranler
la statue, en tirant avec des cordes enroulées à des
grosses
poulies agencées avec force peine.
Le Christ de Douleurs voulait rester là où maître
Michel Bohem l'avait placé et où le peuple avait
continué
de le vénérer. Ce que voyant, le Chapitre décida
qu'il
ne fallait pas mener plus avant une tentative qui pourrait devenir
sacrilège.
Plus tard, maître Hans Vetter fut enterré au pied du
Christ
de Douleurs. Il avait donné au Chapitre une grande partie de sa
fortune, afin qu'elle fût donnée aux pauvres infirmes qui
venaient implorer la sainte image.
Et le poids de la statue du Christ fut légère à
la dépouille de cet homme de bien.
On lisait dans le Livre des Donateurs, conservé à
l'oeuvre
Notre-Dame, une inscription dont voici la traduction:
«Vetter Hans, tonnelier à Strasbourg, et sa femme Elisa,
son épouse légitime, ont, l'an 1410, acheté puis
donné
à l'oeuvre, dans l'intention de faire le salut de leur âme
à tous deux, l'image du Christ triste qui porte la croix sur
l'épaule,
et qui est dressée derrière la grande porte de la
Cathédrale»
.
Jusqu'à la Réformation, cette statue fut l'objet d'une
vénération toute particulière.
L'impossibilité de transporter un objet religieux:
statue, cloche, etc., comme le «Christ de Douleur», qui
refuse
de changer de place, est fréquente dans le folklore du Rhin. On
en trouvera de nombreux exemples et particulièrement la cloche
dite
« la Suzanne», de Soulzmatt.
La légende du «Christ de douleurs a
été mentionnée au XVI° siècle par
Sebald Büheler (cf. R. Reuss, De scriptoribus) ,
peintre et chroniqueur, dans sa chronique manuscrite pour
l'année 1410. C'est lui
qui a transmis
le nom de l'imagier Michel Bohem, qui sans lui serait ignoré.
Cependant, ce nom de Bohem peut n'être qu'une appellation
de nationalité,
auquel cas il s'agirait d'un maître Michel de Bohême (ou le
Bohémien). L'imagier en question serait alors un des trois
gentilshommes de Prague,
peintres et
scuplteurs célèbres, qui ont travaillé
également, comme architectes, à la tour
de la Cathédrale. On leur devait une belle image de Vierge
triste. II se pourrait que le Christ triste portant la croix eût
été
le pendant de cette Vierge.
Récits Légendaires d'Alsace, Robert
Kuven, Raymond Matzen,
Editions Publitotal Strasbourg (1976)
La merveilleuse horloge astronomique.
Plusieurs légendes se superposent à propos de l'horloge
astronomique de la Cathédrale. Durant le Moyen Age, chaque
monument
de quelque importance, église ou construction civile, contenait
un ou plusieurs détails particuliers qu'il fallait savoir
décrire,
afin de prouver qu'on avait réellement visité ces
monuments.
La Cathédrale de Strasbourg possède plusieurs de ces
"signes": corne de l'auroch, du Hongrois, en face de la chaire, le
petit
bonhomme de la balustrade de la chapelle Saint André et bien
d'autres.
En font partie l'horloge astronomique et son coq chantant. Elle fut
construite en 1571 par un professeur de mathématiques
Dasypodius,
qui en dressa les plans. On venait de tous les pays pour admirer cette
oeuvre fantastique et bien des grandes villes proposèrent des
fortunes
au constructeur pour qu'il construisit dans leurs cathédrales
des
horloges aussi belles. Le mathématicien refusa toujours. Il
passait
sa vie à perfectionner son oeuvre. Mais il devint peu à
peu
aveugle. Alors il convoqua de savants mathématiciens et de
mémoire,
tenta de leur indiquer le secret des rouages et de leur entretien. Mais
l'horloge déclina, car ce n'était plus la même main
qui en guidait la marche. Les mouvements s'arrêtèrent les
uns après les autres, au grand désespoir de son
créateur
qui en mourut de chagrin; le jour de sa mort, l'horloge sonna une
dernière
fois. Après un silence de plusieurs siècles, l'horloger
Schwilgué,
en 1840, lui rendit la vie.
Une autre version de cette légende, la plus connue, citée
également par Grandidier, dans Essais sur la
cathédrale
de Strasbourg p. 223, note que la merveilleuse horloge
célèbre
par son cortège des apôtres s'inclinant devant le Sauveur,
les heures que marquait la représentation de la mort, le
rugissement
des deux lions tenant les blasons de la ville, les cris du coq battant
des ailes sur le sommet de l'horloge, en souvenir du reniement de
Pierre,
provoqua un tel orgueil chauvin parmi les membres du conseil de la
ville,
que ces derniers décidèrent de crever les yeux au
mathématicien
pour l'empêcher, par sa cécité, de recommencer
ailleurs,
un tel ouvrage.
Ils payèrent leur cruauté de la façon suivante:
l'infortuné créateur de l'horloge, mutilé, implora
pour être conduit une dernière fois à son chef
d'oeuvre
pour y parfaire un rouage. Ceci fut fait; arrivé sur place, il
plongea
sa main puissante parmi les rouages et en bloqua un. Depuis ce
jour-là,
les lions ne rugirent plus jamais et le coq ne cria et ne bougea plus.
Une troisième version dit qu'après la mutilation des
yeux du créateur de l'horloge, celle-ci arrêta peu
à
peu ses fonctions. À sa mort, ses rouages
s'immobilisèrent
pour des siècles.
La tradition orale prétend également que le malheureux
mathématicien était Copernic lui-même, car son
portrait
ornait le haut de l'horloge, Ce portrait a été peint par
Tobias Stimmer et envoyé plus tard à Dasypodius par
Tidemann
Gysse de Dantzig. Copernic n'est jamais venu à Strasbourg et la
construction de l'horloge astronomique ne fut commencée que
vingt-sept
ans après sa mort.
L'horloge astronomique
Durant tout le moyen âge, chaque monument de quelque importance,
église ou construction civile, contenait un ou plusieurs «signes
particuliers» qu'il fallait décrire en détail,
afin de prouver qu'on avait réellement visité ces
monuments.
La cathédrale de Strasbourg contient un certain nombre de ces
signes particuliers dont les principaux sont: la corne de l'aurochs du
Hongrois, suspendue au pilier, en face la chaire; le petit bonhomme
appuyé
à la ballustrade de la chapelle Saint-André et qui
regarde
le pilier des anges; de ceux-là nous avons parlé
déjà;
puis, le «roraffe» de l'orgue; enfin, l'horloge
astronomique
et son coq chantant.
C'était un subtil savant, un grand mathématicien, celui
qui dressa les plans de la splendide horloge astronomique.
On venait de tous les pays du monde pour admirer son oeuvre, et bien
des capitales lui promettaient une fortune pour qu'il construisît
dans leur cathédrale une horloge aussi belle que celle de
Strasbourg.
Mais il refusa toujours, ne voulant pas qu'une autre ville
possédât
un tel chef-d'oeuvre.
Il passait sa vie à perfectionner les rouages de l'horloge,
toujours calculant, dessinant, réparant. Or, le malheur le
guettait.
L'ombre, peu à peu, obscurcissait ses yeux et il se trouva
bientôt,
tâtonnant dans la nuit des aveugles.
Alors, il convoqua de savants mathématiciens et, de
mémoire,
tenta de leur indiquer les soins à prendre pour chaque rouage.
Mais
ce n'était plus la même main, ce n'était plus le
même
cerveau qui commandaient à ces rouages subtils. Les mouvements
s'arrêtèrent
les uns après les autres, au grand désespoir du
constructeur
qui, paralysé de chagrin, attendit sa fin dernière, la
grande
délivrance de ses maux.
Le jour qu'il mourut, une dernière fois l'horloge sonna.
Puis, ce fut un silence de plusieurs siècles. La merveille
semblait
morte, comme son constructeur. Elle ne s'éveilla de son long
sommeil
que lorsque Schwilgué, en 1840, fut assez patient pour lui
rendre
la vie.
«Dans le bras sud du transept, se trouve la
célèbre
horloge astronomique. Deux horloges avaient attiré
déjà
sur la Cathédrale la curiosité universelle, l'une
construite
en 1382 dont le défaut d'entretien finit par paralyser les
mouvements,,
l'autre en 1571, qui fonctionna jusqu'en 1788 (Cf. Strasbourg, par
Delahache,
pp. 45 et 46)
Une tradition orale qui, d'après Louis Schneegans, semble
ne s'être répandue qu'à partir du XVIII°
siècle,
rapportait que l'inventeur de l'horloge astronomique avait eu les yeux
crevés, par ordre du Conseil de la Ville, qui ne voulait pas
qu'une
telle merveille pût être reconstruite dans une autre ville
par celui qui en avait réglé les rouages.
Schadäus et les anciens auteurs ignorent cette tradition orale,
qui, il n'est pas besoin de le dire, ne repose sur aucune espèce
de fondement.
Le Bürgerfreund de 1777 et, après lui, Grandidier ont
fait observer que cette légende peut trouver son origine dans le
fait suivant:
Josias Habrecht avait travaillé, avec son frère Isaac,
à l'horloge de Strasbourg, avant l'achèvement final. Or,
l'archevêque de Cologne l'avait fait venir à
Kaiserslautern
pour qu'il exécutât un travail analogue. Mais l'artiste
mourut.
Il est possible, dit le Bürgerfreund, que le voyage malheureux de
Josias et le triste sort de sa soeur, frappée de
cécité,
aient donné naissance à cette bizarre histoire de
l'horloger
aux yeux crevés, qui se venge en brisant les rouages de son
chef-d'oeuvre.
Le peintre J. Klein avait souvent entendu raconter cette histoire,
durant son enfance. C'est sa version que reproduit Louis Schneegans
dans
l'ouvrage de Stöber.
Il est assez curieux de constater que, dans beaucoup de pays où
l'on admire certains chefs-d'oeuvre de l'esprit humain, on raconte que
l'auteur a eu les yeux crevés par quelque tyran jaloux de
posséder
seul une merveille.
Nous citons pour mémoire la légende de
l'architecte de l'église Vassili Blajevnoï à Moscou:
Yvan le Terrible lui aurait fait crever les yeux pour qu'il ne
pût
exécuter d'autres travaux.
Récits Légendaires d'Alsace, Robert
Kuven, Raymond Matzen,
Editions Publitotal Strasbourg (1976)
Le jeune homme chantant, monté sur l'horloge astronomique
En l'an 1680, Jean-Georges Heckheler, de l'Oeuvre Notre-Dame et Isaac
Habrecht, horloger responsable de l'horloge astronomique de la
Cathédrale,
furent réveillés à deux heures du matin, par un
jeu
harmonieux de clochettes, provenant de l'intérieur de
l'église.
Comme ils habitaient l'un à côté de l'autre, ils
décidèrent
d'aller voir quelle main sacrilège osait manipuler ainsi les
rouages
des clochettes de l'horloge astronomique.
Se joignit à eux un gardien, logeant à l'intérieur
de la cathédrale. Munis de lanternes, ils s'approchèrent
de l'horloge et entendirent les clochettes accompagner la voix claire
d'un
jeune garçon, chantant les strophes d'un cantique
d'obédience
protestante: "Wo Gott der Herr nicht bey unss halt, wann unssrere
Feinde
toben" et encore "Nach Leib und Leben sie uns stahn dess wirdt
sich
Gott erbarmen". À la quatrième strophe du cantique,
les hommes ouvrirent la grille entourant l'horloge astronomique et
inspectèrent
tous les coins et recoins sans découvrir la moindre trace du
jeune
chanteur.
La voix et les clochettes s'étaient tues pour toujours. Pleins
de crainte devant ce mystère divin, les hommes s'en
retournèrent
chez eux, essayant de comprendre le phénomène
vécu.
Plus tard, ils le mirent en rapport avec le changement religieux
s'effectuant
à l'intérieur des cultes célébrés
à
la Cathédrale, après le rattachement de l'Alsace au
royaume
de France. Le chant entendu si clairement dans la nuit était un
chant du cygne issu du temps de la Réforme.
un bon torticolis!
Le pilier des anges de la Cathédrale
Le pilier des anges est orné à sa base, des statues des
quatre évangélistes, au milieu de celles des quatre anges
jouant de la trompette; plus haut encore, quatre anges sont
sculptés.
L'un tient une croix, un autre une couronne. À son origine, le
pilier
n'était pas décoré de statues, il se dressait,
lisse,
sans ornements.
Il paraît qu'un jour, Satan lui-même entra dans un grand
tourbillon et fit du courant d'air autour du pilier pour le faire
tomber.
Mais la Sainte Vierge veillait et fit apparaître toute une
statuaire
sur le pilier, le diable s'enfuit alors à toute allure. Depuis
ce
temps-là, il y a toujours du courant d'air dans le fond de la
Cathédrale
de Strasbourg. Le diable, parait-il, essaie d'y reparaître!
La chaire de la Cathédrale
La chaire de la Cathédrale de Strasbourg est appelée
chaire
de Geiler de Kaysersberg, car elle fut construite pour lui, afin de lui
permettre de prêcher et de regarder les foules dans un cadre
digne
de son audience. La première fois que Geiler prêcha, son
chien
le suivit et se coucha au pied de la chaire. Le sculpteur
édifiant
cette dernière, fixa l'image du petit chien dans la pierre,
ainsi
que deux autres personnages, un homme et une femme, assis, endormis dos
à dos, sous les marches de la chaire. Ils y dorment tous encore
aujourd'hui malgré les harangues et sermons dits au dessus de
leurs
têtes!
Des longs sermons
Maître Geyler de Keysersperg, l'excellent Docteur, a tenu
brillamment
pendant plus de trente années la chaire du Grand Chapitre au
Dôme
de la ville libre impériale de Strasbourg.
Quand il prêchait la Passion, le Vendredi saint, dans un sermon
qu'il faisait le matin de six à sept, il conduisait
Notre-Seigneur
du Mont des Oliviers jusqu'à la maison de Pilate, ce qu'un autre
aurait mis toute une journée à faire; et
l'après-midi,
dans un sermon d'une heure, il vous l'achevait et le conduisait
à
son tombeau.
Le Dimanche des Rameaux, quand il annonçait la Passion, il
commençait
ainsi: «Mes chers frères, que signifient ces longs sermons
sur la Passion, et d'où viennent-ils? Ils viennent des
badauds.
Les prédicateurs ont fait comme ces badauds que nous voyons dans
nos villages. Un premier badaud vient risquer un coup d'oeil; un second
en risque deux; un troisième en risque trois, et ainsi de suite.
Ainsi un prédicateur de la Passion fait un jour un sermon d'une
heure. Un second, pour le surpasser, en fait un de deux heures; un
troisième,
un de trois heures; de sorte qu'aujourd'hui on en est venu à des
sermons qui durent huit heures. Tous ces longs sermons ne sont bons
qu'à
endormir les gens, à faire souiller les bancs d'église;
et,
à la fin, le prédicateur lui-même est sur les
dents!
»
C'est par ces images familières que l'habile orateur savait
à point récréer son auditoire, ramener
l'attention,
et se conquérir une popularité qui n'a pas
été
égalée depuis.
Récits Légendaires d'Alsace, Robert
Kuven,
Raymond Matzen, Editions Publitotal Strasbourg (1976)
La bataille du "Rohraffe", automate grotesque et du coq de
l'horloge
astronomique
De part et d'autre du buffet d'orgue de la Cathédrale existent
deux automates en bois polychrome, encadrant Samson qui chevauche un
lion;
l'un est un héraut, portant à sa bouche une trompette,
vêtu
élégamment aux couleurs de Strasbourg, l'autre par
opposition,
a l'air d'un manant caricatural, à la barbe
hérissée;
il brandissait à l'origine un bretzel qui s'abaissait ou se
levait
en même temps que se fermait ou s'ouvrait sa bouche. Cet automate
était dit Bretstellmann ou l'homme à la bretzel.
Les
deux personnages étaient juchés sous l'orgue et
actionnés
par la mécanique du pédalier; ils bâillaient
à
l'aide de soupiraux et gesticulaient; ils rappellent les nombreux
personnages
grotesques répandus dans les églises du Moyen Age. Le nom
de Rohraffe donné aux automates viendrait de Rohr
(tuyau ou roseau) et de Affe (singe) et signifiait "singe des
tuyaux"
en allusion à l'orgue-perchoir. Certains font dériver
Rohr
de röhren qui veut dire hurler, ce qui leur donnerait le nom de
"singes
hurleurs".
Certains détails vestimentaires du héraut permettent
de dater l'apparition de ces automates au XIV° siècle (en
1385
très exactement, année de la reconstruction de l'orgue
ayant
brûlé en mars 1384). Ils eurent certainement des
"ancêtres"
auparavant. À l'intérieur du socle de l'orgue, des
acteurs
en chair et en os, des bouffons vivants, à la solde de la ville,
des clercs, prêtaient leurs voix aux automates, haranguant et
interpellant
la foule des fidèles durant les offices et faisant gesticuler
les
"Rohraffe" à certaines fêtes.
C'est surtout l'automate à la bretzel qui se faisait entendre
et on ne parlait que de lui. Il eut un prestige inouï
auprès
des gens qui venait à la cathédrale au XV°
siècle,
écouter Geiler de Kaysersberg, qui, à maintes reprises,
mais
sans succès, demanda l'abolition du "Rohraffe".
Lors des fêtes de la Pentecôte, la foule se rendait en
procession à la Cathédrale, bourgeois en tête, avec
des préséances strictes, suivis par le cortège
désordonné
des villageois des campagnes des alentours, portant cierges et
gourdins.
Souvent des rires, tonitruants, des rixes, éclataient sans
grandes
raisons. Le Rohraffe se moquait alors violemment des prêtres de
l'église
et des paysans, hurlant des obscénités, critiquant leurs
vêtements, les ridiculisant à qui mieux mieux. Ces
derniers
répondaient bêtement et toute la ville riait de ces joutes
qui se déroulaient durant les offices et les messes!
L'automate à la bretzel était une sorte de "deus ex
machina"
et son prestige immense auprès des pélerins de la
Pentecôte,
venus pour le voir, l'entendre, lui répondre, mais aussi pour
récupérer
les Pfingtpfennig à l'Oeuvre Notre Dame (pièces
d'argent
distribuées aux habitants des diverses localités en
souvenir
des sacrifices consentis pour construire la cathédrale).
Au moment de la construction de l'horloge astronomique et de la mise
en place du mécanisme permettant à son coq doré de
chanter et de battre des ailes, la faveur du public alla au volatile au
détriment du Bretstellmann; ce dernier essaya bien de
vociférer
plus fort, de couvrir la voix du coq, rien n'y fit et il y eut bataille
entre eux.
Le poète alsacien Conrad Dasypodius, au XVI° siècle,
édite en 1578 une composition du genre Der Kampf des
Roraffen
mit dem Hanen (La lutte de Rohraffe et du coq), où
l'automate
s'adresse au coq:
«Je suis ici en service / À la messe de
Pentecôte,
pour le monde entier / La ville et la campagne sans aucune
rétribution
/ et cela, je l'ai fait longtemps / Personne ne m'en a
empêché
/ Sauf toi...».
Le Coq répond: "Te voilà bien présomptueux / Toi
et moi sommes deux personnages bien différents / Tu aimerais
savoir
chanter comme moi / Si tu veux te quereller avec moi, je t'y aiderais
bien
volontiers / Les singes aiment bien la forêt / Tu y serais plus
à
ta place qu'ici / Dans les églises, on n'a pas besoin de singes
/ Mais moi le coq, j'y suis indispensable!".
L'automate au bretzel continue à vanter ses mérites:
"Ne sais-tu pas que je suis un serviteur respectable de la ville de
Strasbourg, dont j'ai l'estime? / Maintes fois, j'ai fait le fou, pour
les bourgeois et les manants..."
Après de longues strophes, le Rohraffe finit ses stances ainsi:
"Je ne supporterai plus de te savoir dans la même
cathédrale
/ Je veux démissionner, plutôt que de continuer à
te
souffrir près de moi / Si tu ne cèdes pas, tu risques de
causer ma mort".
Ces menaces n'intimident pas le coq qui répond:
"Si tu veux absolument te battre / Il faudra que je me rapproche de
toi et que je le regarde de près / Je voudrais bien prendre tes
yeux, pour te rendre aveugle / Peut-être qu'alors, tu me
laisseras
tranquillement chanter en paix!"
(Ces lignes sont une traduction libre des vers de
l'ouvrage
de Conrad Dasypodius, intitulé Der Kampf des Rohraffen under
der Orgel, im Münster zu Strassburg, mit dem Hanen daselbst auf
dem
Uhrwerk l° édit. en 1578, 2° édit. en 1580,
publiée
par E. Wendling dans Alsatia 1873-1874 p 117).
La querelle des deux antagonistes fut portée devant le public,
bien indécis, puis devant les conseils de la ville qui ne purent
se décider! Ce fut le Scharwächter, statue de
gardien
placée près du portail Nord, qui fut invoqué comme
juge! Lui aussi ne trouva pas de solution et le conflit, jusqu'à
nos jours, est resté sans issue!
La pratique du Rohraffe fut selon certaines sources interdite par le
Conseil de la ville à la suite des nombreuses demandes de Geiler
de Kaysersberg. Selon A. Stöber personne ne put obtenir de la
ville,
l'arrêt des singeries de l'automate.
La dispute du « roraffe » et du coq
Il y a, perché en haut, à gauche de l'horloge
astronomique,
un coq qui chante et bat des ailes. Ce coq eut une dispute,
restée
fameuse, avec le « roraffe » du grand orgue.
Il faut dire qu'on appelait «roraffe » ou «
bretstellemann
» (homme à la bretstell) un personnage sculpté et
articulé,
placé à côté de l'orgue.
Chaque année, à la Pentecôte, par licence
spéciale,
les clercs frais émoulus et les enfants de choeur avaient le
droit,
entre les offices, de se servir du «roraffe» pour faire
nombre
de plaisanteries plus ou moins cocasses, au grand ébahissement
des
campagnards venus de toute l'Alsace pour admirer la cathédrale.
L'un des clercs se cachait derrière le «roraffe»,
ricanait
se moquait des toilettes des bonnes gens endimanchés, chantait
à
tue-tête, cependant que ses confrères, répandus
parmi
la foule, glissaient à l'oreille des paysans bouche-bée
qu'ils
assistaient à un miracle, que c'était ce
«roraffe»
sculpté qui parlait, criait, chantait, et lançait ces
plaisanteries
d'un goût douteux. Tout le monde finissait pas en rire, et
chacun,
rentré dans son village, racontait à qui mieux mieux les
farces du «roraffe ».
Celui-ci, cependant, à force de voir s'ébahir les bonnes
gens à cause des cris et plaisanteries des clercs cachés
derrière lui, avait fini par croire très
sérieusement
que c'était à cause de son mérite et du charme de
son esprit que tant de gens riaient à gorge
déployée.
Ce personnage sculpté était en somme d'un orgueil
exagéré,
et se montrait à peu près insupportable.
Il devait payer cher son orgueil. Il avait compté sans
l'engouement
des hommes, qui dure ce que durent les caprices, c'est-à-dire
bien
peu de temps.
En effet, quand la splendide horloge astronomique eut été
achevée, le peuple se rua dans la chapelle où elle
s'élevait.
On admira les rouages savants qui indiquent non seulement l'heure, mais
le jour, la semaine, le mois, la saison, l'emplacement du soleil, de la
lune, et des constellations; et tout en haut, aux coups de midi,
Jésus-Christ
bénit les apôtres qui défilent devant lui; les
lions
qui symbolisent la puissance de Strasbourg rugissent; et le coq chante,
comme il a chanté dans la cour du Grand Prêtre, lorsque
saint
Pierre, ayant renié son Maître par trois fois, s'en fut
pleurer
amèrement.
Ce coq ne tarda pas à devenir très célèbre.
La foule ne se lassait pas d'admirer ses ailes qui se déploient
avec grâce cependant qu'il chante comme tout bon coq qui se
respecte.
Ce que voyant, le «roraffe» pensa perdre la tête,
tant
la jalousie lui brouilla les sens.
Pour attirer l'attention, il se livra à mille
excentricités
et ne connut aucune retenue. Il devint fort grossier, dans son
désir
d'attirer encore l'attention générale. Mais ce fut peine
perdue: la foule n'admirait plus que le coq. Alors, le
«roraffe»
invectiva le coq, l'accusant de chanter faux. Celui-ci, outré,
le
compara à un singe. La foule, prise à témoin,
écarquillait
les yeux... Le «roraffe», hors de lui, demanda le jugement
du Grand-Chapitre; et le coq présenta la même
requête.
Or, le Chapitre ne put arriver à concilier les deux plaideurs
qui
prétendaient ensemble avoir les premiers droits à
l'admiration
populaire. Il fut donc décidé qu'on demanderait un
arbitrage
suprême au gardien sculpté de la porte des sacristains.
Il paraît que ce gardien, dont la pondération était
bien connue, n'avait aucune sympathie pour le coq, ce nouveau venu.
Malgré
donc sa pondération, il se laissa entraîner par
l'influence
du «roraffe» et, durant le procès, lança tant
d'invectives, et cela sur un ton si élevé, qu'il perdit
la
voix. Le «roraffe», également, devint aphone.
Le coq sortit de ce litige avec les honneurs de la guerre... A midi,
chaque jour, il chante encore, très clair.
Le «roraffe» et le gardien de la porte des sacristains,
quand il chante, roulent des yeux furibonds.
«Les plus anciennes orgues de la Cathédrale
aujourd'hui
disparues, remontaient au XIII° siècle; mais c'est un buffet
du XV° qui renferme les orgues actuelles.
Sur la partie inférieure du buffet d'orgue, on voit un
automate représentant Samson ouvrant la gueule du lion; sur des
consoles, de chaque côté «deux statues
représentaient
l'une un héraut avec une trompette à la main, l'autre un
bourgeois barbu, le chef recouvert d'un bonnet rouge blanc, couleurs de
la ville». (Strasbourg, Delahac p. 44.)
C'étaient les Roraffen. Celui dont il est question est le
bourgeois coiffé d'un bonnet et appelé Bretstellemann,
l'homme
à la bretstell. La bretsel est un petit pain sans mie, très
salé, en forme de noeud, et que l'on mange en buvant de la
bière.
Le mot Roraffe est intraduisible. Il contient Affe, singe,
poupée
plus ou moins grotesque, rôren, ou réren, crier,
brâmer
(Delahache). Mais Rohr peut être aussi: tube, roseau, jonc. (P.
Desfeuilles.)
Roraffe peut à la rigueur se traduire par: «Singe
criard»
ou «pitre portant bâton (L'un de ces roraffen tenait
à
la main une longue trompette que l'on pouvait prendre pour un
bâton
de maître de chapelle.) Mais encore une fois, mot n'est pas
traduisible
en français, et issu du jargon populaire strasbourgeois il
est possible qu'il soit une de ces incroyables déformations
d'un
mot très simple que les patois réussissent à
rendre
méconnaissables.
A propos des plaisanteries par trop osées que le Chapitre
tolérait de la part des clercs, on sait que les folies à
propos du Roraffe durèrent jusqu'au delà du XV°
siècle.
En 1501, le célèbre prédicateur Jean Geiler de
Kaysersberg
faisait une forte pression sur le Chapitre pour qu'il supprimât
une
tradition d'un goût si douteux. Il ne réussit à
obtenir
gain de cause que vingt années plus tard et fit supprimer la
fête
de nuit qui avait lieu dans la Cathédrale, le 29
août,
jour de saint Adolphe anniversaire de la consécration de
l'Église.
Récits Légendaires d'Alsace, Robert
Kuven,
Raymond Matzen, Editions Publitotal Strasbourg (1976)
Le coup de vent du diable sur le parvis de la Cathédrale
Autrefois, le diable survolait la terre, en chevauchant le vent. Il
aperçut ainsi son portrait sculpté sur la
cathédrale;
très flatté et curieux, il eut l'idée d'y entrer
pour
voir si d'autres sculptures le représentaient à
l'intérieur.
Retenu prisonnier dans le lieu saint, il ne put en ressortir; le vent
l'attend
toujours sur le parvis et hurle aujourd'hui encore d'impatience sur les
places autour de la cathédrale. Le diable, lui, furieux, fait le
courant d'air, au fond de l'église, à la hauteur du
pilier
des anges!
La dame blanche de la Cathédrale de Strasbourg
D'après Gevin Casal (Légendes d'Alsace Paris, 1923), une
dame blanche s'élève durant certaines nuits, de la crypte
de la Cathédrale; elle glisse à travers toutes les
chapelles
et monte lentement vers la flèche de l'édifice. Elle est
si belle, que ceux qui l'aperçoivent, sont obligés de la
suivre.
Un jeune gardien de la tour, fut ainsi subjugué par elle; il
la suivit, la dame blanche flotta dans l'air devant lui et
s'éleva
de plus en plus. Le gardien la poursuivit, voulut l'étreindre...
mais il n'y eut qu'un grand cri affreux et le lendemain, on retrouva le
corps démantelé du jeune gardien, sur la place de la
Cathédrale.
Le cavalier étranger et son chien
Au XVI° siècle, un homme audacieux, du nom de Symphoriancus
Polllio
un ecclésiastique réformateur ayant exercé son
ministère
à Saint-Étienne, à l'église Saint-Martin et
à la cathédrale et l'un des premiers compositeur de
cantiques
protestants, aimait se tenir sur la balustrade de la plate-forme de la
Cathédrale. Il y contemplait à son aise, sans vertige,
les
alentours et le ruban argenté du Rhin. Il avait d'ailleurs
déjà
provoqué l'émotion des spectateurs, en se tenant un jour
debout sur une jambe sur la balustrade du pont du Rhin. se penchant
largement
en avant, la jambe tendue en arrière, pour regarder couler le
Rhin!
Messire Zimprian, (du nom que lui donnait les badauds), marchait ainsi
sur le rebord de la balustrade de la plate-forme et s'y promenait fort
à son aise, en riant et en exécutant maintes
facéties
pour amuser ceux qui le regardaient d'en bas avec admiration et effroi.
Au début du XVII° siècle, un noble cavalier venu
de l'étranger, monta avec son chien sur la plate-forme et
entendit
vanter les prouesses de Symphorianus Pollio, et il voulut imiter son
audace.
Il paria de faire trois fois, (selon Grandidier) le tour de la
balustrade,
sans tomber. Il réussit deux fois cet exploit, mais le
troisième
tour, pris de vertige, le pied lui manqua et il tomba, ta tête la
première, dans le vide, s'écrasant au bas de la
Cathédrale;
d'un bond, son chien fidèle, le suivit et retomba mort sur les
pavés
de la place du Château.
La sonnerie des Juifs, et la corne de l'épouvante
"Judenblos" et "Grüselhorn"
En l'an 1349, l'Alsace fut victime du fléau de la peste noire
qui fit ses ravages, épargnant néanmoins la population
juive,
ce qui parut suspect à tout le monde. On accusa derechef les
juifs
d'avoir provoqué l'épidémie en empoisonnant tous
les
puits dans tout l'espace rhénan. Par ce geste crut-on, ils
pensèrent
en plus utiliser la panique et le désespoir des habitants de
Strasbourg
pour livrer la ville à ses ennemis, en donnant le signal de son
invasion par le son d'un cor fabriqué à cet effet.
(Grandidier
situe ce dernier fait en 1388).
À Strasbourg, les malheureux juifs furent conduits le jour de
la Saint-Valentin en 1349, dans leur propre cimetière, où
on en brûla plus de deux mille sur un bûcher. L'endroit de
cette horrible excécution porte le nom de rue
Brûlée
ou Brandgass. En mémoire des "forfaits" des juifs, le magistrat
établit l'habitude d'une "sonnerie des juifs" dit Judenblas ou
Judenblos
en dialecte, exécutée par les sonneurs sur la plate-forme
de la cathédrale, deux fois chaque jour (à 20 h ou 20 h
30
et à minuit), à l'aide d'un cor ou d'un cornet d'airain,
appelé Grüselhorn ou corne de l'épouvante.
Ce
fait est signalé sur des feuillets imprimés
affichés
auprès des gardes de l'édifice. Le Grüselhorn ou
Grüsel
était long de deux pieds, neuf pouces et demi, et orné
des
armes de la ville et de l'Oeuvre Notre-Dame; il pesait environ
vingt-six
livres. Un cor de ce type se retouve également à Fribourg
en Brisgau.
La cloche des vauriens ou Lumpeglock
Aujourd'hui encore, tous les soirs à 22 heures, la cloche
municipale
de la Cathédrale sonne sereinement, résonnant
familièrement
aux oreilles de ceux qui se hâtent de rentrer chez eux ou se
préparent
au repas nocturne. Cette cloche dite Lumpeglock, rappelait
traditionnellement
autrefois aux vagabonds, errants, voyous et autres mauvais
garçons,
(Lumpe)
qu'ils devaient se dépêcher de regagner leur logis. On
tirait
les chaînes dans la rue de la Courtine et des Juifs. Ceux qui
restaient
au dehors étaient arrêtés.
M.-Cl. Groshens et M.-N. Denis citent dans Récits et Contes
populaires d'Alsace que pendant l'évacuation lors de la
dernière
guerre mondiale de la ville de Strasbourg, les gens ont emporté
un disque ou une cassette avec le son de la Lumpeglock que l'on jouait
en Dordogne, le soir à 22 heures, dans les parcs publics. Le son
de cette cloche représente encore aujourd'hui pour beaucoup de
personnes
le symbole de la Cathédrale de Strasbourg et en évoque la
nostalgie.
La nuit de la Saint-Jean à la Cathédrale
Le jour de la Saint-Jean le Baptiste, en l'an 1007, les foudres du ciel
incendièrent la Cathédrale de Strasbourg qui brûla
complètement ainsi que l'église Saint-Thomas. Dans la
sernaine
précédent la fête de Saint-Jean le Baptiste en
1439,
la flèche de la Cathédrale fut achevée; on en orna
la pointe d'une effigie de la mère de Dieu pour signaler
à
tous les peuples des alentours la fin d'un chantier séculaire et
la gloire du nouvel édifice. La fête de la Saint- Jean
était
celles des vivants et des morts, à l'intérieur et autour
de la Cathédrale. Ainsi, cette nuit-là, tous les
maîtres
d'oeuvre, suivis des plus humbles maçons, des sculpteurs et
tailleurs
de pierre, des peintres et de nombreux artistes ayant contribué
à l'édification et à l'ornementation de la
somptueuse
église, entourent Erwin von Steinbach, leurs outils
spécifiques
à la main.
Tout le peuple des statues s'anime et entonne un hymne à la
gloire de la Vierge. Les vitraux resplendissent, sans qu'aucun cierge
ne
brûle. La Vierge et les anges de blanc vêtus descendent de
la flèche, après avoir flotté autour des sommets
de
la cathédrale dans la lumière argentée de la lune.
La Vierge tient dans ses mains un marteau et un ciseau de tailleur de
pierres;
elle gagne le choeur où elle bénit les bâtisseurs
de
tous les temps. Sur le coup d'une heure du matin, tout se tait et
disparaît,
sans laisser d'autres traces que des ombres mouvantes.
M.D.
Encyclopédie d'Alsace, Editions Publitotal
Volume
III, p. 1347-1351
La nuit de la Saint-Jean
C'est la semaine de la Saint Jean-Baptiste, en 1439, que la
flèche
de la Cathédrale fut achevée.
Durant la nuit de la Saint Jean, les maîtres de l'oeuvre, suivis
des plus humbles maçons qui travaillèrent à
élever
ce temple de la gloire chrétienne, entrent dans la nef tenant en
mains leurs équerres et leurs compas. Cependant, tout le peuple
des statues s'agite et entonne un hymne à la gloire de la
Vierge.
Les vitraux resplendissent; pourtant pas un cierge ne brûle dans
la Cathédrale. Et de la tour, une légion d'anges
précède
la Vierge et descend du sommet de la tour. La Vierge tient en mains un
marteau et un ciseau. Elle gagne le choeur d'où elle
bénit
ceux qui lui ont bâti si belle demeure.
A minuit, tout est silence, jusqu'à la Saint Jean de l'an
prochain.
Aeneas Sylvius Piccolomini, savant illustre, et qui devint le pape
Pie
II, a dit, parlant de la cathédrale de Strasbourg, qu'elle est
«une
merveille dont le front touche les nuages».
De mille points du Bas-Mundat (Bas-Rhin), des montagnes comme de la
plaine, on aperçoit cette flèche, si fière et si
svelte,
qui semble le signe de ralliement des gens du Rhin. Elle est le symbole
des consolations que donne la foi en Dieu, sur cette terre de marche,
où
se sont affrontées les races ennemies, luttant jusqu'à la
mort.
D'après Louis Schneegans, 1850
Le réveil des maîtres de l'oeuvre et des artistes
ayant
collaboré à l'édification d'un mouvement digne
d'admiration
est un thème que l'on rencontre à peu près
partout,
et à toutes les époques. Schneegans, à qui nous
devons
cette poétique évocation dans le volume d'Auguste
Stûber,
dit qu'il en a trouvé la teneur dans un almanach, mais sans
préciser
l'origine. Nous nous trouvons vraisemblablement en présence
d'une
de ces nombreuses traditions orales dont l'origine est assez simple
à
définir: il a suffi qu'à propos de quelque église
un chanteur quelconque rapportât un récit du réveil
des artistes constructeurs après leur mort, pour que ce
récit
refleurît rapidement partout ailleurs. En Alsace, le même
thème
existe à propos des églises de Thann, de Kaysersberg, de
Rouffach et de la cathédrale Saint-Martin de Colmar.
Récits Légendaires d'Alsace, Robert
Kuven,
Raymond Matzen, Editions Publitotal Strasbourg (1976)
Les flagellants
La fin de la première moitié du XIV° siècle
fut
remplie, dans la plus grande partie de l'Europe, de toutes sortes
d'événements
effrayants.
Le 25 janvier 1348, il y eut un terrible tremblement de terre; des
montagnes s'éboulèrent; des villes et des villages furent
engloutis; le sol se fendit; des masses d'eau jaillirent; l'air fut
empoisonné
par des vapeurs pestilentielles. Des nuées de sauterelles,
innombrables,
s'étaient abattues sur les champs et avaient
dévoré
les récoltes, engendrant disette, famine et autres maux.
A tout cela s'ajouta, en partie provoquée par ces cataclysmes,
une grande peste, dite «la mort noire», qui, dès
1347,
était apparue dans quelques ports de la
Méditerranée;
elle fit périr sur notre continent des millions d'hommes. Elle
fit
rage en 1348 et 1349, ne disparut complètement que trois ans
plus
tard, après avoir fait encore, dans la seule ville de Thorn, en
1352, plus de quatre mille victimes. Closener dit: «On mourait
tant,
que tous les jours il y avait dans toutes les paroisses VIJ ou VIIJ ou
C cadavres ou plus encore, sans compter ceux qu'on enterrait dans les
couvents;
ils étaient innombrables et il fallut transférer dans un
grand jardin la fosse de l'hôpital, voisine de l'église,
quand
l'ancienne fosse fut trop petite. Les gens mouraient de pustules et de
glandes gonflées sous les bras et au haut des jambes; ils
mouraient
au second, troisième et quatrième jour de l'apparition
des
pustules. Quelques-uns mouraient dès le premier jour.
«Le mal se communiquait des uns aux autres. Quand la mort
apparaissait
dans une maison, elle se contentait rarement d'une seule victime. On
sonnait
tous les soirs plusieurs fois la grande cloche. Au total, on l'a
sonnée
une semaine XIIJ fois.»
On accusa les juifs d'être la cause de la «mort
noire»;
tout
le monde répétait en effet qu'ils avaient
empoisonné
les puits et ainsi répandu la peste dans la
chrétienté;
car parmi eux il en mourait relativement moins. Les juifs furent donc
partout
poursuivis, incarcérés, martyrisés et
brûlés
par milliers.
La «mort noire» n'arriva à Strasbourg qu'en 1349;
cependant, dès l'année d'avant, on avait de divers
côtés
sollicité le Conseil de procéder contre les juifs par le
fer et le feu. Son manque de zèle à cet égard, que
lui reprochaient les ennemis des juifs, provoqua une insurrection des
bourgeois,
laquelle eut pour conséquence un changement dans le gouvernement
de la ville. Sous l'administration du nouveau Conseil, le 14
février,
jour de saint Valentin 1349, on brûla 2000 Juifs dans leur propre
cimetière, au Nord de la ville.
Deux semaines après, arrivèrent en Alsace et à
Strasbourg, remontant le Rhin et venant du Brabant, de Flandre et du
Hainaut,
plusieurs centaines de flagellants. Sur leurs bonnets et sur leurs
épaules,
ils portaient des croix rouges. Leur cortège se déroulait
à travers les rues, au son des cloches,
précédé
de bannières en soieries précieuses; ils chantaient dans
les rues; dans les églises, ils se jettaient à genoux, se
flagellaient eux-mêmes et se faisaient flageller le dos par leur
Maître, tandis qu'un chef de choeur chantait ces paroles:
«Élevez vos mains - afin que Dieu détourne toute
cette mort. Élevez vos bras - afin que Dieu nous prenne en
pitié».
Chaque fois que le maître avait flagellé l'un d'eux, il
disait:
«Redresse-toi! Sois purifié! par l'honneur de ce pur
martyre.
- Et garde-toi désormais du péché».
Closener nous fait connaître en détail leurs
règles,
leurs chants, ainsi qu'un sermon et une lettre prétendue
écrite
par un ange, à Jérusalem, sur une table de marbre noir;
cette
lettre invite tout le peuple à la pénitence et explique
les
tremblements de terre, disettes et pestes par les péchés
des hommes et notamment par la profanation des dimanches et
fêtes.
De toutes parts, les gens affluaient pour voir les flagellants; ils
se laissaient sermonner par eux, les logeaient et leur faisaient des
dons.
A Strasbourg, leur troupe se monta à plus de mille qui, en deux
groupes, parcoururent le pays en tous sens.
Les flagellants prétendaient aussi faire toutes sortes de
miracles.
Closener en rapporte plusieurs dans son style naïf et sans y
croire
du tout.
«Les frères, dit-il, s'attribuaient une grande
sainteté
et disaient que, par leur volonté, de grands miracles se
produisaient.
D'abord, ils dirent qu'un brave homme leur avait donné à
boire dans un vase plein de vin et qu'ils avaient eu beau en boire, le
vase ne s'était point vidé. Ils dirent encore que l'image
du Crucifié, à Offenbourg, avait sué et que
l'image
de Notre-Dame de Strasbourg avait également sué. Et ils
dirent
beaucoup de choses pareilles qui étaient des mensonges. Ils
dirent
encore qu'à Erstein, il y avait un homme appelé Rinder
qui
était si malade qu'il gisait sans paroles. Or, il arriva que,
pendant
le séjour des flagellants, le malade alla mieux et devint
parlant.
Et les gens se disaient entre eux: «Rinder est devenu
parlant».
Alors les flagellants dirent: «Les bestiaux (Rinder) sont devenus
parlants dans les étables» .Cette nouvelle se
répandit
dans tout le pays, et les gens simples crurent que c'était vrai.
Ils s'attribuaient aussi le pouvoir d'exorciser les
possédés.
L'un d'eux, en exorcisant, dit: «Infâme démon, il
faut que tu sortes, quand tu devrais renier ta mère! »
Avec
des paroles sacrées, ils avaient fait entrer un démon
dans
un pain qu'ils auraient fait sortir d'un autre pain. Ils
amenèrent
ainsi un enfant noyé dans leur cercle, pendant qu'ils se
flagellaient,
et prétendirent lui rendre la vie. Mais il n'en fut rien».
Peu à peu, l'engouement pour les flagellants se refroidit; les
autorités
laïques et ecclésiastiques se prononcèrent contre
eux
et, enfin, une interdiction du pape mit fin au scandale.
Version d'Auguste Stöber
Récits Légendaires d'Alsace, Robert Kuven, Raymond
Matzen,
Editions Publitotal Strasbourg (1976)
Bibliographie.
Archives de l'Oeuvre Notre-Dame, à Strasbourg.
Bernard N. et Guillaume L., Contes populaires et
légendes
d'Alsace, textes populaires rassemblés par les auteurs, Paris
1974.
coll. Richesse du Folklore de France;
Beyer V., La Sculpture strasbourgeoise au 14°
siècle. Compagnie des Arts photomécaniques, 1955;
Bucheler S., La chronique strasbourgeoise de Sebald
Buheler
(père et fils XIV° au XVI°
s.) Strasbourg, 1887 (fragments annotés par L, Dacheux);
Closener F., Strassburgische Chronik (XVI°
siècle),
Stuttgart, 1842;
Dasypodius C., Der Kampf des Rohraffen under der Orgel
ein Münster zu Strassburg mit dem Hanen daselbst auf dem Uhrwerk (1°
édit. en 1578, 2° édit. en
1580)
publié par E. Wendling, dans Alsatia 1873-1874, p. 117;
Gevin-Casal O., Les légendes d'Alsace, Paris,
1917 et 1923;
Grandidier A., Essais historiques et topographiques sur
la cathédrale de Strasbourg, Strasbourg, 1782.;
Groshens M.-Cl., et Denis M.-N, Récits et Contes
populaires d'Alsace , 1, Paris 1979:
Abbé Hunckler. Histoire des Saints d'Alsace,
Strasbourg,
1832;
Königshoven J., Die alteste Teutsche sowohl
allgemeine
als Insondernheit Elsassische und Strassburgische Chronicke von Jacob
von
Königshoven, Priestern in Strassburg von Anfang der Welt bis ins
Jahr
nach Christi Geburt MCCCLXXXVI beschrieben, Notes de J. Schiltern,
édité
à Strasbourg par Josias Staedel, MDCXXVIII (BNU et Archives
municipales
de Strasbourg);
Levy-Coblentz Fr., Les folles heures de la
Cathédrale
au temps du Rohraffe, dans Saisons d'Alsace, n' 27, 1968;
Müntzer D., Elsässisches Sagenbuch,
Strasbourg
1910;
Schmitt P., Histoires et légendes de l'Alsace
mystérieuse, Paris, 1969;
Schmitt P., Contes de la Vieille Alsace. 1969;
Schneegans L., Strassburgische Geschichten, Sagen,
Denkmâler,
Inschriften, Künstier, Kunsigegenstände und alleriei, 1855;
Seyboth A., Strasbourg historique et pittoresque, 1894
Specklin D., Fragments des anciennes Chroniques
d'Alsace.
Les Collectanées. Chronique strasbourgeoise du XVI°
siècle, Fragments recueillis par. R. Reuss (Strasbourg,
librairie
J. Noiriel 1890, B.N.U.);
Stintz P., Die Sagen des Elsass, tome 1, Colmar, 1928;
Stöber A., Elsässische Sagen, Strasbourg,
1892;
Stöber A., Die Sagen des Elsass. 1858, l°
édit., Sankt Gallen et réédition Verlag Ute
Kierdorf,
Lindlar 1979;
Variot J., Légendes et traditions orales
d'Alsace.
Paris, 1919.
L'Alsace Comptée. Mythes et Récits
des Vallées Vosgiennes
Editions Gérard Klopp, Thionville Strasbourg (1986 )